Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript

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mercredi 1 septembre 2010

I N C I P I T


Ce blog est exclusivement dédié au manuscrit médiéval, jusqu'à ses rapports avec les premiers incunables. Toutes informations sur le sujet seront appréciées. N'hésitez pas à publier vos commentaires et à soumettre vos avis.

This blog is exclusively dedicated to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing. All information on this subject is welcomed: please feel free to add commentaries and give your opinion.
Jean-Luc Deuffic - Partie anglaise: Kate Maxwell

Contact : pecia@wanadoo.fr /// Site web

Illustration: Bibliothèque municipale de Bourges, manuscrit 3, détail.

 « J'ai une seule méthode de travail : aller à la source, chercher les vrais textes, au-delà des articles de synthèse. C'est en allant à la source qu'on arrive à une exacte vision des choses. On suit un chemin rebattu, et à la fin, on découvre un paysage tout à fait différent. Si le point de départ est bon, tout converge, tout se confirme et s'enrichit. Je suis conduit par le destin, et j'y vais, les yeux bandés, et j'y arrive généralement. Je ne peux pas choisir. C'est irrésistible. Une fois un chemin qui vous tient, vous ne devez pas vous retourner ».  
Jurgis Baltrusaitis (1903-1988), historien de l'art, érudit et visionnaire

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L A   R E V U E  /  T H E    J O U R N A L

PECIA : Le livre et l'écrit

Edition : Brepols Publishers (Turnhout)

Le nouveau site de la collection périodique PECIA LE LIVRE ET L'ECRIT [lien]
The New website of the journal PECIA LE LIVRE ET L'ECRIT [link]
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samedi 28 août 2010

Etienne de Berbisey et Anne Moisson, à propos d'un feuillet enluminé ...


La relecture d'un ancien catalogue de Dr. Jörn Günther (Antiquariat, Hamburg), d'octobre 2003 (A selection of manuscripts and miniatures) m'a conduit à identifier (avec l'aide précieuse de Bernard de Lespinay), à partir des armes qui s'y trouvent, les commanditaires de ce manuscrit dont il ne reste ici qu'un feuillet (285 x 190 mm). Le catalogue présume qu'il s'agit présentement du frontispice de statuts d'une confrérie de Saint-Yves(+ 1303), nombreuses depuis le Moyen Âge. L'enluminure est attribuée au Maître des Heures Ango (le célèbre armateur de Dieppe). Nous avons donc ici, agenouillés devant le saint de Tréguier, patron des avocats, Etienne de Berbisey (d'azur à la brebis d'argent, paissant sur une terrasse de sinople) et Anne Moisson, son épouse :

(c) Dr Jörn Günther

Etienne III Berbisey, seigneur de Belleneuve, fils de Thomas B. et de Marguerite Bonvilain, conseiller au Parlement de Dijon épousa vers 1530 Anne Moisson, fille d'Hélie M., avocat général au Parlement de Dijon. C'est le 29 avril 1535 qu'il obtient ses provisions de l'office de conseiller au Parlement de Dijon en remplacement de Lazare de Montholon, décédé. Il était alors licencié ès lois et avocat postulant. Il fut reçu dans ses nouvelles fonctions le 7 juillet 1534. (Collection des ordonnances des rois de France, Catalogue des actes de François 1er, 1531/1534, II, Paris, 1888, p. 671)
Paris BnF Lat. 1374 est le Livre d'heures de Thomas de Berbisey, secrétaire de Louis XI, sur lequel il a inscrit la naissance de son fils Etienne.

Nous tirons de La noblesse aux états de Bourgogne de 1350 à 1789, de Henri Beaune et Jules D'Arbaumont, les éléments suivants sur la famille Moisson :

Moisson. — De sinople à la bande ondée d'argent de trois pièces ; au chef d'azur, chargé de trois étoiles d'or.— Devises : Sine messe fames, et : En moisson loyauté.— Famille originaire de Chambolle et qui remonte à noble Jean Moisson (1), secrétaire du roi, échevin de Dijon et receveur général des finances de Bourgogne en 1389, puis grenetier au grenier à sel et receveur du bailliage de Dijon en 1394 et 1401. Parmi ses membres on remarque : Jean, qualifié bourgeois de Dijon en 1435; Jacques, vicomte-mayeur de la même ville en 1539 et 1542, et gouverneur de la chancellerie aux contrats du duché, dont le fils Jean et le petit-fils André furent maîtres des requêtes de l'hôtel, celui-ci ayant précédemment exercé une charge de conseiller au parlement de Bourgogne en 1605; Elie, avocat général, Philippe et Bernard, conseillers au même parlement en 1520, 1529 et 1634. — Alliances : Léry, Boudier, Millière, Anlezy, Julien, Malion, des Barres, Montholon, la Haye, Berbisey, Beugre, Sayve, Chaugy, Vandenesse, Bernardon, Alixant, Morel, Leval, Parpas, Maillot, Breschard, Fleurey, Brosses. — Fiefs : Cessey, Senecey, le Bassin, Renève, la Motte-les-Talmay. — Cette famille a fourni aussi un doyen de Saint-Etienne de Dijon, grand-vicaire de Langres. M. 1669. E. 1577.
(1) Le sceau de Jean Moisson portait cinq épis posés trois et deux.

"On trouve déjà des Berbisey sur la liste des magistrats nommés par Louis XI lorsqu'il créa le parlement de Bourgogne. Et depuis lors, cette famille, dont les alliances étaient considérables, n'avait pas cessé de donner des maires à la ville de Dijon, des conseillers au parlement de Bourgogne, des évêques et des abbés à l'Église. Mais ce qui ajoutait un éclat incomparable à l'illustration de cette maison, c'est qu'il y avait dans les veines des Berbisey une goutte du sang de saint Bernard. En 1378, les deux familles s'étaient unies par le mariage de Perrenot de Berbisey avec Oudette de Normand, de la maison du saint abbé de Clairvaux" (Emile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation, Vol. 1, p. 5).

Biblio :
"Mémoire sur les origines de la famille Berbisey, à l'occasion d'un hôtel ayant appartenu à cette famille", dans  Commissions des antiquités de la Côte d'Or, 1862.
Sur d'autres manuscrits des Berbisey :
Marie-Françoise Damongeot, Un livre d'heures inédit de la famille Berbisey, dans Art de l'enluminure, n° 13. (ms Dijon BM 3765, XVe s., attribué au Maître des prélats bourguignons. [ Etude non consultée ]

Crédit photo : Jörn Günther antiquariat
 

vendredi 27 août 2010

« Car sans heures ne puys Dieu prier ... »


Car sans heures ne puys Dieu prier ... c'est le souhait de Jehanne Cinot, qui espère le retour de son Livre d'heures dans le cas où il serait perdu ...

Description et image d'un Livre d'heures à l'usage de Noyon vendu chez Sotheby's (5 décembre 2006, lot 45), ayant appartenu à Jeanne, fille de Jean Cinot.
Autres possesseurs :
Madelaine Camuce (1615, 1657)
Jean Marie Paque de Boulogne (XVII/XVIIIe s.)
[ Lien Sotheby's ]

Il y aurait un recueil à composer (s'il n'existe déjà ...) de ces diverses formules trouvées dans les Livres d'heures :

Heures de Pierre, duc de Bretagne (Paris BnF lat. 1159) : « Cestes heures sont au duc, qui les trouvera si les range, et il aura bonnes trouvailles. »
Paris, Mazarine 508 : « Ce present livre à moy sy appertient Jehenne Hervez, femme de Fleurence (?) de Renel, espicier, demeurant... rouges es halles à Paris. Qui le trouvera, sy me rapporte et payerai... feves. Se (sic) 6 novembre 1547. Jehanne Hervez. »
Douai BM 189 : « Cestes heures appartiennent à Louyse Baillet, fille de feu Herry Baillet, bouchyer, dict Hardy, marchant, demourante au marchié de poisson à Lille. Cuy les troeuve luy les rende ; on luy donera voluntiers pour le vin VI patars, ou que seroit aultrement de raison. »
Rennes BM 27 : « Les presentes heures appartiennent à Yves Garnier. Qui les trouvera les luy rendant, il poyra le vin. »

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jeudi 26 août 2010

Pierpont Morgan Library 129 et 176, British Library Stowe 25, etc : Nicolas Le Camus, notaire et bibliophile, admirateur de Ronsard ...


Un patronyme pourtant bien ordinaire ... que ce LE CAMUS ...
La consultation du catalogue CORSAIR de la Pierpont Morgan Library (une des légendaires "malles au trésor" de New-York) m'a révélé le nom de NICOLAS LE CAMUS (*) sur deux manuscrits qu'elle conserve : les 129 et 176, un Livre d'heures et un psautier.

Le premier, un Livre d'heures à l'usage de Rouen, porte encore sur sa reliure ancienne le nom de IEHANNE | FORTIN qui fut sa seconde (ou 3eme) femme. A l'intérieur, une note datée de 1578 : "Appo[r]téées de prouins (1) et a moy baillées par la veufe* de bondis", et une marque d'appartenance "Heures de n[ot]re Dame. Marguerite Lecamus // espouse de Mr Leonor de st leu notaire au ch(ate]let (2).

[ Voir description sur le site de la Pierpont Morgan Library ]

Le second (176) est un psautier de la fin du XIVe siècle, mesurant 180 x 120 mm. La reliure - comme celle du premier manuscrit -  date du XVIe s. ; on y remarque les initiales de Nicolas Le Camus, notaire : "N.L.C.N".
A l'intérieur, une inscription : "A moy scripteur de l'uniuersite et not[aire] en cha[te]llet Lecamus, 1562". Le nom de "Elizabeth Lecamus" s'y trouve aussi. 

[ Voir description sur le site de la Pierpont Morgan Library ]

Un autre Livre d'heures ayant appartenu à Nicolas Le Camus se trouve actuellement à la British Library, Stowe 25, Livre d'heures dont la décoration est attribuée au cercle du "Maître de Coëtivy".
Parmi les diffèrentes inscriptions :
"A moy Lecamus noter. .1592. .27. figures. 221 feuilles escripts"
"Apres le deces de feue madame et mere / que dieu absollet. qui fut en juillet .1595. // Ce livre me fut doné par mr et pere affin de prier dieu po(ur) tous deux. // Catherine LeCamus"


"Ce livre a este donne par. Lecamus noter a Catherine Lecamus fille de luy et de feux Jehanne Fortin deceddee le xe. juillet .1595. / que dieu absolue affin de y prier dieu po(ur) tous deux. C. Lecamus' (f. 224), and
"A Catherine Lecamus sa fille 1595" 
La reliure ancienne porte le nom de Nicolas Lecamus.
Catherine Le Camus épousa le notaire Gilles LE SEMELIER qui exerça à Paris, entre 1604 et 1625, rue aux Ours, dans la paroisse Saint-Leu-Saint-Gilles (ETANOT). Elle mourut avant 1611, date du remariage de Gilles Le Semelier avec Madeleine Sauvage (+ 1628), ce dernier épousant avant 1638 Marguerite Morice, mère de Martine (15 ans), Charles l'aîné (12 ans), Charles le jeune (9 ans) [ acte en ligne ]

[ Images et description sur le site de la British Library ]


Pour poursuivre avec les Livres d'heures de Nicolas Le Camus signalons celui de la Bibliothèque du Musée Condé à Chantilly, manuscrit 81. Il porte la date de 1576, époque de la reliure où Nicolas Le Camus fit mettre son nom, et à l'intérieur les armes d'un premier possesseur non identifié : d'or à la croix échiquetée d'argent et d'azur, cantonnée de quatre lions de sable armés de gueules. Au feuillet de garde on peut lire l'inscription suivante : « A Madeleine Le Camus, maintenant épouse de messire Henry Duport, procureur au Châtelet » ; puis une autre, postérieure : « Ce livre appartient à Antoine-Philbert Chibert, mon petit-nepveu et filleul, à quy je le donne et le prie de le garder en mémoire de moy. Anne de Sainct-Leu ». Issu de l'ancienne Collection Cigonge, n° 54 [ En ligne ]. Voir : J. Meurgey, Les principaux manuscrits à peintures du Musée Condé à Chantilly, 1930, p. 152-154 et pl. CIV.

[ Description sur le catalogue en ligne de la Bibliothèque du musée Condé de Chantilly ]

Autres Heures possédées par Nicolas Le Camus : Paris, BnF Lat. 17965, fragment  de 34 f. portant la mention "Lecamus notaire 1599", et cette inscvription : "moy soubzsigné notaire ou chastellet, garde du petit scel du pallais et scripteur de l'université. Le Camus 1597". Sur la reliure deux médaillons formés par des rameaux de feuillages au milieu desquels on lit d'un côté "NICOLAS" et de l'autre "LE CAMUS". Voir Monuments et Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, année 1946.

