Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript

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vendredi 30 septembre 2016

I N C I P I T



Ce blog, dédié au maître Léopold Delisle (1826-1910), et à l'érudit François Duine, clericus dolensis (1870-1924) est exclusivement (ou presque !) consacré au manuscrit médiéval, jusqu'à ses rapports avec les premiers incunables. Toutes informations sur le sujet seront appréciées. N'hésitez pas à publier vos commentaires et à soumettre vos avis.
This blog is dedicated to the great manuscript scholar Léopold Delisle (1826-1910), and to François Duine, clericus dolensis (1870-1924), and (almost exclusively!) to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing.
All contributions to this subject are welcomed, as well as any additional commentary or opinions.
Jean-Luc Deuffic
Contact : pecia29@orange.fr /// Site web // Academia.edu

[ Illustration : Cambrai BM, 620 . © Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS

L A   R E V U E  /  T H E    J O U R N A L
PECIA : LE LIVRE ET L'ECRIT [link] - Edition : Brepols Publishers (Turnhout)
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Pecia. Le livre et l'écrit, 14 (2011) 2012 : Texte, liturgie et mémoire dans l'Église du Moyen Âge
Pecia. Le livre et l'écrit, 15 (2012) 2014 : « Qu'il mecte ma povre ame en céleste lumière ». Les funérailles d’une reine: Anne de Bretagne (1514). Textes, images et manuscrits
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Jean-Luc Deuffic. Inventaire des livres liturgiques de Bretagne. Livres d’heures, de piété, de dévotion et ouvrages associés antérieurs à 1790. Présentation [lien / link]

jeudi 29 septembre 2016

Livre d'heures à l'usage d'Orléans

Vente du 21 octobre 2016 : SCP PICHON & NOUDEL-DENIAU - 31 Boulevard d'Alsace - 06400 Cannes - 

LIVRE D’HEURES À L’USAGE D’ORLÉANS. France, Rouen et Paris, 1470 – 1490. Latin & Français
12 petites peintures pour le calendrier et 17 grandes peintures dans des encadrements variés par le Maître de l’Echevinage de Rouen (l’Annonciation), L’atelier du Maître de Jacques de Besançon (3) et le Maître de la Chronique Scandaleuse (13) 20 X 15 cm
EXPERT | DOMINIQUE COURVOISIER courvoisier.expert@orange.fr

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lundi 6 juin 2016

Charles et Nicolas Busnel, sieurs de la Retardaye, en Bretagne : livre d’heures et jurisprudence musulmane


Le nom des Busnel reste attaché à l’histoire de Rennes. Cette famille qui a donné, entre autres, deux connétables à la capitale bretonne, portait comme armes : d’argent à un épervier au naturel, longé et grilleté d’or, sur un ecot au naturel.



Le plus connu, Charles Busnel, sieur de la Retardaye, baptisé le 18 avril 1529 dans l’église Saint Martin de Cesson, était le fils de Jehan Busnel et Julienne Gérard. Avocat au Parlement de Bretagne (1559), procureur des bourgeois de Rennes (1559-1568), député aux États tenus à Vannes en 1567, conseiller au siège présidial de Rennes (1568), il obtint, avec son frère Julien, du roi Henri IV, en mars 1592, des lettres patentes qu'ils firent enregistrer l'année suivante et qui leur permettaient d'acquérir tous les titres de chevalerie et de mettre les armoiries de leur bonne et ancienne maison où bon leur plairait.
Charles épousa Michelle Chouart qui lui donna au moins huit enfants, parmi lesquels Nicolas, également connétable de Rennes en 1607, pensionnaire du Roi en 1624, nommé chevalier de l'ordre du Roi, le 19 octobre 1637, et reçu, le 19 décembre suivant, par le maréchal de Brissac. Il fit ses études à Angers où il obtint sa licence. Mais Nicolas fréquenta-t-il aussi l’Université de Leyde pour y étudier le droit? C'est là qu'il aurait alors rencontré Gilles de Glarges (1559-1641), vers 1580/1585, comme en témoigne sa signature sur le Liber amicorum du juriste :
Nicolaus Busnel Retardaye Armoricus
(Den Haag, KB : 74 J 14)


Source

Il semble bien qu'il faille reconnaître aussi le nom de Nicolas sur un manuscrit turc de la Bibliothèque nationale de France, traitant des cinq points fondamentaux de la jurisprudence musulmane (شرايط الاسلام. Paris, BnF, Turc 15, numérisé sur Gallica), rédigé en février 1596 :
La Retardaye / connestable de Rennes