Dans ce contexte on lira avec beaucoup d'intérêt la notice que François Avril consacre aux Heures de Jean Lallemant l'Ainé (+ 1533) dans Les manuscrits à peintures, p. 312-313. Ce manuscrit, illustré en autres par le célèbre Jean Poyet, possédé par Nicolas Le Camus, est aujourd'hui dispersé entre plusieurs bibliothèques :
- Londres, British Library Add. 39641 (41 f)
- Baltimore, Walters Art Gallery, w 459 (33 f.). Voir Lilian M.C. Randall, Medieval and renaissance Manuscripts in the Walters Art Gallery, volume II, part 2, n° 206, p. 501-509.
- Quatre miniatures figuraient sous forme de feuillets séparés à la vente Firmin-Didot de 1884
- Cambridge, Fitzwilliam Museum, Marlay Cutting, Fr. 7 : une miniature
- Une miniature à la vente Bonaventure, du 9 mai 1936 (lot 376) à New York, American Art Association

Enfin pour terminer (mais je suppose qu'il en existe d'autres ...) une "Note de Mme Olga Rojdestvenskaïa sur des manuscrits à peintures de la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg", publiée dans les Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 69, 1925, p. 186, fait état d'un imprimé de Vérard portant en ex libris la "signature de Lecamus, notaire, demeurant rue Saint-Séverin, à Paris, en 1591, qui le donna à sa femme Jeanne Fortin; il appartenait encore à une demoiselle Lecamus en juillet 1790". Je n'ai pu encore consulter l'année 1946 des Monuments et Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui font mention d'autres manuscrits de Nicolas Le Camus ...

Toute l'activité notariale de Nicolas Le Camus se trouve aux Archives Nationales, à Paris, et la base de données ETANOT nous en décrit les grandes lignes, avec des informations biographiques sur notre bibliophile :

Dates d'exercice : du 9 décembre 1553 au 28 décembre 1608.

1) marié en premières noces à Anne d'Espoigny (3) (voir ET/XXIII/179, 4 avril 1569, inventaire après décès d'Anne d'Espoigny, épouse de Nicolas Le Camus)

2) marié en secondes noces à Marie Le Roy (voir ET/VIII/578, folio 76, 25 janvier 1611, contrat de mariage de Gilles Le Semellier, notaire, et Madeleine Sauvage, en présence de Marie Le Roy, veuve de Nicolas Le Camus et belle-mère du futur époux, à cause de Catherine Le Camus, femme défunte dudit futur époux)

3) marié en troisièmes noces à Jeanne Fortin (voir ET/CXXII/1596 folio 24, 19 décembre 1618, échange de la moitié d'une maison entre Jeanne Le Camus et Louis Duport son mari, d'une part, et Paul Chenevix, d'autre part, cette partie de maison provenant de l'héritage de défunts Nicolas Le Camus et Jeanne Fortin, sa femme)

Ses manuscrits et quelques textes nous apprennent que Nicolas Le Camus obtint le 21 septembre 1572 son office de "garde du scel" par "Monsieur de Thou maistre des Requestes" (Jacques Auguste de Thou, le bibliophile bien connu : voir le Blog du bibliophile). 


Un admirateur de Ronsard


Nicolas Le Camus fut un fervent admirateur de Ronsard. C'est ainsi qu'en 1580 il fit imprimer à ses frais :
Les figures et portraicts des Sept Aages de l'homme, avec les subjects par quatrains de feu Mons. de Ronssart, au pied de chacun d'iceulx. Taillez et gravez sur les principaulx inluminez de feu M. Baptiste Pellerin.— Paris, 1595. Pour N. L. C. N.
In-fol. oblong. La dernère estampe porte : "Parachevez de taillez et graver en décembre 1580. Pour Nicolas le Camus, notaire".
Une autre édition sortit en 1609 des presses de l'imprimeur parisien Jean Leclerc.
(Exemplaire à Paris, BnF Z 3349)
L'inventaire après-décès de sa première épouse, Anne d'Espoigny (Paris, AN ET/XXIII/179), dressé le 4 avril 1569 énumère une liste de tableaux (de Jean Cousin, par ex.) naguère relevée par G. Wildenstein, "La collection de tableaux d'un admirateur de Ronsard", dans Gazette des beaux-arts, janvier 1958, p. 5-8. [ étude non vue ]
Au reste on doit à Nicolas Rapin (1535-1608) [ lien Wikipedia ] une "Autre Elégie à M. Le Camus Parisien", publiée dans Les Plaisirs du Gentilhomme champestre, Paris, Lucas Breyer, 1581, f. 25r-28v [ En ligne ], qui se termine :
 
Mais afin de te faire auoir en ton estude
Comme un doux souvenir de l'amour fraternel
Qui est entre nous deux beaucoup plus eternel
Et plus digne cent fois que ma musique rude.


NOTES

(*) A ne pas confondre avec un homonyme, conseiller au Grand Conseil, procureur général de la Cour des aides de Paris, conseiller d'État en 1632.

(1) Cette allusion à Provins peut être significative. François Pesloe, "notaire et secrétaire du roi, bailly de son artillerie, et élu de Provins" était inhumé aux Célestins de Paris. Milin, dans ses Antiquités Nationales, y a relevé cette inscription : " ... a été apposé à la mémoire du defunt, en septembre 1577, par Nicolas Camus, son cousin, notaire du roi au Châtelet, garde du scel au baillage du palais, et naguère scripteur de l'université". Le Livre d'heures de la Pierpont Morgan Library émane peut-être de la succession du notaire de Provins. Olivier de Magny, dans une de ses Odes s'adresse "A François Pesloe, sur la mort d'une sienne soeur". Voir Olivier de Magny. Les trois premiers livres des Odes de 1559, éd. F. Rouget, Droz, 1995. Sa "bibliothèque" ( 17 titres) est inventoriée dans Paris, AN ET LIV, l. 86, en date du 2 janvier 1576 (Maison de la rue des Poulies). Voir Hélène Michaud, "Les bibliothèques des secrétaires du roi au XVIe siècle", dans Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 126, 1968, p. 333-376.

(2) Marguerite mourut avant 1627, année d'un bail fait par Léonor de Saint-Leu, "agissant comme tuteur des enfants qu'il a eu de défunte Marguerite Le Camus". Le notaire du Châtelet Leonor de Saint-Leu (voir pour son étude, ETANOT), porte un prénom qui tire son origine du saint breton Lunaire, dont les reliques furent déposées à Beaumont-sur-Oise à l'époque des invasions normandes en Bretagne, vers le début du Xe s. Fils de Noël de Saint-leu, Il possédait le fief de La Neuville, sis à Beaumont (Archives Départementales Oise, A 1438 et 1439). En 1529, Jean de Saint-Leu, devenu lieutenant particulier du bailli de Beaumont, résigna son office de notaire au profit de Nicolas son fils. Compte-tenu des dates, il ne peut s'agir ici de notre Nicolas bibliophile.

(3) Peut-être apparenté à Gilles d'Espoigny, notaire au Châtelet vers 1550, époux de Marie Dain.

Crédit image :
Pierpont Morgan Library
British Library
Paris, Bibliothèque nationale de France


samedi 21 août 2010

Les Heures de Gilles de La Helandière et de Gabrielle de Beauvais : New York Public Library MA 42



(c) New York, Public Library MA 042, f. 23

Toujours à la recherche de manuscrits issus de Bretagne, Digital Scriptorium, la base bien connue, vient de nous livrer un nouveau Livre d'heures ayant appartenu à un couple de Bretons : Gilles de La Helandière et Gabrielle de Beauvais, actuellement conservé à la Public Library de New York (MA 042)

Le Nobiliaire de P. de Courcy fait effectivement mention d'une famille de ce nom, seigneur dudit lieu et de Maltouche, paroisse de Tremblay ; de Beauvais, paroisse de Servon, déboutée à la Réformation de 1671 (Ressort de Rennes) et portant pour armes : D'argent à la bande de gueules chargée de 3 fleurs de lys d'or (Nobiliaire de Bretagne, II, p. 19).

Sur ce couple je n'ai retrouvé que l'information précieuse donnée par les Archives d'Ille-et-Vilaine (9 G 46; 1 H 5) et transmise par le Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, de l'abbé Guillotin de Corson : le 12 janvier 1647, Gabrielle de Beauvais, veuve de Gilles de la Hellandière, sieur de Saint-Denis, fonda trois messes en l'église de Servon et donna les terres de la Grande et de la Petite-Bretonnière, valant 60 livres de rente, au chapelain chargé de les desservir ; celui-ci devait, en outre, fournir le pain bénit le jour des Rois.
L'abbé Paul Paris-Jallobert, dans ses Anciens registres paroissiaux de Bretagne (pour "Servon", Rennes, 1895, p. 8-9) fait aussi mention du couple , et cite deux enfants : Renaud, né le 11 novembre 1601, et Charles, né le 27 avril 1603, nommé en 1631 "sieur de la chapelle". Renaud, sieur de Beauvais, fut sénéchal du Gué, et se maria, à Landravan, le 26 novembre 1624 (?) à Marie Nicole, dame de la Chochonnais, meurt le 4 février 1670.
De la famille de Beauvais était issu Noble homme écuyer Amaury, sieur de la Rivière, Villalée, la Chesnay, le Fail, la Saigerfe, la Chaisne, attesté à la fin du XVIe s. Gabrielle de Beauvais avait "nommée" le 2 juillet 1629 une Gabrielle, fille de Jacques de Montalambert et de Fraçoise de La Hellandière (Paris-Jallobert, "Québriac", Rennes, 1891, p. 9

Le moulin à papier de la Helandière (en Tremblay), sur la rive gauche de la Loisance, dont l'activité est attestée depuis 1655 à l'époque de René de La Helandière, a été étudié par Jacques Duval, dans ses Moulins à papiers de Bretagne, L'Harmattan, 2005, p. 135sq.

On trouvera sur le site Digital Scriptorium une description et quelques images du Livre d'heures donné comme étant à l'usage de Coutances (??).
La reliure y est datée de 1550 et porte les noms des deux époux : "E (pour écuyer?) : Gilles de la Helandiere" et D : Gabrielle de Beauvais". Provenance : Catalogue Robert L. Stuart, New York 1884, p. 74.
Sur la feuille de garde  : "Ces Heures Manuscrites sont très curieuses; elles contiennent 1072 lettres majuscules en or, sur lesquelles il y a 173 lettres enluminées. Ce grand nombre de lettres rend très précieuse et très cher ce manuscrit".
En 1873, le manuscrit est inscrit au Catalogue de livres anciens et modernes, rares et curieux de la Librairie Auguste Fontaine (n° 8788) :
Livre d'heures manuscrit du quinzième siècle, de 149 feuillets, orné de cinq grandes miniatures avec enluminures, neuf pages enluminées, avec de grandes lettres, et de nombreuses lettres avec fleurs et or bruni, sur les marges. Ce manuscrit, d'une écriture fort belle et régulière, est précédé d'un calendrier dont quelques saints et saintes sont particuliers aux provinces de Normandie et de Touraine. C'est un manuscrit de famille, qui a appartenu à Gilles de la Helandière, et à Gabrielle de Beauvais, son épouse, au commencement du dix septième siècle. Les miniatures représentent la sainte Vierge et sainte Anne, — le roi David à genoux devant Dieu le Père, qui lui apparaît, — le Christ en croix, — le Don des langues, — et un Prince frappé par la mort. Ce dernier sujet ne se trouve guère dans les manuscrits.
Le premier feuillet après le calendrier a été enlevé. A la fin du livre se trouvent douze feuillets d'un autre manuscrit, comprenant un calendrier et des prières, d'une écriture plus fine, à deux colonnes. En tête de chaque page du calendrier on remarque des légendes se rapportant aux travaux du mois : en janvier, poto, je bois; en février, ligna cremo, je brûle mon bois; en mars, de vite superflua demo, je taille la vigne; en avril, gramen gralum, agréable gazon ; en mai, mihi flos servit, la fleur m'est utile ; en juin, mihi pratum, je tiens mon pré; en juillet, fenum declino, je recueille le foin ; en août, messes meto, je coupe les moissons ; en septembre, vina propino, je bois le vin; en octobre, semen immi jacio, j'ensemence la terre; en novembre, mihi pasco sues, je fais paitre les porcs ; en décembre, mihi macto, je les tue.

Illustration : Visitation. (c) New York, Public Library MA 042, f. 23

mercredi 18 août 2010

Reims BM 476 & 480 : deux manuscrits du prieur de Saint-Sauveur de Béré (Châteaubriant)


La riche Bibliothèque municipale de Reims (Carnégie) conserve de nombreux manuscrits en relation directe ou indirecte avec la Bretagne, manuscrits que nous avons pour certains déjà signalés (1).
Cette petite note concerne les volumes 476 et 480 (2), commentaires de saint Thomas d'Aquin sur les Livres IIIe et IVe des Sentences. Les deux portent l'ex-libris de Jacques Coaynon, prieur de Saint-Sauveur de Béré. On relèvera sur le premier, achevé en 1436, une petite fantaisie du copiste, très courante au Moyen Âge :

« Finis adest operis, mercedem posco laboris.
Mercedes quesita sit amor necnon bona vita.
Vita sit illa bona, vinum vel cetera dona.
Jam tibi servivi, semper tua jussa subivi;
Si bene, letus ero, si non, veniam mihi quero ».

Le second est recouvert d'une reliure du second quart du XVe siècle, peut-être d'origine nantaise, estampée d'un décor de petits fers et de filets dont on trouvera des reproductions dans l'ouvrage cité en note 2.

Le nom de Jacques Coaynon n'est pas ignoré des archives bretonnes. On sait par exemple qu'en 1437 il fut en procès au sujet de la construction d'un moulin sur la rivière de Berne, en la paroisse de Piré (Nantes, ADLA, H 116). En 1447, il rendait aveu aux barons de Châteaubriant pour son prieuré de Béré (Nantes, ADLA H 128). Probablement appartenait-il à cette famille noble de Bretagne, "dont on trouve le nom indifféremment écrit dans les titres, Couaisnon, Couainon , Couaynon, Coaynon , Coynon , et Couasnon. Elle possédait les terres et seigneuries de Bréilmanfeny, la Dinastive, Brielles, Chastenay, la Barillière, Boulande, Gastines, Clergerie, Lorgerie, la Hersendière, la Roche, la Croisille, la Rougère, etc. et fit ses preuves de noblesse au cabinet du roi au mois de septembre 1789, d'après le certificat délivré par M. Cherin, généalogiste des ordres, qui donne la généalogie que je vais rapporter ici, et qui admet Jean-César-Elisabeth de Couasnon à l'honneur de monter dans les carrosses de S. M. et de la suivre à la chasse". Elle portait comme armes d'argent à 3 molettes de sable. Parmi les personnages connus de cette famille figure Alain de Coaynon, "lequel fut secrétaire du duc de Bretagne en 1426, son envoyé vers le duc de Bedfort, en 1428 ; député vers le roi de France avec l'évêque de Saint-Malo, le grand maître d'hôtel du duc de Bretagne, et le sénéchal de Rennes, en 1450, et la même année vers le roi d'Angleterre; fut l'un des ambassadeurs de Bretagne, qui accompagnèrent la reine de Sicile lorsqu'elle fut trouver le roi à Saumur, en 1451, pour travailler à réconcilier le connétable avec Sa Majeste, et fut encore envoyé en ambassade en Angleterre, au mois d'avril 1455 (Nobiliaire universel de France ou Recueil général des généalogies ..., Volume 3, Paris, 1815 , p. 97-105).



Pour compléter cette note signalons le cartulaire perdu de Saint-Sauveur de Béré, sur lequel Arthur de La Borderie avait jadis donné quelques détails d'après les papiers d'un certain abbé Chotard, qui, après avoir été attaché au service de la reine de Pologne, avait obtenu un canonicat à la cathédrale de Nantes, sous l'épiscopat de M. de Tressan, c'est-à-dire de 1717 à 1723. L'un des parents de cet abbé, peut-être son père, avait été, sur la fin du XVIIe siècle, intendant des affaires du prince de Condé, alors seigneur de Châteaubriant ; il s'appelait Jacques Chotard. C'est évidemment des papiers de ce dernier que l'abbé avait lui-même tiré ces notes :
« Un gros livre latin, escrit sur parchemin, en vieilles lettres gothiques, relié en bois couvert d'un cuir noir, sans fin ni commencement. Au commencement duquel livre il y a partie d'un calendrier où sont plusieurs remarques de ce qui s'est fait au couvent de Saint-Sauveur de Beré, signé Julien Daligauld et Animadab, avec paraphe. Ensuite est la règle de Saint-Benoist, à la fin de laquelle sont soixante-treize chapitres sur ladite règle, et puis une espèce de rituel pour le prieuré de Saint-Sauveur, à la fin duquel est un chapitre intitulé De quibusdam consuetudinibus elemosinœ...; signé, après quelqu'autres remarques, contenues en un feuillet, concernant ledit prieuré de Saint-Sauveur de Beré, Jean de la Couësre, avec paraphe. Suivent immédiatement après plusieurs chapitres concernant le procès entre les religieux de l'abbaye de Marmoutier et ceux de l'abbaye de Saint Melaine (sic), dont ensuit la teneur du premier : Prœceptum de ecclesia Sancti Salvatoris de Beriaco. Quisquis fidelium ardore succensus, etc. Ensuite de cet acte il y en a un autre De terra capellœ Sancti Petri. »
Et en marge de ces notes, que l'abbé Chotard avait prises sur un extrait du cartulaire fait à la fin du XVIIe siècle, on lit encore :
« Les susdits extraits ont esté tirez et collationnez par nous, notaires soubsignez de la baronnie de Chasteaubriant, sur ledit livre, à nous représenté par noble homme Me Jacques Chotard, intendant des affaires de Mr le Prince (de Condé), qui nous a déclaré l'avoir tiré du trésor (des titres) de S. A. S. M le Prince, à Chasteaubriant. Fait à Chasteaubriant le 24 novembre 1688. » (2)

Cf. "Cartulaire du prieuré Saint-Jean de Béré, dépendant de Marmoutier", in cartulR - Répertoire des cartulaires médiévaux et modernes, Paul Bertrand, dir. Orléans : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 2006. (Ædilis, Publications scientifiques, 3). [En ligne


Notes

(1) Par exemples : Jean-Luc Deuffic, « Les manuscrits d’Olivier Salahadin, Grand Maître du collège royal de Navarre (+ 1354), dans Pecia, 6, 2004, p. 161-166. Jean-Luc Deuffic, « Hamon Kerredan, copiste et commensal breton au service de Simon de Cramaud », dans Notes de bibliologie. Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (XIVe-XVIe siècles). (Pecia. Le livre et l’écrit, 7, 2009), Turnhout, Brepols, 2010, p. 121-127.
(2) ALEXANDRE (Jean-Louis), GRAND (Geneviève), LANOË (Guy), Bibliothèque municipale de Reims (Reliures médiévales des bibliothèques de France, 4). Turnhout, Brepols Publishers, 2009, p. 330, 331.
(3) A. de La Borderie, "Inventaire des titres des prieurés de Marmoutier situés dans l'évêché de Nantes", Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-inférieure, t. 6, 1866, p. 101 sq., et t. 7, 1867, p. 35 sq.
Source des illustrations : [ www.chateaubriant.org ]

Techniques d'enluminure au Moyen Âge, d'après le manuscrit du greffier Jean Le Bègue



... Autre Recepte pour faire encre

Prenes ung quarteron de noiz de galle de iiij deniers parisis et faites batre en pouldre, puis la metez en quatre et demie diaue et la faites boulir une heure et demie ou plus a beau feu de charbon et jusques atant que leaue soit revenue a la quarte ; et puis quant elle aura ainsi bouli, y mettez un quarteron de gomme de iiij deniers et plain gobelet de vin aigre ; et puis le faites boulir une autre heure et puis quant elle aura boulu, la descendez et y metez un quarteron coperose en pouldre de iij deniers parisis, et le laissiez refroidier puis metez en un cellier. Et se elle est trop clere blanche si y metez encore un pou de coperose et vous aurez bon encre.

Pour escrire ou paindre d'or
Mettez argent vif avecques or molu en pouldre en cuir de cerfs, et le espraignez si passera largent vif par le cuir et lor demourra ou cuir, puis mettez lor avecques largent vif sur le feu maiz gardez bien que le crosel narde. Et mettez avecques un pou de sel bien moulu et crible tant que le vif argent se parte par fumée, lequel vous pouez recevoir en une escuelle ointe de graisse pendue au hault au dessus puis lavez la pouldre dor en un bacin en yaue, comme vous feriez mine. Puis mettez la pouldre dor quant elle est sèche en glus laite de parchemin orculin [ou velin] lequel mis en vaissel sur eaue chaude est tantost résolu et quant tout sera résolu moelez bien et mettez en vostre plume ou pincel et escrisiez ou paindez dicellui or trempe.

Pour enluminer de mine, soit livre ou autre chose
Ne mettez pas mine par soi, car la lettre en seroit trop clere et mal parant, mais mettez mine avecques vermillon, et se le vermillon est bien rouge et novel si en mettez deux parties et le tiers de mine. Et sil est viel et obscur ou brun mettez de mine la moitié ou les deux pars, car plus est vermillon viel et plus est noir et obscur, et quant il sera mouluz ensamble a leaue clere et sec par monseaux se vous voulez eu ouvrer et quil soit luisant trempez le de vernix et de glaire dœufs rompue a lespurge, et y mettez pou deaue clere et de ce escrisiez en parchemin grosse lettre et menue et quant il est sech, sil nest bien luisant, et que le temps soit moite, séchez le au feu, si resplendira ; et se le tempe et sech et chaut elle serait mieulx sechee au soleil.

Pour escrire de laton et pareillement dor et dargent
Limez très subtilement laton de très pure couleur et puis le molez soutiliment sur le porphire qui est pierre très seure, puis le mettez et un net vaisel et le laissiez asseoir, puis ostez leaue et ayez vostre détrempe de gomme arabiche, et len destrempez puis en ouvrez de vostre pincel, et quant ce sera fait et sech, si le frotez et burnissez très bien, d'une pierre qui est nommée ametiste et ainsi povez vous escrire dor et dargent.

[ A suivre ... ]

Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, Lat. 6741, (1441)
Édition : M. Merrifield, Original Treatises on the Arts of Painting Dating from the XIIth to the XVIIIth Centuries, London, 1849.
Biblio : ARLIMA.
 

Orpiment se fait ainsi
Prenez oille et encre et jus despine noire et son escorce moienne bien broyée en un mortier et mettez tout ensemble, en un pot, et li laissiez une nuit reposer, puis le metez un poi boulir, puis le colez, puis le metez boulir un pou avec mirre et aloes et derechief le coulez. Puis metez avec un po de verjus ou de glace, et remetez tout ensemble sur les charbons sans flamme un petit bolir, puis le ostez et le gardez.

A faire couleur blauet comme d'azur
Prenez jus de bleues net et faite en bois ou en parchemin un camp de blanc de plomb, puis mettez le jus dessus le dit champ, trois ou quatre ou cinq lis ou plus si mestier est ; si avez couleur dazur.

Pour peindre murs
Mettez un po de chaux avec ocre pour avoir plus grant clarté, ou vous la mêliez avec rouge simple ou avec prasin ou avec une couleur qui est nommée posce qui est faite de ocre vert et de membrayne ou vous pouvez prandre dune couleur qui soit faite de synople et docre et de chaux et de pose etc. ; et doivent estre murs paint plus moiste que aultre chose pour ce que les couleurs se tiennent mieulx ensembles et soient plus fermes. Et doivent toutes couleurs pour murs estre melles avecques chaux vive.

Noir est fait de charbon broyé avec eaue ou vin et destrempez doile ou deil, mais le bon est fait darrement, etc. Se ce nest carbon qui est fait de paille de fer boulu et cuie avec oille. Ou vous prenez escorce daine et le broiez en eue avec molure de ferre en yaue, et mettez avec arcement et destrempez.

Charnure dymages se fait ainsi
Prenez vert terrin blanc et laque, et mellez ensemble et emplissiez la ou vous vouldrez, puis faictes ombre de vert et ocre en telle manière que ce soit comme vert et mellez avecques un po de laque, et signez vos lits, et puis ombre et puis rose de blanc et de synople, et roses la ou vous plaira, puis faites charnure docre et de blanc et dun po de cinople et mettez dedans les signemens espes et cil qui sera sur la rose sera très sutil, puis prenez de celle couleurs et mettez sur les surcils et dessoubs les piez et sur la bouche et au menton et a la goile et aux oreilles. Et en faut si comme se fust vains, puis désignez de pur lac les cilles et narines et les yeulx et tous les membres. Et metez de rechief dedens umbre legierement et de lac loignez un petit, puis le blanchissez de blanc pur, puis désignez les cilles et les yeulz et les autres membres.

Pour mettre or de feuilles battues
Molez gipse très bien avec yaue pure et nette, puis le séchiez, puis le molez avec cinope si comme rose, et avec cole de poisson qui soit fondue avec très bon vin blanc et le mettez au pincel la ou vous vouldrez et soit bien couvert et le séchiez puis le raez dun coustel plainement et mettez lor dessus et le fermez de ametiste, et le lissez. Et se il ne vient bien prenez de la cole dessus dicte et metez au dessein, et tantost la feuille de lor dessus.

Si vous voulez appareiller oile pour destremper toutes manières de couleurs
Prenes chaux vive avec autant de cerase comme est de loile, puiz metez au soleil et ne le movez jusques a ung moyt ou plus tar quant plus y sera, et mieulx vaudra, puis le colez et gardez très bien loile, et de celle oille gardée et ainsi préparée povez destremper toutes couleurs ensemble et chacun par soy.

Pour escrire dor et dargent
Pren feuille dor et la broyé sur le marbre avec sel, puis le fay estre longuement en eaue, et le levé et laisse rasseoir puis prenez leaue pour oster * le sel, si demourra lor au fons. Si le destrempe a gomme et en escri, si auras lettre noire et quant elle sera sèche, si la poli dun dent, si sera belle et gaune et luisant en bonne cou¬leur dor, et ainsi puez tu escrire de argent se tu veulz.

Pour faire lettre dargent tans argent
Broyez alun avec sel, puis le levé pour oster le sel puis le destrempe a gomme et escri et quant il est sec, si le poli du dent, si perdra sa novete et ara couleur d'argent.