Nicolas Busnel, dont on ignore la date de décès, épousa à Saint-Etienne de Rennes Perrine le Boulanger, dont elle eut un fils prénommé Charles, puis le 29 octobre 1640, Françoise Julienne, fille unique de noble Guillaume Julienne et de Bertranne de Thierry, seigneur et dame "des Chappellais et de la Ripvière" (Registres paroissiaux) :



Le nom de Charles (fils de Nicolas) se retrouve sur un très beau livre d'heures, aujourd'hui conservé à Bloomington (Indiana University, Lilly Library, ms. 30) :
Ce livre est et appartient à Escuyer Charles Busnel, sieur de la Retardaye, 1645.


Source et description : - Digital Scriptorium -

Charles Busnel épousa Julienne Simon, Dame du Bois-Paris, et décéda à Cesson-Sévigné le 31 mai 1661.
Il semble bien que le livre d'heures passa dans une autre branche des Busnel avec Henri-Jacques-François Busnel (1774), chevalier, seigneur de Montoray et du Bouëxic, qui lui descend de Julien Busnel, seigneur de La Méraudière (+1593) et de Françoise Riou.

Sources : Base Noblesse Bretonne - Roglo -
Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle. VIII. Bus-Cas. - 1909 / par C. d'E.-A. [Chaix d'Est-Ange], p. 2-5.
PS: la généalogie de cette famille n'est pas établie avec certitude.

dimanche 5 juin 2016

Les manuscrits du château d'Anet

Nous avons le plaisir d'annoncer la mise en ligne d'un nouveau site dédié aux manuscrits du château d'Anet, la célèbre demeure de Diane de Poitiers [ lien ]

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Dispersés en 1724, on les retrouve aujourd'hui dans plusieurs bibliothèques importantes d'Europe et des USA. Une paraphe particulière permet de les reconnaître :


(c) Paris, BnF, Fr. 370

Il apparaît aujourd’hui qu’aucun de ces ouvrages n’a appartenu à Diane, « les manuscrits de la maîtresse royale avaient quitté, probablement avant même le passage aux Vendôme, le château d’Anet » (François Avril).
C'est aussi le lieu de dire que les pages publiées sur ce nouveau site doivent beaucoup aux renseignements de Monsieur François Avril, ancien conservateur général du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, qui connait depuis longtemps les manuscrits d'Anet et sur lesquels il a amassé une importante documentation.
Mon premier objectif est de présenter cette collection assez remarquable, dont il semble bien qu'un noyau important provienne de l'éclatement de plusieurs bibliothèques bretonnes, entre autres celles de Tanguy du Chastel et de Jean de Laval, seigneur de Châteaubriant.

Les manuscrits du château d'Anet

mardi 31 mai 2016

Nouvelle identification : les Heures de Robert de Guetteville (Paris, BnF, Arsenal, 1181)


J´AIME TANT FORT UNE - Stundenbuch Charles VIII : c'est le sublime titre du beau livre qu'Ina Nettekoven nous prépare pour la rentrée prochaine...


Source : Hirmer

Ina Nettekoven m'ayant récemment conduit vers un des nombreux livres d'heures de la Bibliothèque de l'Arsenal, le ms. 1181, des anciennes collections de M. de Paulmy, j'ai été quelque peu intrigué, en consultant la notice qui lui était consacrée, de la lecture des armoiries qu'il porte au f. 38 : "d'hermine plein. On retrouve ces mêmes armoiries dans la bordure du folio 29 vo, et dans l'initiale du folio 85".
Au premier coup d'oeil, j'ai pu juger qu'il ne pouvait s'agir d'hermine, mais de quelque chose ressemblant à une étoile à quatre branches. En définitive, nous sommes ici en présence d'un meuble héraldique assez peu courant : le chausse-trape (voir wikipédia). Aussi, les armoiries du ms. 1181 doivent-elles être lues : D'argent, semé de chausse-trapes de sable.
Ces armes sont celles de Robert de Guettevile, nommé greffier le 16 avril 1454, quand la Chambre des Requêtes fut réorganisée (Paris, An, X1a 1483, f. 151, 153 ; X1a 8505, f. 150v), puis, entre 1463 et 1490, conseiller lai au Parlement de Paris. Il épousa Jeanne Amiart, dont: Guillemette (épouse Jean Hurault), Marie, Léon ? qui lui succéda au Parlement. Fondateur de la chapelle Sainte-Geneviève à Saint-Nicolas des Champs (20 juillet 1490; offre un calice d’argent), il y fut inhumé.
Sur ses armes voir la fiche BIBALE / IRHT:


BIBALE / IRHT http://bibale.irht.cnrs.fr/php/f.php?t=3793

Biblio : Prosopographie des gens du Parlement de Paris, éd. M. POPOFF, 1996, t. I, p. 627 ; DUPONT-FERRIER (G.). « Les avocats à la Cour du Trésor... », B.E.C., t. 97, 1936, p. 79 ; MAUGIS (É.). Histoire du Parlement, t. III, 1916, p. 110

La reliure en maroquin, semée de marguerites, du manuscrit 1181, porte sur ses plats : « Jehan de Sermoise. — Françoise Planson. ».
Ce couple est attesté à la fin du XVIe siècle du côté de Saint-Germain-en-Laye : le 21 septembre 1592, Jeanne Raffron, veuve de Guillaume Planson, demeurant à Saint-Germain en Laye, fit donation sous certaines conditions à Françoise Planson, femme de Jean de Sermoise, sa fille de tous les biens meubles et immeubles qui lui appartenaient ou qui pourraient lui appartenir (Paris, AN, Y//134, f. 38v) .

mercredi 25 mai 2016

Remarques sur quelques livres d'heures de la Bibliothèque municipale de Nantes



© Bibliothèque municipale de Nantes. Ms. 3072

La Bretagne (historique) s'enrichit régulièrement de nouvelles numérisations. Ainsi, la Bibliothèque municipale de Nantes s'emploie pleinement à promouvoir ses richesses patrimoniales sur la toile, trésors parfois méconnus du grand public (et même de certains spécialistes). Nous avons à plusieurs reprises fait référence à la précieuse bibliothèque des Oratoriens qui a fourni aux collections nantaises des manuscrits de grande valeur, actuellement sous la garde de Marion Chaigne, conservateur, laquelle a déjà participé à l’élaboration de la bibliothèque numérique de Sainte-Geneviève (Paris).

Ce post n'abordera que quelques livres d'heures sur lesquels nous travaillons pour notre future publication : même modestes ils révèlent souvent des parcours inattendus ...

À tout seigneur, tout honneur, quelques mots sur les superbes Heures de Montbéron (ms. 3072). Nous y avons remarqué un petit texte, semble-t-il inédit, reflet de la poésie des Grands Rhétoriqueurs, avec l'emploi de termes assez significatifs de leur style : olympicque, pluthonicque, deificque, etc, faisant penser aux oeuvres des Molinet (+ 1507), Gringore (+ 1539), et même de Clément Marot (+1544), auteur du « Par toy fuyons le regne Plutonique », etc

« Le filz de Dieu du hault mont olympicque
Par charité qui son joli cueur picque
A rapaisé lire de Dieu son pere
Et pour Adam a souffert mortamere
Le delivrant du resgne pluthonique
Dame au seigneur Tant magnificque
Plut en ton corps faire ung temple deificque
Pour reposez comme au ventre sa mere
Le filz de Dieu »

Probablement ces vers ont-ils été écrits du temps de Jacques de Montbéron, seigneur de Miré, de Chartres et d’Avoir, décédé en 1542/1543. Il avait épousé Louise Goheau, dame de Souché et des Jamonnieres, fille de François Goheau, seigneur de Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, et de Françoise Hamon, nièce de l'évêque de Nantes. En fait, le livre d'heures en question, exécuté vers 1420, pourrait provenir à l'origine de ces Goheau.

Louise Goheau a fait peindre ses armes en fin du volume. : Parti au premier, coupé fascé d'argent et d'azur (de Montberon), et de gueules semé de trèfles d'or, à deux bars adossés de même (Clermont-Nesle), au second d'argent, à trois trèfles de gueules (Goheau).
François, seigneur de Monberon, de Maulévrier et d'Avoir, épousa le 28 mai 1403 Louise de Clermont, vicomtesse d'Aunay, d'où les armes de Clermont.


© Bibliothèque municipale de Nantes

Par la suite, Hector de Montbéron, fils de Jacques, inscrivit sur le manuscrit les naissances de ses enfants, qu'il eut avec sa seconde femme, Radegonde de Noyelles :

Le quatorziesme jour de septambre mil / cincq cens quatre vins sept René de Montberon / filz de Hector et de Ragonde de Noielle fut / né a dix heures du soir.