Pour or mouler recipe
R. très fin or lime bien menu et le broyez en un mortier suzille tel que les appoticaires ont, cilz de cuivre les trois pars et la quarte partie de staing ou de plomb, tels sont leurs mortiers ; mais avant ce doit estre votre limeure d'or bien lavée en un bachin ou en une conche de limeterie a un pincel et en ce mortier dessus dit, molez tant or que bave qui y sera mise soit au départir clere. Et en telle manière pourrez molez cuivre argent loton estaing et tout autre metail, mais gardez que lor ne se haerde car il le faul-droit remouldre de rechief. Et quant ce sera fait, estez liaue et les ordures et laissiez lautre rasseoir, puis le metez sur les charbons avec eaue et le chauffez et mouvez.

dimanche 15 août 2010

Le livre manuscrit dans le Midi de la France


La production et la circulation des manuscrits juridiques enluminés dans le Midi de la France au XIVe siècle
a fait l'objet d'un projet de recherche postdoctorale, par Maria-Alessandra Bilotta : [ Lien ]

Voir également de M.-A. Bilotta, dans les Mélanges de l’École française de Rome. Section Moyen Âge, 121/2, 2009, p. 349-359 :
« Images dans les marges des manuscrits toulousains de la première moitié du XIVe siècle : un monde imaginé entre invention et réalité ».
De même, « Un manuscrit de droit canonique toulousain reconstitué : le Décret de Gratien », dans Art de l'enluminure, 24, 2008 [ Lien ] :

De nombreux grands manuscrits ont été la proie de marchands qui les ont dépecés en feuillets séparés pour offrir aux amateurs la possibilité d'acquérir de belles miniatures isolées. Les recherches de divers historiens d'art ont permis d'identifier un ensemble de folios provenant tous d'un même remarquable manuscrit juridique du XIVe siècle, composé et décoré à Toulouse, qui comportait des illustrations originales de haute qualité.

Enfin, dans la revue ALUMINA, n° 27 [ Lien ] (manuscrits enluminés de la Bibliothèque de Toulouse) et 29 [ Lien ] (enlumineur du manuscrit toulousain du Décret de Gratien)

Dans ce contexte signalons l'ouvrage à venir aux éditions Méridiennes  : 
Le Livre dans la région toulousaine et ailleurs au Moyen Âge, édité par Sophie Cassagnes-Brouquet et Michelle Fournié, dont voici le sommaire :

Sophie Cassagnes-Brouquet,
Le livre dans la région toulousaine et ailleurs ... au Moyen Âge, 7
Les métiers du livre à Toulouse
Sophie Cassagnes-Brouquet,
Le métier de parcheminier à Toulouse à la fin du Moyen Âge, 13
Véronique Lamazou-Duplan, Laetitia Soula, Artisans et métiers du livre à Toulouse aux XIVe et XVe siècles : échos des registres de notaires, 33
Éclairages sur quelques manuscrits toulousains
Hiromi Haruna-Czaplicki,
Note sur le ms. 1252 de la Bibliothèque municipale de Toulouse : un sacramentaire d'Albi réalisé au tournant du XIIIe et du XIVe siècle et son décor à filigranes à l'encre, 59
Maria Àlessandra Bilotta,
Nouvelles considérations sur un manuscrit toulousain du Décret de Gratien reconstitué, 73
Claudia Rabel,
Sous le manteau de la Vierge : le missel des Carmes de Toulouse (vers 1390- 1400), 85
Les auteurs et leurs lecteurs
Clémentine Stunault,
La Vierge dans la poésie des troubadours 109
Cyril Daydé,
Un unicum méconnu : la Repetitio de inquîsitione hereîicorum de Nicolas Bertrand, (Toulouse, 1512) 121
Emmanuelle Pujeau,
Enjeux autour du latin dans l'Italie du seizième siècle, 135
Bibliothèques, bibliophiles et collectionneurs
Emilie Nadal,
Une recherche en cours : les commanditaires ecclésiastiques de manuscrits enluminés dans le Midi de la France au XIVe siècle, 153
Patrice Foissac,
Les bibliothèques des collèges universitaires de Cahors et Toulouse (XIV-XVe siècles), 169
Emilie Goujaud,
Les bibliothèques perpignanaises à la fin du Moyen Âge : approche sociale du lecteur roussillonnais, 183
Matthieu Desachy,
Bibliophiles d'oncle à neveu : livres et bibliothèques de Jean et Hélion Jouffroy (vers 1460-1530), 201

mercredi 28 juillet 2010

France 1500, l’art pictural à l’aube de la Renaissance


La galerie Les Enluminures présente :
France 1500, l’art pictural à l’aube de la Renaissance


Au Louvre des antiquaires
Du 9 septembre au 28 novembre 2010

L’exposition proposée par la galerie Les Enluminures se situe dans le sillon de l’événement culturel majeur de la rentrée 2010, “ France 1500, Entre Moyen Age et Renaissance ”, organisé par la Réunion des musées nationaux (Paris), l’Art Institute de Chicago et le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France. L’exposition muséale se tiendra tout d’abord à Paris (Grand Palais, du 6 octobre 2010 au 10 Janvier 2011), puis à Chicago (à l’Art Institute du 26 février 2011 au 30 Mai 2011). L’exposition présentée par la galerie Les Enluminures rassemble approximativement 45 oeuvres d’art diverses parmi lesquelles des manuscrits, des livres d’heures, des miniatures, des coffrets ornementés de gravures ainsi que des vitraux. Les nombreux thèmes abordés tout au long de l’exposition – les humanistes français, le mécénat royal, la prédominance de Paris en tant que foyer artistique, l’influence de l’Italie et du Nord, les différents centres artistiques actifs, etc. – incitent à une redécouverte d’un art en plein épanouissement à l’aube de la Renaissance.
Cette exposition ne veut pas s’attaquer à l’épineuse question : il y a –t-il eu ou non une « Renaissance » française ? Elle ne soulève pas l’interrogation suivante « La période autour de 1500 signifie-t-elle la fin de la civilisation médiévale et l’aube d’un Age Moderne, d’une ère nouvelle » ? L’astucieux visiteur notera toutefois de nombreux témoins d’une modernité nouvelle : l’importance de l’impression, un abandon de certaines conventions artistiques, l’affirmation de l’individu, l’expansion de la communication au-delà des murs de la citée et des frontières, ainsi que la production de textes classiques et humanistes, etc. Les objets variés de l’exposition, leur richesse stylistique et esthétique, parlent pour eux-mêmes et encouragent le visiteur à les apprécier à leur juste valeur. Médiéval ou moderne – voir les deux – la Renaissance Française apparait comme un épisode extraordinaire de l’histoire européenne, un de ceux remarquablement complexes et glorieusement créatifs (dossier de presse /pdf/).

LES ENLUMINURES
Le Louvre des Antiquaires, 2 Place du Palais-Royal, 75001 Paris (France)
Tel: +33 1 42 60 15 58
info@lesenluminures.com
www.lesenluminures.com
(virtual exhibit www.lesenluminures-france1500.com)

Présentation de France 1500, Entre Moyen Age et Renaissance
sur sur le Site des RMN
| Lien |


L’annonciation, 1490/1495, Jean Hey,
Collection Mr & Mde Martin A. Ryerson,
The Art Institute of Chicago
© photography The Art Institute of Chicago 2010

Programme culturel associé :

Mercredi 13 octobre 2010
« France 1500. Entre Moyen Âge et Renaissance »
Par Elisabeth Taburet-Delahaye, directeur du musée de Cluny-musée national du Moyen Âge, Geneviève Bresc-Bautier, directeur du département des Sculptures du musée du Louvre, Thierry Crépin-Leblond, directeur du musée national de la Renaissance, Château d’Écouen. Les commissaires détaillent ensemble les enjeux de cette exposition : réévaluer une période mal connue mais cruciale pour l’art français et en dévoiler les chefs-d’oeuvre au grand public ; souligner l’attraction exercée par la France sur de nombreux artistes de l’époque ; explorer les diverses modalités d’une création foisonnante, en interrogeant les notions de continuité et de rupture entre Moyen Âge et Renaissance.
Mercredi 24 novembre 2010
« Anne de Bretagne, une reine « parfaite » ? »
Par Didier Le Fur, historien, spécialiste du XVIe siècle
Anne de Bretagne est l’une des rares reines de France dont on conserve encore le nom en mémoire. Pourtant le souvenir de celle qui eut le privilège unique d’avoir épousé deux rois de France est bien loin de l’image que cette femme voulut donner de son vivant. C’est à la redécouverte de cette image, celle d’une reine idéale telle qu’on la concevait à la fin du XVe siècle et aujourd’hui totalement oubliée des historiens, que Didier Le Fur consacrera sa conférence. A l’issue de cette conférence, une séance de dédicace sera organisée à la librairie.
Mercredi 1er décembre
« Les couleurs à l’aube des temps modernes »
Par Michel Pastoureau, historien, archiviste paléographe et directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes En Europe, le tournant des XVe et XVIe siècles constitue pour les couleurs une période de profondes mutations. Différents pigments et colorants jusque-là inconnus proviennent maintenant du Nouveau Monde. De nouvelles morales sociales et religieuses conduisent désormais à distinguer des couleurs vertueuses et d’autres qui le sont moins.
Surtout, la diffusion du livre imprimé et de l’image gravée contribue à la naissance d’un nouvel univers chromatique : le « noir et blanc ». En tous domaines, de nouveaux classements, de nouvelles pratiques, de nouvelles sensibilités modifient ainsi les rapports qu’hommes et femmes entretiennent avec les couleurs.

mardi 27 juillet 2010

Kerhoent de Kergournadec'h : livre et objet d'art

La British Library conserve un magnifique exemplaire des Coutumes de Bretagne, dans une reliure exceptionnelle timbrée aux armes échiquetées d'or et de gueules. Nous avons présentement ici un ouvrage ayant appartenu très probablement à Olivier de Kerhoent, seigneur de Kergournadec'h († après 1594), qui épousa Marie de Ploeuc, dame de Coëtanfao († 1573) : "noble et puissant Olivier, sire de Kergournadech, Trohéon, Coatquelfen, en qualité de fils aisné héritier principal et noble" (B. Yeurc'h). Il abandonne les armes des Kerhoent pour celles des Kergournadec'h.


London, BL, Davis 511. Edition de 1584. (c) London, BL.
Les armes sont entourées du collier de l'ordre de Saint-Michel reçu en 1559 par Olivier de Kerhoent.

Anthony Hobson, French and Italian collectors and their bindings : illustrated from examples in the library of J. R. Abbey, Printed for presentation to the members of The Roxburghe Club, 1953, p. 54-55, n. 25, reproduit une reliure semblable, sans doute exécutée à Rennes vers  1581, pour Nicolas Le Prevost du Parc (1588-1630), conseiller-maître à la Chambre des Comptes de Paris, sur un exemplaire des Coustumes generales des Pays et Duché de Bretagne, Rennes, Julien du Clos, 1581. Deux autres reliures de cet atelier sont connues : J. Baer & Co., Frankfurter Bücherfreund, 12, taf. 49 ; l'autre à la vente Gramont, Paris, 18 décembre 1933, lot 22, sur des Coustumes generalles de Bretagne, Paris, Jacques Dupuis, 1584 (site de la British Library).
Sur les différentes éditions de la Coutume de Bretagne voir notre page.

Olivier de Kerhoent était le fils d' Alain de Kerhoent, seigneur de Troheon (†/ 1576) et de Jeanne, dame héritière de Kergournadec'h. Il épousa le 7 octobre 1559 Marie de Ploeuc, ( morte en 1573) fille de Pierre de Ploeuc et de  Jeanne du Quélennec, dame héritière de l'Estang.
Un arrêt de maintenue des Kerchoent cite une enquête menée en 1584 à la requête "d'Olivier de Querhoent, sieur de Kergournadec'h, Trohéon, Coatquelfen..." par laquelle « plusieurs anciens prestres, gentilshommes et habitants de la paroisse de Cléder déposèrent que ses ancêtres étaient bien d'ancienne chevalerie et portoient leurs écussons en carré et en bannières comme les anciens parements de la province et que messires les officiers de leurs juridictions étoient touz gentizhommes ». Olivier mourut en 1594 et fut inhumé en l'église de Cléder. Dans le chœur, on montrera longtemps le portrait d'Olivier, « peinture de son long, armé de toutes pièces, avec sa cotte d'armes de velours rouge cramoisy, son casque, son espée et esperons dorés, sa lance et sa cornette ». Ce seigneur Olivier a immortalisé sa mémoire dans les « bastiments superbes qu'il a entrepris, du faict du chasteau « de Kergournadech qui mérite d'estre mis au rang des « belles maisons de France. » (Extrait d'une ancienne genéal. de la Maison de Kerhoent. Bibl. Nation.) ( Source : Gaston de Carné, Les chevaliers bretons de Saint-Michel, Nantes, 1884, p. 193-194)
Le marquis de Rochambeau (Epigraphie et iconographie, II, p. 45) fait référence à une "Généalogie manuscrite de la maison de Kerhoent ou Querhoent, appartenant à Mme la comtesse de Gouyon de Beaufort, née de Querhoent, au château de Beaufort, par Plerguer (Ille-et-Vilaine)".

Signature d'Olivier de Kerhoent sur un aveu du 9 mars 1569 rédigé après le décès de Jehanne de K/gournadec'h, sa mère, par deux notaires de la cour de Lesneven (Kersauson et Audren) :


Nantes, ADLA B 1677.
Voir sur le site des Généalogistes du Finistère quelques extraits de ce mynu par Anne-Françoise Grall-Pérès et des clichés de Françoise Simon.


Le château de kergournadec'h (Cléder, en Pays du Léon), au XVIIe s. :


Croquis tiré de La Colombière (1644) qui y avait séjourné ...



Ruines du château de Kergournadec'h

Des armoiries écartelées Kergounadec'h / Botigneau se retrouvent sur la coupe couverte de Molac. Cette superbe coupe "constitue un témoignage unique de l'orfèvrerie civile d'apparat commandée par la noblesse bretonne à la Renaissance. Vraisemblablement réalisée par un orfèvre de basse Bretagne aux environs de 1600, (peut-être Pierre Lafleur de Morlaix), cette rarissime coupe couverte destinée à recevoir des dragées, évoque magnifiquement les pièces disparues qui ont pu être réalisées en haute Bretagne. L'objet frappe par la densité du décor qui le recouvre en totalité : scènes de chasse ciselées sur le couvercle, au gros et petit gibier, au gibier terrestre et au gibier d'eau, à pied et à cheval, ainsi que la représentation de monstres marins sur le pied. Le dindon figuré sur la coupe parmi d'autres oiseaux, témoigne de l'arrivée récente en Europe de ce volatile, venu du Nouveau monde au cours du XVIe siècle. A l'intérieur sont gravées sur le fond de la coupe, les armoiries de François de Kerhoent de Kergournadéc'ch et de son épouse Jeanne de Botigneau, mariés en 1583. Personnage de premier plan dans le Léon à la fin du XVIe siècle, François de Kerhoent, constructeur de l'extraordinaire château de Kergournadec'h à Cléder, actuellement dans le Finistère, reçut en 1599 du roi Henri IV le collier de saint Michel en récompense de sa loyauté. Suite au mariage en 1616 de l'héritière de Kergournadec'h avec Sébastien de Rosmadec, seigneur de Molac (en haute Bretagne), l'objet offert à l'église de cette paroisse, fut transformé en ciboire par l'ajout d'une croix au sommet du couvercle".  Jeanne de Botigneau était fille unique d'Alain Droniou.
Patrimoine de Bretagne : images et description


Coupe de Molac. Armes de François de Kerhouent et de Jeanne de Botigneau


Coupe de Molac. Scène de chasse

"On cite une enquête de 1434 dans laquelle les gentilshommes du pays déposaient avoir entendu dire et tenir par longue tradition que, depuis le VIe s. jusqu'au tems de l'enquête, tous les seigneurs de cette maison avaient été chevaliers, et qu'un ancien proverbe disait qu'avant qu'il y eût monsieur ou seigneur en aucune maison, il y avait un chevalier à Kergournadech. A-raok ma voa aotrou è nep leac'h // E voa eut marc'hek è Kergournadeac'h.
Les seigneurs de cette maison ont figuré dans nos annales. Le premier dont il y soit fait mention, après celui des légendes , est Olivier de Guergournadegh, qui vivait en 1288. Guyomar, son fils, se signala dans les guerres de Montfort et de Charles de Blois. Fait prisonnier dans une rencontre, il déclara qu'il aimait mieux mourir que de vendre un petit coin de sa terre pour payer sa rançon, tant il aimait son vieux château ! En quoi ses descendans l'ont imité ; car on les voit sans cesse mettre leur vieux château sous la protection spéciale des ducs, et non-seulement le vieux château avec les officiers, serviteurs, damoiseaux, mais les pigeons et les lapins du dit château.
La terre de Kergournadec'h passa, vers 1504, dans la famille de Kerhoënt, par le mariage d'Alain de Kerhoënt avec Jeanne de Kergournadec'h, héritière de sa maison. Leur petit-fils François épousa Jeanne de Botignau, dont il n'eut que deux filles, Renée et Claude de Kerhoënt, « et le bonhomme a dit depuis que s'il avait eu des garçons, comme il n'avait que des filles, il leur eût fait prendre le beau nom de Kergournadeac'h, comme déjà lui et feu son père Olivier en avaient pris les armes plaines èchiquetèes d'or et de gueules, et laissé celles de Kerhoent, qui sont lozangées d'argent et de sable. »
Renée de Kerhoënt, sa fille aînée, épousa , le 1er mai 1616, à l'âge de quinze ans, Sébastien, marquis de Rosmadec, baron de Molac..." (Lycée Armoricain, p. 368-369).
Devise de Kergournadec'h : En Dieu est.

Je remercie François du Fou pour son aide précieuse ... Guy Ducellier pour la signature d'Olivier de Kerhoent

vendredi 23 juillet 2010

Les Oratoriens de Nantes : épaves d’une riche bibliothèque ... (suite)

Nous avions dans une précédente note fait état de quelques épaves de l'ancienne bibliothèque des Oratoriens de Nantes. Aux quelques manuscrits relevés nous aimerions en ajouter deux autres. En premier lieu, celui qui se trouve actuellement conservé à la Bibliothèque universitaire d'Austin, USA (Harry Ransom Humanities Research Center HRC 040), un recueil de textes et de chroniques du XVe s. aux armes du célèbre Guillaume Budé (sur le personnage =>).


Guillaume Budé par J. Clouet. ca 1536. MMA.



Armes des Budé : d’argent, au chevron de gueules accompagné de trois grappes de raisin pourpre, pamprées de sinople. Ces armes sont celles de Guillaume Budé, l’arrière-grand oncle de l’Humaniste, anobli en 1397 pour la charge de « maistre des garnisons de vins du Roy et de la Royne » qu’il occupat auprès de Charles VI.
http://www.digital-scriptorium.org


Nous y avons reconnu au f.1 l'ex-libris (XVII/XVIIe s.) des Oratoriens de Nantes :


http://www.digital-scriptorium.org

De même nous avons remarqué sur le premier folio le cachet très caractéristique du Comte de Kergariou (+1849) (1) avec sa devise "Là ou ailleurs" :


http://www.digital-scriptorium.org

Ce manuscrit, par la suite, entra dans les collections de la comtesse Le Gualès de Mezaubran (issue d'une très ancienne famille du Tregor) qui fit vendre à Londres, en 1951, par la maison Sotheby's, 8 manuscrits médiévaux, celui-ci lot 25.

Description et images sur le site Digital Scriptorium.
Austin, USA : Harry Ransom Humanities Research Center [ Lien ]
Medieval and Early Modern Manuscripts Collection : Database and Digital Images [ Lien ]

Note

(1) Sur ce bibliophile breton voir Jean-Luc Deuffic, "Le comte de Kergariou. A propos d'un Livre d'heures... et de saint Fiacre", dans Notes de Bibliologie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (Pecia, Le livre et l'écrit, 7), Brepols, Turnhout, 2010, p. 171-175. [ Lien ]

Un psautier (ca 1460), peut-être d'origine ligérienne, dont la décoration est attribuée au Maître de Coetivy, présentement conservé à la Walters Art Gallery de Baltimore (W 297), porte l'ex-libris des Oratoriens de Nantes : Oratorii nanne[tensis] / Ddd. 51.
Biblio : L. M. C. Randall, Medieval and Renaissance Manuscripts in the Walters Art Gallery, Vol. II, France 1420-1540, 1992, p. 166-170, pl. XIIIc, fig. 239, 240.


(c) Walters Art Gallery W 297, f. 202.

Parmi les ouvrages imprimés issus de la bibliothèque nantaise des Oratoriens citons un exemplaire de Giovanni Battista dell Porta, Magiae naturalis, sive de miraculis rerum naturalium libri IIII, Naples, Mathiam Cancer, 1558, actuellement en vente :




LE MARCHANT (Jacques) /MARCHANTIUS/. - De Rebus Flandriae Memorabilibus liber singularis, ad eodem Flandriae Principes carmine descripti. Ad Lamorallum Principem Gauerae, Comitem Egmondae, etc. Antverpiae, Ex officina Christophori Plantini, 1567, in-12, 86-[2] p., page de titre ornée d'un bois avec la marque de Plantin, demi-basane blonde, dos à 4 nerfs orné de filets, roulettes et fleurons dorés, pièces de titre en veau rouge, ex-libris ms. au titre "oratorii Nannetensis" et imprimé au contreplat de V. Meganck de Wolf = Vente Ferraton.

Walters Art Gallery of Baltimore [ Lien ]
Vidéo : Restauration de la chapelle de l'Oratoire de Nantes | Lien |
Ouvrage de référence : A. Bachelier, Essai sur l'Oratoire à Nantes au XVIIe et au XVIIIe siècles. Librairie Nizet & Bastard, Paris, 1934.

Sur les manuscrits des Budé, voir :
H. Omont, "Georges Hermonyme de Sparte, maître de grec à Paris et copiste de manuscrits, suivi d'une notice sur les collections de manuscrits de Jean et Guillaume Budé", et de notes sur leur famille, dans Mémoires et Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XII, 1885, p. 5-57.

mercredi 21 juillet 2010

Maitre Gui D'Avenel, conseiller au Présidial du Mans (ca 1570), à propos d'un Livre d'heures ...

A la vente de Montignac-Lascaux du 24 août prochain, l'étude Galateau disperse un très bel ensemble d'où ressortent plusieurs pièces exceptionnelles, incunables et manuscrits.
Le lot 647 est un Livre d'heures à l'usage de Rome du XVe siècle dont l'enluminure est attribuée au Maître de Jean d'Albret, nommé ainsi d'après deux incunables parisiens qui lui étaient destinés. 195 x 135 mm. Reliure en maroquin brun du XVIIe siècle. Dos à nerf orné. Plats ornés au centre d'une plaque dorée : Christ en croix, Marie et saint  Jean.

Au f. 74v, un ex-libris du XVIe siècle : je suis à Marguerite Bellangier femme de m. Guy Davenel
Ce dernier personnage n'est pas un inconnu. Licencié "ès-lois", il exerçait comme contrôleur des "deniers communs" du Mans en 1554 (ADS, G 88). Jusqu'en 1571 il fut conseiller au Présidial du Mans, année où il laissa sa charge à Charles Davenel, son fils. Il épousa Marguerite Bellanger, fille de Jacquine Amy et de jehan Bellanger.
Le Livre de famille de Pierre Bellenger et Marguerite de la Porte relate la naissance d'une certaine Marguerite, apparentée  : "Le XVIIIe jour de mars Mil Vc trente et huict, fut née Margarite Bellengier, à une heure après mynuit, et fut baptisée à Saint-Benoist ; parain M" Jehan Le Boucher, chanoyne de Sainct-Pierre ; mareines : Jacquine Amy, femme de Jehan Bellengier, capitaine pour le roy du navire SainctPhelippe, et Margarite Ferrault, femme de Denis Heullant",
"Il a existé dans la province du Maine une famille de Bellanger, sgr de Bizerais en la par. de Spay et du Gué, qui, le 10 mai 1599, obtint une ordonnance de confirmation de noblesse des commissaires généraux chargés du régalement des tailles, dans la personne de Nicolas Bellanger, sgr de Bizerais et du Gué" (Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, I, p. 421).
Biblio : J. Chappée, "Un Livre de famille manceau (familles Bellenger, Hoyau et Le Divin)", dans La Province du Maine, XI, 1903, p. 354-359; 378-383. Etude à partir de notes manuscrites tirées d'un Livre d'Heures imprimé, à l'usage du Mans, chez Yolande Bonhomme, en 1532.
Un acte du 31 octobre 1542 fait mention "d'honorable femme Jacquine Amy, veufve de deffunct noble Jehan Bellenger, sieur des Bizerais et du Perrigne comparant par Me Guy d'Avenel, son gendre" (ADS, E 87).
Le patronyme Davenel est très présent en Ille-et-Vilaine, dès le XVIe s.

Voir description d'après le catalogue de la vente Galateau [ Lien ]

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vendredi 16 juillet 2010

Le missel-pontifical de Roland de Neufville, évêque de Léon (+ 1613)


La riche bibliothèque municipale de Lyon conserve sous la cote 521 (Delandine 441) l'imposant missel-pontifical de Roland de Neufville, évêque de Léon. Ce manuscrit, qui ne renferme que le Commun du temps, quelques messes votives et diverses bénédictions et préfaces, a été écrit sur parchemin : 170 f. de 500 × 347 mm. La reliure est en maroquin rouge.

L'ouvrage porte à plusieurs reprises les armes du prélat (ci-dessous, f. 3) Neufville (De gueules au sautoir de vair) / Ruffier ( D’azur à dix billettes d’argent, 4, 3, 2, 1) : 

 
 (c) Lyon BM

Au f. 1v, l'évêque est à l'autel, présenté par saint Pol de Léon, terrassant le dragon. Au-dessus le nom : Rolandus de Neufville, episcopus Leonensis. Ses armes reparaissent, séparées ou réunies, dans les encadrements, avec le chiffre de l'évêque R. D. N. et sa devise « Domine, exalta te, trahe te ad me. » . 


Suivant le catalogue, au "f. 1se trouve une grande peinture héraldique, portant les armes suivantes que décrit le catalogue : écartelé, au un de gueules, à la croix en sautoir moirée d'argent et d'azur ; — au deux parti, au un d'azur, à dix billettes d'argent posées quatre, trois, deux et un, au deux échiquete d'azur et d'argent ; — au trois contrécartelé : au un d'azur, à dix billettes comme dessus ; au deux burelé d'argent et d'azur de dix pièces ; au trois losangé de gueules et de sable, chargé d'une croix d'argent ; au quatre contrécartelé, aux un et quatre d'argent, aux deux et trois de gueules à un lambel de trois pendants d'argent ; — au quatre contrécartelé : au un d'azur, à trois chevrons denchés d'argent ; aux deux et trois de gueules, à neuf mâcles d'or posés en pal, accompagnés d'un lambel de trois pendants d'argent ; au quatre d'or à trois... de sable, accompagnés de dix merlettes de sable, posées quatre, trois, deux et un. — Sur le tout, de gueules à la croix pattée d'or. Tenants : deux licornes, crosse et mitre d'évêque. Au-dessus le nom : Rolandus de Neufville, episcopus Leonensis".