Nota que le jour de Nouel mil cinq cens quatre vins / huict Hector de Montberon fut né a dix houres du soyr / un dimanche »
« Louis de Montberon fut né le vint yesme jour de janvyer a deulx heures apres minuit / lan mil cinq cens quatre vint dix »

Nota que le dixneuf / yesmme jour de decembre / mil cincq cens quatre / vins troys [Adrienn]e de / Montberon fut nee a dix / heures du matin.

Concernant la provenance de ce somptueux manuscrit, nous avons relevé la présence sur la garde de reliure, de l'ex-libris armorié des Verdier de Genouillac, qui ont conservé la célèbre devise du fameux Galiot de Genouillac (1465-1546) : J'AYME FORTUNE.




Sur cette famille, voir : Henry DU VERDIER. Une famille à travers cinq siècles. La famille du Verdier et du Verdier de Genouillac, Paris, 1987 

L'émotion nous gagne avec le manuscrit 19 de la BM de Nantes (col. des Oratoriens). En effet, plusieurs notes d'un ancien possesseur nous rappellent l'importance du livre d'heures à toute époque, livre gardé précieusement dans les familles, souvent pendant plusieurs générations. Celui-ci porte la marque d'un petit écolier de Nantes, alors à peine âgé de 12 ans et orphelin de père, Jean BUROT, qui se dit "bon enfant". Il note en 1612, et à plusieurs reprises, son nom en lettres capitales:


© Bibliothèque municipale de Nantes. Ms. 19

Ce Jean Burot, né le 10 novembre 1600 à St Nicolas de Nantes, est le fils de Guillaume (1567-1610), marchand de la ville, et de Guillemette Langlois (+ 1615). Il épousera le 28 août 1622, à Nantes, Anne Tourayne (1604-1685), fille de François Joseph, sieur de la Brunière (1578-1623) et de Marguerite Luzeau, et décédera dans la vieille cité ligérienne le 27 février 1659 (source : Gerard Vinouse, d'après registres paroissiaux).
Noble homme Jean BUROT sieur du Pé, bourgeois à La Fosse de Nantes, fut nommé échevin de la ville en 1658. "Marchand très combatif, il mène la lutte en 1630 contre la concurrence de la colonie portugaise" (Guy Saupin, Nantes au XVIIe siècle, PUR Rennes, 1996, p. 229, 230, 328).

Le parcours du livre d'heures, manuscrit 20, me parait tout à fait intéressant et nous instruit sur la circulation des manuscrits en Bretagne. En effet, ce n'est pas une production locale (et n'est donc pas à l'usage de Nantes). Les litanies sont plutôt flamandes (s. Amand, Ghertudis, Amelberga). La décoration et l'écriture ont un caractère méridional, et nous orientent vers l'Espagne. Josefina Planas, de l'Universidad de Lleida, que je remercie ici pour son aide, m'indique que le manuscrit a pu être exécuté en Castille, peut-être vers le milieu du XVe siècle. De plus, une main (antérieure à celle du texte principal, XVIe s.?) a noté, en fin d'ouvrage, quelques lignes en vieil espagnol (castillan ancien) (et non en Breton, comme l'affirme l'ancien catalogue) : "Dyze santo Agustyn que es imposible ser condenado qyen la sygyente oracion rezare cada dya" ("Saint Augustin dit qu'il est impossible que quelqu'un soit condamné s'il prie chaque jour l'oraison suivante). Je suis redevable de cette transcription à Mercedes López-Mayán (University of Santiago de Compostela).



Peut-être ce livre d'heures est-il arrivé par le grand port marchand de Saint-Malo? Est-il passé avant par les anciens Pays-Bas ou a-t-il été en usage dans la communauté flamande d'Espagne? 


© Bibliothèque municipale de Nantes. Ms 20


Dès le tout début du XVIIe, en 1602, le manuscrit se trouve entre les mains du recteur de Bourseul (Côtes d'Armor): Jean DIVEU. Nous savons que celui-ci fut par la suite nommé dans une autre paroisse des environs, à La Landec, où on trouve sa signature sur un des registres paroissiaux, en 1630, au baptême de Jean Amiot : « par moy Don Jan Diveu recteur de laditte paroisse ». Jean Diveu fut inhumé à Plélan-le-Petit, le 11 avril 1634.