(c) Lyon BM

François du Fou (que je remercie) me suggère ces possibles identifications :
- 1er : de gueules au sautoir de vair (qui est Neufville ou Neuville)
- 2ème : parti, au 1er Ruffier OU d'azur à dix billettes d'argent 4, 3, 2 et 1 (qui est Robien) OU d'azur à dix billettes d'or (qui est Perrier) ; et au 2ème : échiqueté d'argent et d'azur (qui est La Houssaye OU Le Fer)
- 3ème : contre-écartelé au 1er : Ruffier, Robien ou Perrier, au 2ème : burelé d'argent et d'azur de 10 pièces au croissant de gueules brochant (qui est Tréal), au 3ème : de gueules à la croix d'or frettée d'azur (qui est Le Scaff), au 4ème : écartelé d'argent et de gueules, brisé d'un lambel d'argent (qui est Raguenel OU Le Roux)
- 4ème : contre-écartelé au 1er : d'azur à 3 chevrons d'argent (qui est Plumaugat), aux 2ème et 3ème : de gueules à 9 macles d'or 3, 3 et 3, brisé d'un lambel d'argent (qui est Montauban), au 4ème : d'or à trois fasces nouées de sable, accompagnées de 10 merlettes de même, 4, 3, 2 et 1 (qui est ?) et sur le tout, de gueules à la croix pattée d'or (qui est Baudouin de Villembrois, OU De Savonnières OU Renault)
Aux f. 40 et 41 : la Crucifixion et Dieu le Père.

Au f. 98, le nom : « Jacques Jamiaux, fils de Mathurin Jamiaux. » (XVIIe siècle.)
Le patronyme JAMIAUX est caractéristique d'Ile-et-Vilaine. Un Jacques Jamiaux, sans doute l'ancien possesseur du missel-pontifical de Roland de Neuville, fut sous-fermier des devoirs de Rennes au XVIIe s. (Archives municipales de Rennes, FF442 = Lien)

Roland de Neufville
, fils de Regnault de Neufville (1), sr du Plessix-Bardoul et de Charlotte Ruffier, naquit vers 1530. Dès 1551 il a la charge de l'abbaye des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Saint-Jacques de Montfort. Nommé évêque de Saint-Pol-de-Léon en 1562 (sous la protection du duc d'Etampes), il prête serment au roi le 25 octobre 1565. La famille de Neufville, sr du Plessix-Bardoul. Ref. 1454, 1477, 1513, paroisses de Domagné, Orgères et Pléchatel, ancien diocèse de Rennes, portait de gueules au sautoir de vair. (De Courcy, Nobiliaire, p. 283). Bardoul fondue dans Neufville.

Le gisant de l'évêque de Neufville se trouve en la cathédrale Saint-Pol-de-Léon. Une verrière disparue du peintre de Lesneven Alain Cap (XVIIe s.) le représentait. Son épitaphe nous apprend qu'il décéda à Rennes le 5 février 1613 :
Cy gist messire Rolland de Neufville puisné de la Maison du Plessis-Bardoul, en son vivant Evesque de Léon, lequel décéda en la ville de Rennes le cinquième jour de Feuvrier 1613. agé de 83 ans, & fut enterré le VIe jour de Mars ; ayant possédé l’Abbaie de Saint Jac pres Monfort 61 ans & ledit Evesché 51, le laissant par sa vigilance sans aucun hérétique, (Gaignières)

Roland de Neufville, prélat humaniste, mourut en odeur de sainteté. Il fut un grand bâtisseur, faisant ériger plusieurs centaines de croix dans son diocèse, afin, disait-il, "que les fidèles rencontrassent partout les signes augustes de notre rédemption",
L'évêque fut à l'initiative de la publication d'une vie de saint Méen : "Parmi les auteurs qui ont écrit la vie de saint Méen, cet écrivain (le Bollandiste) cite Albert de Morlaix ou Albert le Grand qui écrivait vers 1630; puis Pierre Viel, docteur en théologie, qui rédigea cette vie à la prière de Rolland de Neufville, évéque de Léon (sacré en 1532 et mort en 1613). Nous possédons ces deux vies. Voici le titre de la seconde : « La vie de sainct Méen, abbé au pays de Bretaigne, le 15 juin, mise en français du latin escrit à la main, pris des martyrologes et histoires anciennes dudict pays, à la diligence de Révérend Père en Dieu Roland de Neufville, évêque de Léon en Basse-Bretaigne, par M. Pierre Viel, docteur en théologie » (Revue de l'Anjou, 1890, p. 44).

En 1650, Jan Tanouarn, seigneur Duplessix Bardoul et de Kerdanouarn, abbé commendataire de l'abbaye de Montfort, résidant plus ordinairement au manoir du Plessis Bardoul, paroisse de Téchastel, diocèse de Rennes, fonde pour lui, ses parents et son oncle Rolland de Neufville, chaque jour et fête de saint Rolland, évêque de Cambrai, le 13 octobre, un double solennel, mémoire après vêpres et De profundis chanté près la tombe de Mgr de Neufville « estant dans le chœur, côté de l'Épître » (P. Peyron, La cathédrale de Saint-Pol et le minihy Léon, p. 115).


(1) Renaud de Neuville, seigneur du Plessis-Bardoul, appelé à la montre de l'évêché de Rennes, en 1541, dont le fils, Briand, ne laissa qu'une fille, son héritière, Rollande de Neuville, mariée avant le 29 septembre 1576 à Christophe de Tanouarn.

Sources : Collections numérisées de la bibliothèque de Lyon, avec plusieurs images du missel-pontifical [ Lien ]
Biblio : Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France : Fonds général. Lyon, T. XXX
V. Leroquais, Bibliothèque de la ville de Lyon : Exposition des manuscrits à peintures, Lyon, 1920. 
Pouillé historique de l'archevêché de Rennes.
Missel-pontifical cité par F. Duine, Inventaire liturgique de l'hagiographie bretonne, 1922, p. 212-213, n° ccxcviii.
Y. - P. Castel : "La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l'influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613)", dans Annales de Bretagne, t 90, 1983, p. 311-319.
Anciens registres paroissiaux de Bretagne : baptêmes, mariages, sépultures ... (Pléchatel) Par Paul Paris-Jallobert, p. 23.

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dimanche 4 juillet 2010

Vente Christie's du 7 juillet 2010 : Heures à l'usage de Rennes


Catalogue en ligne de la très belle vente du 7 juillet, dont Heures à l'usage de Rennes, enluminé par le Maître de Coëtivy, lot 37, honorant plus particulièrement les saints bretons Hervé et Méen. Ci-dessous l'archange Michel (f. 201) :

The Arcana Collection : Exceptional Illuminated Manuscripts and Incunabula
Part I

[ En ligne ]

© Christie's


Le catalogue précise  : "... the Anianus commemorated may be the Breton saint Iunan, original patron of St-Aignan between Brest and Rennes" (sic). Saint-Aignan se trouve dans le Morbihan, ecclesia Sancti Iunani en 1184 (charte de fondation de l'abbaye de Bonrepos); c'est une ancienne trêve de Cleguerec. Pour le nom, cf. Saint-Zunan en Riantec (également Morbihan). Le saint évêque d'Orléans a supplanté un saint local breton (J. Loth, Les noms de saints bretons, p. 67). Au reste, saint Iunan ne se trouve dans aucun livre liturgique breton... ce qui laisse à penser que le Livre d'heures en question honore plutôt l'évêque orléanais. Enfin, la forme Mennanus (pour Méen ?) reste curieuse ... On aurait du avoir Meuenus. Huerveus pour Hervé devrait être Haerveus ...

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jeudi 1 juillet 2010

Medieval Manuscripts at Upenn


The Rare Book & Manuscript Library of Upenn holds over 850 Western manuscripts produced before 1601. One year ago we received a grant from the National Endowment for the Humanities to create and make available on the Web all 800+ manuscripts. Halfway through the project, full facsimiles for over 400 codices, fragments, and documents are now available -- free of charge -- on the Internet [ Link ]

Nancy M. Shawcross
Curator of Manuscripts
Rare Book & Manuscript Library
University of Pennsylvania

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mercredi 30 juin 2010

Vient de paraître ...


Brepols Publishers annoncent la sortie de :

« PECIA. LE LIVRE ET L’ECRIT »
Nouvelle série périodique, volume 7

Notes de bibliologie

Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (XIVe-XVIe s.)


Ed. Jean-Luc Deuffic

Avant-propos Eberhard König


Available from : Brepols Publishers
A présent disponible aux Editions Brepols [ Lien ]

Medieval books of hours still reveal their secrets today as fascinating subjects of study. Medieval scholars, be they art historians, liturgical specialists or philologists, find much of interest in these artefacts. This publication offers descriptions of several books of hours whose owners have been identified by indicators such as their coats of arms. The bibliological notes also offer information on certain copyists which may be of assistance in uncovering new manuscript sources for the cultural history of the Middle Ages.

Les Livres d'heures du Moyen Age se révèlent encore aujourd'hui de fascinants sujets d'étude. Le médiéviste, qu'il soit historien d'art, liturgiste ou philologue y trouvera matière à réflexion. Les pages de ce présent volume contiennent la description de plusieurs Livres d'heures dont les possesseurs ont pu être identifiés par la présence d'armoiries ou d'autres indices. Nous avons également fait place à quelques copistes dans ces notes de bibliologie dont la seule prétention est de faire découvrir de nouvelles sources manuscrites pour l'histoire culturelle du Moyen Age.

Sommaire

I. Les Heures des Hurault de Cheverny
II. La Vie du Christ de Charles de Melun († 1468) London, British Library Harley 4328
III. Les Heures de Ponthus de Brye ( ?) London, British Library, Egerton 109
IV. Le manuscrit des Coutumes de Bretagne de Jullien Chauchart
V. Peintres et enlumineurs à Guingamp à la fin du XVe s.
VI. La bibliothèque du chapitre cathédrale de Tréguier (1491)
VII. Henri Bohic et le receveur Yves de Cleder
VIII. Pierre Geraut et son exemplaire du Roman de la Rose. Manuscrit Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève 1127
IX. Les Coustumes de Bretaigne de Guillaume Davy
X. Fierabras, le Roman de Otinel : un copiste de Chansons de geste à Saint-Brieuc en 1317
XI. Le Livre d’heures des Quédillac (1457)
XII. Les Heures de Guillaume de Mauléon : New York, Pierpont Morgan Library M515
XIII. Les Heures de Marguerite de Fontenay : Boston, Public Library ms q. med. 81
XIV. Un Livre d’heures à l’usage de Tréguier (?) Lyon, Bibliothèque municipale, 577
XV. L’Histoire romaine de Tite-Live : l’exemplaire de Guillaume de Sévigné
XVI. Le Livre d’heures de François de Kerboutier
XVII. Le Livre d’heures de Richard d’Espinay, chambellan du duc de Bretagne
XVIII. Hamon Kerredan, copiste et commensal breton au service de Simon de Cramaud
XIX. Marguerite de Rohan († 1496), et ses livres manuscrits
XX. Les Heures de Gilles de Tournemine, seigneur breton († 1474) : London British Library Harley 5781
XXI. Horae ad usum macloviensis diocesis
XXII. Le copiste Jehan Cachelart : breton ou anglais ?
XXIII. Un manuscrit perdu ? Le Quadrilogue (Alain Chartier) de Jean de Coëtquen
XXIV. Un copiste breton : Yves de Villa Aurea
XXV. Yves et Marion : un couple de libraires au Moyen Age
XXVI. La « librairie » de la duchesse Marguerite de Bretagne en 1469
XXVII. Le comte de Kergariou. A propos d'un Livre d’heures ... et de saint Fiacre
XXVIII. Geoffroy Le Moal et le collège de la Petite Sorbonne
XXIX. Les Heures de Françoise de Dinan (1436-1499) Rennes BM 15942 (34-34bis)
XXX. Guillaume Hervé, copiste pour le médecin royal Guibert de Celsoy
XXXI. Les Heures de Champlais
XXXII. Jean de Derval, bibliophile breton du XVe s.
XXXIII. Guillaume du Stiphel : un copiste breton « in England » au XIVe siècle
XXXIV. Les manuscrits d’Yvon du Fou
XXXV. Livre d’heures identifié : Huntington Library HM 1170
XXXVI. Maître Raoul Le Segaler et la bibliothèque capitulaire de Tours
XXXVII. « Jehan Lavenant », écrivain du roi Charles V
XXXVIII. Une diaspora bretonne des artisans du livre (XIVe-XVe s.)

320 p., 62 b/w ill. + 8 colour ill., 210 x 270 mm
ISBN : 978-2-503-53279-0

Présentation en ligne, format pdf [ En ligne ]

BREPOLS PUBLISHERS

samedi 19 juin 2010

"Gric a Molac" : à propos des Rosmadec, de livres et de manuscrits ...


Fils de Sébastien, baron de Molac et de Françoise de Montmorency, Sébastien II de Rosmadec (1) épousa le 1er mai 1616 Renée de Kergournardec'h et de Kerhoent, alors âgée de 15 ans, dont il aura dix enfants (1bis). Député aux Etats de Bretagne en 1626, il fut nommé gouverneur de la ville de Quimper en 1634 et de Dinan en 1643. Personnage érudit, c'est à lui que font référence les mauristes dom Lobineau et dom Morice, comme ayant réuni un grand nombre de documents relatifs à l'histoire de la Bretagne. Au reste, il fournit au généalogiste d'Hozier le manuscrit de Le Baud que celui-ci fera imprimer en 1638 (Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, ... ensemble quelques autres traités servant à la même histoire, et un recueil armorial... Le tout... tiré de la bibliothèque de Mgr le marquis de Molac ...) [original = London, British Library, Harley 4371] : "Le soin que vous avez, Monseigneur, de joindre à la gloire des armes les connoissances honnestes vous rend plus capable qu'aucun de ceux de vostre condition, de donner ceste assistance à ceux qui ont la mesme curiosité que moy; et comme c'est un bien que vous n'estimez que pour en estre liberal, vous m'avez fait l'honneur de me communiquer abondamment les grandes recherches que vous avez faittes particulièrement pour l'Histoire de Bretagne" (dédicace de d'Hozier à Sébastien de Rosmadec).
Vulson de La Colombière lui dédie sa Science héroïque, et loue en lui "un des plus sages et des plus doctes seigneurs de France". Il fut en relation avec plusieurs érudits de l'époque (André Du Chesne, Autret de Missirien, etc.), avec le dominicain breton Albert Le Grand ...


Quartiers de noblesse et armes de Sébastien II de Rosmadec, tirés d'un exemplaire de Pierre Le Baud, Histoire de Bretagne, Paris, Alliot, 1638. (ex. Vannes BM F°96-R.74). Voir Trésors des bibliothèques de Bretagne, Pontivy, 1989, p. 138-139, n° 138.

Nicolas Dadier (+ 1628) "a mis son livre (Parthenice Mariane) sous la protection d'un des plus grands seigneurs, d'un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays : c'est au très noble et vertueux seigneur, marquis de Rosmadec, baron de Molac, de la Hunaudaye et Montafillant, seigneur de Penhouet, gouverneur des ville et château de Dinan, qu'il a dédié sa Parthenice Mariane. Ce Sébastien de Rosmadec est le même qui fut aussi gouverneur de Quimper et qui — au rapport de Lobineau — « avoit conçu de vastes desseins pour une nouvelle histoire de Bretagne ; » son portrait et la généalogie succincte de sa maison se trouvent dans la Science Héroïque de Vulson, publiée à Paris, en 1644, et d'Hozier, lui faisant hommage de son édition de l'Histoire de Bretagne, de Pierre le Baud, parlait de « l'estime extraordinaire qu'il faisoit de ses vertus et de ses talents. » Dadier avait donc bien choisi le protecteur à qui il dédiait son livre ; elles n'étaient pas vaines, sans doute, les louanges par lesquelles il remerciait le marquis de Rosmadec de témoigner une bienveillance éclairée aux couvents de son ordre ; et sa reconnaissance s'appuyait ingénieusement sur des souvenirs historiques, quand il ajoutait : « Un chacun a « aussi cognoissance du regret qui pénétra vostre a âme, après avoir veu les lamentables ruines de « vostre maison et monastère des Carmes, jadis « l'honneur de la ville de Ploërmel, temple fondé, « basti et dédié, il y a plus de trois cents ans, par les « anciens ducs et princes souverains de ce pays. » (Gourcuff, Anthologie des poètes bretons, p. 2),

La bibliothèque du marquis de Molac était "très belle et abondante en livres rares et singuliers" (D. Maillet, Description, notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque publique de Rennes, Rennes, 1837, p. 205).

Fer de reliure, écu aux armes de Rosmadec : palé d'argent et d'azur de six pièces.
Source : G. Vialet, Bibliothèques et bibliophiles bretons anciens, Paris, 1931, p. 188-189, signale un ex-libris (193 x 148 mm) signée Matheus fe[cit] dans la collection du docteur Olivier et de M. J. B. Mercier, de Dijon (Archives de la société des collectionneurs d'ex-libris, 1920, p. 35).

Voir également un ex-libris de Rosmadec ("I. Picart fecit") avec la devise Gric a Molac conservé à l'Herzog August Bibliothek de Wolfenbûttel (Graph. A1: 2068) [En ligne]


(c) Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel. Pour l'explication des blasons voir in fine...

Parmi les quelques manuscrits ayant appartenu au marquis de Molac, citons le Paris BnF Lat. 9888, une copie de la Chronique de Saint-Brieuc (cf. l'édition de Gwenaël Le Duc et Claude Sterckx, 1972), in-folio de papier de la fin du XVe siècle. relié en veau, aux armes de Sébastien de Rosmadec. Une note du XVIIe s. (sans doute de Du Paz) précise :
"ce livre commence au feuillet IIII en chiffres. Au XVIIe siècle il y en a 2 perduz, et finist à la page chiffrée CLVII. - Envoyé à Monsieur André du Chesne par Messire Sébastien, marquis de Rosmadec, comte de la Chapelle, baron de Molac, Rostrenen et Penhoët, 1633". Effectivement, dans l'état des papiers de Dom Lobineau, dressé en 1727, ce manuscrit est ainsi désigné : "Un autre volume in quarto, relié en veau de couleur noire passée, étiqueté au dos Chronicum Britanniae et marqué sur les deux côtés de la couverture aux armes de Molac-Rosmadec. Ce manuscrit, très ancien, contient 167 feuillets écrits à deux colonnes". (L. Delisle, Notice sur des collections manuscrites de la Bibliothèque nationale, dans BEC, XXXII, 1875, p. 241-245 (cf. Tudchentil).
Le regretté Hubert Guillotel signale également la présence dans les collections de Rosmadec d'un exemplaire du cartulaire de l'abbaye de la Vieuxville communiqué à André Duchesne ("Cartulaires bretons médiévaux", dans Les cartulaires, ENC, p. 330 et 339).
Le marquis de Molac chérissait entre toutes les sciences "celle qui apprend la connaissance des armes, qui déchiffre leurs blazons et traite de leur origine". L'Oratorien Jacques Lelong, dans sa Bibliothèque historique fait état de ses Mémoires servans à l'Histoire de Bretagne, manuscrit autographe, paraphé de la main du fameux d'Argentré. "Il étoit entre les mains de M. Gérard Mellier, Conseiller du roi ..., maire et colonnel de la Milice bourgeoise de Nantes" (Bibliothèque historique, III, Paris, 1771, p. 401). Sur Gerard Mellier (21 mai 1674-28 décembre 1729) voir l'importante notice toujours utile que lui dédie la Biographie bretonne de P. Levot, II, 1857, p. 442-447. Un colloque lui a été récemment consacré aux Archives départementales de Loire-Atlantique [programme]

Le maire de Nantes, Gerard Mellier, administrateur, "collectionneur" et historien (voir annexe, ci-dessous)

Une généalogie historique du monde, depuis Adam jusqu'au roi Charles V (1364-1380), figure dans les collections Lawrence J. Schoenberg de l'Université de Pennsylvania (USA), acquise chez Sotheby's, à la vente du 23 juin 1998, lot 53. Le manuscrit Ljs266 [ numérisé ], daté de 1404/1406, commence : "Cy ensuit la generation de adam qui comprent jusques au deluge", et finit : "En lan mil CCC hexadecimus le jour de pasques fu sacre pape urban en la ville de rome et en chanta on en leglise de paris Te deum laudamus /". Une note en page de garde indique une provenance : "A lonsiesme feuillet ste Anne et autres choses notables / Ce livre est a present de la Bibliotheque du marquis de Molac", puis au f. 1rv : "Achepte a Rouen le 26 avril 1632 par le marquis de Molac de Bretagne". Une marque plus ancienne (XVe s.), lue seulement à l'ultra-violet donne le nom d'un premier possesseur : "Cest livre est a Johan Auslin".
Il me semble plus vraisemblable d'y lire le nom de Jehan Austin.  Sans doute doit on y voir un membre de la famille Austin (Aoustin) qui donna Guillaume, conseiller clerc de Rouen à la fin du XVe siècle, lignage qui portait : "D'azur à la fasce eschiquetée d'argent et de gueulles de 3 traicts ; accompagnée d'un léopard d'or en chef et 3 coquilles d'or en poincte posées en orle". Ce Guillaume fut conseiller "en la grande séneschaussée de Normendie, et par le registre de l'Eschiquier (1497, p. 63), on voit qu'il y eut lettres du Roy adressées au dict Eschiquier pour informer de la vie, mœurs et suffisance tant du dict Austin que de plusieurs autres qui avoient esté conseillers en la dicte séneschaussée, les quels furent tous ensuite pourveus d'offices de conseillers en Leschiquier comme il sera remarqué cy après. Le dict Aoustin fut pourveu de la dite charge par les lettres d'érection du dict Eschiquier, du mois d'avril 1499 et en fit le serment le 1 d'octobre 1409. M. Le Febvre dict que sa seule vertu l'a eslevé à cette charge. Il estoit curé de Moyaux (arrest de Leschiquier du 28 janvier 1502). Les armes cy employées sont en la maison de M. de Tilly, parroisse de Saint-Amand, laquelle a appartenu à ceux de cette famille" (Recueil des présidents, conseillers et autres officiers de l'Échiquier, p. 55).
Les armes de Guillaume Austin (2) ont été reconnues sur un Livre d'heures à l'usage de Rouen de la bibliothèque de Cheltenham, n° 3977 (Revue catholique de Normandie, 1895, p. 127-128). De même, sur le ms Paris, BnF, Fr. 2195, un exemplaire qui contient des fragments du Roman de la Rose et du Roman de Fauvel et le Testament de J. de Coen, on peut lire au f. 147v : « Cest livre est à Massiot Austin de Rouen qui l'acheta le mois de juing l'an mil IIIIC LXX de ung libratier de Rouen nommé Gautier Néron. Qui le trouvera si le raporte et on luy donnera ung bon pot de vin ». Le nom du copiste, Johan Mulot est donné par une enigme à partir des initiales des mots de trois vers. (Langlois, Les manuscrits, p. 37-38).
Quelques images du manuscrit sur le site Roman de la rose digital library [En ligne]
Massiot fut enterré à Saint-Vincent de Rouen (AD, G 7662).
Un "Jean Autin", fut procureur fiscal de Blanche de Harecourt, comtesse d'Aumale (Eschiquier 1464). Un autre (ou le même) "Jean Austin, demeurant à Vicquemesnil, sergeanterie de Montivillier", fut anobli en 1470.

Autre manuscrit du baron de Molac : Nantes BM 1199 : « Parlement général de Bretaigne, assigné par Pierre, par la grâce de Dieu duc de Bretaigne, comte de Monfort et de Richemont, à tenir à Vannes, à ce lundy vingt-quatriesme jour de may l'an mil quatre cens cinquante ung ». XVe siècle. 286 × 185 mm, papier, 160 f. Reliure basane aux armes de Molac.

Livres imprimés de la bibliothèque de Molac
§ Les oeuvres de maistre Alain Chartier
, Paris, Samuel Thiboust, 1617, relié dans un plein veau brun aux armes or du marquis de Molac avec la devise : 'Gric a Molac' (silence à Molac) dans un encadrement à double filets, est actuellement présenté par la Librairie Guimard, à Nantes. L'ouvrage porte à l'encre brune sur la page de garde : "Ce livre est de la bibliothèque du Marquis de Molac 1630".

§ Livre d’architecture contenant plusieurs portiques de differentes inventions, sur les cinq ordres de colomnes / par Alexandre Francine Florentin, ingenieur ordinaire du Roy. - A Paris : Planches signées : A. Francini inventor ; Tavernier ex. : chez Melchior Tavernier, graveur et imprimeur du Roy pour les tailles douces..., 1631. Mention manuscrite sur la page de dédicace : « Le Marquis de Molac ». Exemplaire : Paris, BENSBA Réserve, LES. 1250 [ Description en ligne ]
 
Pour terminer ce billet, quelques mots sur un feuillet de Livre d'heures présenté à la vente par le libraire américain Swaen, d'Indian Rocks [ description en ligne] :


Ca 1480. 125 x 90 mm. Miniature : 70 x 50 mm. Deus in audiutorium meum intende Domine ad adiuvandum me [festina]//. Psaume LXIX. Le thème de cette miniature pourrait représenter l'épisode du martyre des trois juifs brulés pour n'avoir pas adoré la statue d'or de Nabuchodonosor. Je remercie Jean-Thomas Bruel pour cette suggestion. Voir les commentaires ci-dessous pour d'autres hypothèses...
 