© Bibliothèque municipale de Nantes. Ms. 20

Nous n'avons pas encore découvert comment ce livre d'heures est advenu dans la famille de Trevelec. Le nom de Jean de Trevelec s'y trouve.
Il serait tentant de voir sous ce nom celui de Jean de Trevelec (1594-1639) marié à Anne Martel, dame de La Salle-Patissière. — Le 26 novembre 1639, fut inhumé Jean de Trevelec, écuyer, sieur de Penhouet et de la Paticière, dans l'enfeu de la Paticière (église Saint-Hermeland de Saint-Herblain). Le curé Chupaut a ajouté :

« Ce bel esprit, non plus que le soleil, 
N'a pas laissé au monde son pareil, 
Et ceux qui ont cogneu son excellence 
Regretteront à jamais sa présence.
Partant, lecteur, pour ce bon trépassé, 
Dis avec moi : Requiescat in pace. » 

Quelques décennies plus tard une main a noté les naissances des enfants de Mathieu de Trevelec (un frère de Jean) et de ses deux épouses, Jeanne Legal (X 1629) et Julienne Bourdic (X 1642) pour finir par une humble prière:

Le 16 octobre 1641 deseda Janne / Legal dame de Trevelec, agéé / seullement de 28 ans, premiere fame / de messire Mathieu de Trevelec sgr / dud. lieu et laissa six (« cinq » barré) enfans savoir / Jan Marie Yves Claude  autre. Yves / et Fransois et Charlotte a presant religieuse / lad. dame fut enterée en leglise dher[bign]ac

Le 19e janvier 1657 deseda Julienne / Bourdic segonde fame dud. seigneur / de Trevelec agée de 48 ans et fut / enterrée en leglise S. Aubin de Guerande. Elle laissa 4 enfans / de ce mariage; savoir Jacques / Guillemette, Magdelaine et Pellagie
Prions Dieu pour eux/
Eternellemant /
Amy lecteur sy tu testonne
Qu'on recommande ses personnes
A toutte la posterité
Enquiers toy de leur hault meritte
Car cette ligne est trop petitte
Pour despaindre tant de bonté

Nous terminerons ce post avec le manuscrit 21, un livre d'heures de moyenne facture, malheureusement mutilé de ses grandes peintures, celui-ci d'origine bretonne, à l'usage de Nantes. Ayant fait partie des collections du couvent des Minimes de Nantes, il est présenté comme venant d'Anne de Bretagne: peut-être même a-t-il été exécuté pour le duc François II (+ 1488). Certaines initiales portent des mouchetures d'hermines ou des fleurs de lys (f. 44v, 57, 121, etc.); au f. 49, en marge, un porc-épic; sur d'autres marges, la fameuse cordelière.


© Bibliothèque municipale de Nantes. Ms. 21.

Un des possesseurs de ce manuscrit, au XVIIe siècle, y a laissé son nom, au f. 2v,  Jean Philloux prebstre / de Toussains sur / les Ponst, et au f. 178v : Jan Philloux.
Nous avons retrouvé trace de ce prêtre dans le plus vieux des registres de l'aumônerie de Toussaints de Nantes. Le malheureux fut inhumé le 13 novembre 1605 dans le cimetière de l'hôpital de l'Anerie, fondé en 1572 « pour y établir les malades pestiférés ». Le registre précise bien « Mre Jean Philloulx, chapelain d'une chap[el]le de Toussaincts, enterré au cymityere de la Sancté appelé l'Asnerye estante au bas de la Fosse de Nantes. » (Nantes, AM, GG. 484).
L’aumônerie de Toussaints de Nantes se trouvait sur les ponts « seize en Bièce, sur le chemin par où l'on vat de Nantes à Pirmil » ( fondation le 27 avril 1362 par Charles de Blois et son épouse Jeanne de Penthièvre, pour les pèlerins qui se rendent vers Saint-Jacques-de-Compostelle).


© Bibliothèque municipale de Nantes. Ms. 21

Ce livre d'heures fut, au XVIe s. aux mains d'une famille de marchands nantais, les BIZEUL, plus exactement de Mathurin Bizeul et Perrine Lesage. Mathurin fut un temps installé à Bilbao, logé chez le négociant Ochoa Lanier (1563).

Remerciements à mon amie Cynthia J. Brown (University of California), à Mercedes López-Mayán (University of Santiago de Compostela); à Josefina Planas, Universidad de Lleida; à Claire Sicard (https://clairesicard.com/); Erik Kwakkel; Peter Kidd; Dominique Vanwijnsberghe; François du Fou; Alberto Velasco Gonzàlez ...

Lien vers les livres d'heures numérisés de la Bibliothèque municipale de Nantes

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