La complicité de plusieurs collègues de la liste Noblesse bretonne a permis l'identification des armoiries présentes au bas de cette enluminure. On y remarque entre autres les armes des Rosmadec, écu écartelé :
1) Pontantoul : D'hermines au sautoir de gueules
2) Pontcroix : d'azur au lion d'argent
3) Kerouzéré : de pourpre au lion d'argent
4) Rosmadec : palé d'argent et d'azur de 6 pièces
L'écu losangé suppose une dame, et de ce fait ces armoiries pourraient bien être celles de Jeanne de Rosmadec, fille de Jean II de Rosmadec (+ 1469), mariée en 1476 à Jean III de Kerouzéré, fils d'Yvon II de K. et de Marie de Kerimerc'h.
Ces mêmes armes (sauf inversement des 1 et 3) se voyaient jadis dans l'église Saint-Collodan de Plogoff (F., Cornouaille), sur d'anciens vitraux aujourd'hui disparus, dont on conserve une description précise :
" Et pour ce quy est des armes en vittre, ledict Filly nous a faict voir au pignon oriantal de ladicte église la grande et maistresse vitre composée de troys passées et de troys souflects, au premier et plus hault desquels est un escusson des armes plaines de Francze partye avecq celle de Bretaigne et au second soufflet quy est du costé de l'évangille, est un équsson en bannière porté par un ange, lecquel eccussson est equartellé, au premier et dernier sont les armes de la baronie de Kerouzéré, quy sont de pourpre à un lion d'argeant, au second et troysiesme sont les armes de la seigneurie de Meinfoults (3) quy sont d'ermines à un saoultouer de gueulles, et au troysiesme soufflets, estant du costé de l'espittre, est un autre ecqusson en banière porté pareillement par un ange, lecquel escusson est aussy ecquartellé, au premier sont les armes de la baronie de Kerouzéré, quy sont de pourpre à un lion d'argeant, au second les armes de Pontecroix quy sont d'azur à un lion d'argeant, au troysiesme sont les armes de Meinfouts, quy sont d'ermines à un aoultouer de gueulles, au quattriesme sont les armes de Rosmadec quy sont palles d'argeant et d'asur de six pièczes".(Prééminences de l'église de Plogoff, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1913, p. 211-212). Auparavant, le dit Filly "a montré et avons veu en hault du pignon occidentall de lad. église, sur lequel est construict le clocher, un grand escusson en bocze de relieff coupé en bannière ... que ledict Fily nous a dit estre les armes de la seigneurie de Kerouzéré en ecquartellé avecq les armes de la seigneurie de Meinfaoults, dans lacquelle maison de Kerouzéré ladicte terre de Kergaradec (4) a entré par le mariaige de dame Jeanne de Rosmadec avecq Messire Jean, baron de Kerouzéré, l'an 1476" (5).

Notes
(1)
Sébastien II, marquis de Rosmadec, comte de la Chapelle-vers 1630, seigneur du Quéménet, seigneur de Crozon et du Porzay (1623-1647), seigneur de Rosmadec-1647, baron de Molac (1er, 1618), seigneur de Pont-Croix et de Penhoët, seigneur du Juch (1638-1638), baron de Serent, vicomte du Besso, seigneur de la Houlle-1634, seigneur de Coëtmenec'h, gouverneur de Quimper (1634), gouverneur de Dinan (1643), sénéchal héréditaire de Rohan (1613), chevalier de l'Ordre du roi (Saint-Michel), conseiller au Conseil d'État (Source : base Noblesse Bretonne, via Tudchentil)
(1bis) Inhumée au Convent des Augustins de Paris :
CY DEVANT REPOSE || LE CORPS DE DEFFUNCTE || HAULTE ET PUISSANTE DAME || RENÉE,DAME DE KERGOUNADECH FEMME || DE HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR MESSIRE SEBASTIEN, MARQUIS || DE ROSMADEC, COMTE DES CHAPELLES ET DE CROZON, BARON DE MOLAC, DE TIVARLEN, DE PONTECROIX ||, DU JUCH, DE PENHOET ET DE SERENT, VICOMTE DE || BEAUMANOIR, DU BESSO, ETC., CHEVALIER ||, CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, GOUVERNEUR || POUR SA MAJESTÉ EN SES VILLES, CHASTEAUX ET SENESCHAUSSÉES DE QUIMPER ET DINAN; || LAQUELLE DAME, POSSEDANT DES QUALITÉS || EMINENTES PAR-DESSUS LA CONDITION DE SON SEXE, || FAIT VOIR PAR LA BRIEVETÉ DE SA VIE QUE LES CORPS || LES PLUS PARFAITZ ET LES PLUS BELLESAMES || SARRESTENT ORDINAIREMENT LE MOINS EN CE || MONDE. ELLE EST NÉE DANS LE CHASTEAU DE BOTIGNAU, || EN BRETAGNE, LE XVIE DE JUIN MDCI, ET EST MORTE A || PARIS, LE XIX NOVEMBRE MDCXLIII, DANS LE XLIII || DE SON AAGE, ET LE XXVIII DE SON MARIAGE, AYANT ESTÉ MERE DE X ENFANS, DESQUELS V LA SURVIVENT. LEDICT SEIGNEUR MARQUIS, SON MARY, LUI A || FAIT DRESSER CE MONUMENT ET FONDÉ CEANS UN ANNIVERSAIRE SOLLENNEL ET || AUTRES PRIERES POUR LE REPOS DE || SON AME, ATTENDANT QUE LE MESME || DIEU, QUI PAR SA GRACE LES AVOIT || JOINTS ET UNIS EN CE MONDE, PAR SA || BONTÉ ET MISERICORDE LES REUNISSE POUR || L'ETERNITÉ DEDANS LE CIEL. AMEN.
(Epitaphier du vieux Paris)
(2)
Il y a un Guillaume Aoustin, chanoine de Rouen, curé de saint-Michel, vicaire général de 1493 à (+) 1501.
(3)
"Meinfoults" est pour Menfaoutet, (ou Meanfaoutet, Menfautet), manoir et seigneurie en Cleder, possession des Pontantoul. (F., Léon). Voir Nantes, ADLA, B 1723.
(4)
Kergaradec, aujourd'hui en Cleden-Cap-Sizun.
(5)
Jehan III de K., chevalier, décédé en 1518. En 1476, il partagea avec son frère Charles, qui obtient alors le manoir de Coatsabiec (Plougar). Quimper, ADF 151J 27. Chantal Daniel, Chartrier de Kerouzéré, Quimper, 1993, p. 29.

Explication des blasons de l'ex-libris de Sébastien de Rosmadec (source : François du Fou)
Contre écartelé :
1er : Rosmadec (de) : palé d'argent et d'azur de six pièces
2ème : Chapelle (de La) : de gueules à la fasce d'hermines
3ème : Rohan (de) : de gueules à neuf macles dor, trois, trois et trois
4ème : Beaumanoir du Besso (de) : d'azur à onze billettes d'argent, quatre, trois et quatre
et
1er : Montmorency-Fosseux (de) : d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur, quatre, quatre, quatre et quatre
2ème : Aumont (d') : d'argent au chevron de gueules, accompagné de sept merlettes de même, quatre en chef et trois en pointe
3ème : Saint-Amadour (de) : d'argent à trois têtes de loup de gueules
4ème : Ferrières (de) : d'hermines à la bordure de gueules, chargé de fers de cheval d'or
sur le tout :
Bourbon-Préaux (de) : de France à la bande de gueules chargé de trois lions d'argent


Bibliographie
La Science héroïque traitant de la noblesse, de l'origine des armes, de leurs blasons et symboles... avec la généalogie de Rosmadec en Bretagne, le tout embelly d'un grand nombre de figures en taille douce..., par Marc de Vulson, sieur de la Colombière... Paris : chez S. Cramoisy et G. Cramoisy , 1644.
Généalogie succincte de la maison de Rosmadec, extraite de celle qui a été amplement dressée par le sieur d'Hozier,... enrichie de quelques remarques et recherches faites par le sieur de La Colombière Vulson
,... Paris : S. Cramoisy , 1644.


Merci à Diane Booton pour ses premiers commentaires sur la miniature ... A François du Fou, Hervé Torchet, Jean "Brogilos", Jean-Yves Marjou, Jacques Petit, etc, de la liste "Noblesse Bretonne".

Annexe : les collections de Gerard Mellier, maire de Nantes
(tiré de la préface de Léon Maitre, pour l'Essai sur l'histoire de la ville et du comté de Nantes, par Gerard Meiller, Nantes, 1872) :
"Lorsqu'en 1719 Mellier acheva le manuscrit dont on va lire le texte, il n'était pas encore le premier magistrat de la ville de Nantes ; cet honneur lui échut l’année suivante. Son esprit, toujours porté vers la recherche du progrès, conçut de suite la pensée de mettre à profit le dépôt des archives municipales confié à ses soins pour donner plus de développements à son œuvre avec le concours de Dom Lobineau. Voici l'intéressante lettre qu'il adressa à ce sujet au maréchal d'Estrées, gouverneur de Nantes ... :
"Nantes, le 11 octobre 1720.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 7 de ce mois, au sujet de la proposition que je vous ai faite touchant l'histoire de la ville et comté de Nantes. Il est certain que le Père Lobineau y serait propre, plus que personne, par toutes les connaissances qu'il s'est acquises en travaillant à l'histoire générale de la province. J'ose même, à cette occasion, vous envoyer, Monseigneur, une lettre qui vient de m'être rendue de sa part, au sujet du rétablissement de sa pension de 300 l. par les raisons contenues dans le mémoire joint à cette lettre. J'avoue qu'il ne serait pas indigne de l'honneur de votre protection à cet égard.
La voie des souscriptions pour une pareille histoire pourrait nous procurer les moyens de l’embellir, en faisant graver tous les portraits des maires sur les originaux qui ont été conservés dans l'hôtel de cette ville. Il y a peu de leurs descendants qui ne fussent ravis d'en acheter des exemplaires, outre qu'on trouverait à Paris divers curieux dans le goût des portraits, qui se porteraient volontiers à souscrire pour cet ouvrage sur le plan imprimé qui en serait annoncé.
Voici, Monseigneur, en général, ce que je pourrais fournir pour ce travail :
- L'histoire manuscrite abrégée de la ville et comté de Nantes, depuis le temps de Jules César.
- Le nobiliaire par extrait du même pays, suivant la dernière réformation de la noblesse.
- Le catalogue des anoblis depuis ce temps, suivant les enregistrements de leurs lettres à la Chambre des Comptes.
- Le manuscrit original de Pierre Lebeau, secrétaire de la duchesse Anne, qui contient une infinité de faits qui concernent la même histoire (6)
- Tous les blasons des maires de Nantes, avec les ornements de l’écu d'après les originaux.
- Les principales chartes qui concernent les privilèges des habitants de la ville et faubourgs de Nantes.
- L'ancienne carte de la ville et comté de Nantes, par Ortelius, et la nouvelle, dressée en 1693 par le Père Lambilly.
- Un manuscrit original, signé de l'argentier de la reine Anne de Bretagne, contenant un ample catalogue des curiosités qu'elle avait ramassées au château de Nantes.
- Toutes les rues de la ville et faubourgs de Nantes dessinés à la plume, d'un très-bon goût; les dessins des édifices publics de Nantes, savoir : du Château, du Palais du Bouffay, de la Chambre des Comptes, de l'église Saint-Pierre et de tous les monuments curieux qui s'y trouvent et dans les autres églises, soit en tombeaux, vitrages, etc.
- Le plan géométrique du cours de la rivière de Loire, depuis Nantes jusqu'aux confins de l'évêché du côté de l'Anjou dans laquelle sont spécifiés les îles, ilôts ; l'original a coûté 1,500 # à faire lever; j'en ai une copie exacte.
- Les plans des œillets de marais salans de Bourgneuf et du Croisic, avec des dissertations physiques sur la manière dont le sel s'y forme et s'y conserve.
- L'histoire manuscrite du commerce de la ville de Nantes et des manufactures établies dans l'évêché.
- Plusieurs monnaies gothiques qui ont été trouvées en divers temps auprès de Nantes et dont j'ai les originaux mêlés d'or et de bronze.
- Plusieurs médailles du haut et bas empire trouvées à Nantes et aux environs : il y en a une entre autres de Néron, en grand bronze, ayant pour revers : Portus ostrensis (sic, pour Ostiensis); elle est très-bien conservée et très-rare.
- Plusieurs monnaies des ducs de Bretagne qui ont résidé à Nantes.
Le père Lobineau a composé l'histoire des saints de cette ville et comté; il ne manque pas de matériaux pour tout cet ouvrage auquel il serait très à propos et très-utile de songer sérieusement.
Je suis, etc.
Mellier"

(6) La vente de la bibliothèque de Gerard Mellier eut lieu en 1735. Le catalogue de celle du maréchal d'Estrées, daté de 1740, porte au n° 16177 : Compillacion des Cronicques & Ystoires des Bretons ; jusqu'en l'année 1457, par Pierre Lebaut. Fol. mss sur vélin avec miniature, exemplaire vendu 100# qui semble bien provenir du maire de Nantes. Au reste, le maréchal d'Estrée possédait d'autres manuscrits bretons :
- Etat de la province générale de Bretagne, in-f° (6,1 #)
- Mémoire de l'état présent de la province de Bretagne, in-4° (1 #)
- Histoire du Barronage de Bretagne, in-f° (15 #)
- Recueil concernant l'incendie de Rennes, in-f°, vendu 60 # avec Réformation de la Noblesse des Evêchez de Rennes et de Dole, in-f° et Réformation des Evêchez de Saint Brieux (sic) et Kimper (sic)
- Réformation de la Noblesse de l'Evêche de S. Malo, in-f°.
- Réformation de la Noblesse de l'Evêché de Nantes, in-f°.
- Réformation de la Noblesse de l'Evêché de Vannes, in-f° (1,5 #)
.......
Recueil de pièces sur les communautés de Bretagne, in-f°.

Nous reviendrons sur les collections du maréchal d'Estrées ... et son catalogue. Voir [ en ligne ] sur le site de l'Ecole nationale des chartes.


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