Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript

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Bibliologie bretonne

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samedi 21 août 2010

Les Heures de Gilles de La Helandière et de Gabrielle de Beauvais : New York Public Library MA 42



(c) New York, Public Library MA 042, f. 23

Toujours à la recherche de manuscrits issus de Bretagne, Digital Scriptorium, la base bien connue, vient de nous livrer un nouveau Livre d'heures ayant appartenu à un couple de Bretons : Gilles de La Helandière et Gabrielle de Beauvais, actuellement conservé à la Public Library de New York (MA 042)

Le Nobiliaire de P. de Courcy fait effectivement mention d'une famille de ce nom, seigneur dudit lieu et de Maltouche, paroisse de Tremblay ; de Beauvais, paroisse de Servon, déboutée à la Réformation de 1671 (Ressort de Rennes) et portant pour armes : D'argent à la bande de gueules chargée de 3 fleurs de lys d'or (Nobiliaire de Bretagne, II, p. 19).

Sur ce couple je n'ai retrouvé que l'information précieuse donnée par les Archives d'Ille-et-Vilaine (9 G 46; 1 H 5) et transmise par le Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, de l'abbé Guillotin de Corson : le 12 janvier 1647, Gabrielle de Beauvais, veuve de Gilles de la Hellandière, sieur de Saint-Denis, fonda trois messes en l'église de Servon et donna les terres de la Grande et de la Petite-Bretonnière, valant 60 livres de rente, au chapelain chargé de les desservir ; celui-ci devait, en outre, fournir le pain bénit le jour des Rois.
L'abbé Paul Paris-Jallobert, dans ses Anciens registres paroissiaux de Bretagne (pour "Servon", Rennes, 1895, p. 8-9) fait aussi mention du couple , et cite deux enfants : Renaud, né le 11 novembre 1601, et Charles, né le 27 avril 1603, nommé en 1631 "sieur de la chapelle". Renaud, sieur de Beauvais, fut sénéchal du Gué, et se maria, à Landravan, le 26 novembre 1624 (?) à Marie Nicole, dame de la Chochonnais, meurt le 4 février 1670.
De la famille de Beauvais était issu Noble homme écuyer Amaury, sieur de la Rivière, Villalée, la Chesnay, le Fail, la Saigerfe, la Chaisne, attesté à la fin du XVIe s. Gabrielle de Beauvais avait "nommée" le 2 juillet 1629 une Gabrielle, fille de Jacques de Montalambert et de Fraçoise de La Hellandière (Paris-Jallobert, "Québriac", Rennes, 1891, p. 9

Le moulin à papier de la Helandière (en Tremblay), sur la rive gauche de la Loisance, dont l'activité est attestée depuis 1655 à l'époque de René de La Helandière, a été étudié par Jacques Duval, dans ses Moulins à papiers de Bretagne, L'Harmattan, 2005, p. 135sq.

On trouvera sur le site Digital Scriptorium une description et quelques images du Livre d'heures donné comme étant à l'usage de Coutances (??).
La reliure y est datée de 1550 et porte les noms des deux époux : "E (pour écuyer?) : Gilles de la Helandiere" et D : Gabrielle de Beauvais". Provenance : Catalogue Robert L. Stuart, New York 1884, p. 74.
Sur la feuille de garde  : "Ces Heures Manuscrites sont très curieuses; elles contiennent 1072 lettres majuscules en or, sur lesquelles il y a 173 lettres enluminées. Ce grand nombre de lettres rend très précieuse et très cher ce manuscrit".
En 1873, le manuscrit est inscrit au Catalogue de livres anciens et modernes, rares et curieux de la Librairie Auguste Fontaine (n° 8788) :
Livre d'heures manuscrit du quinzième siècle, de 149 feuillets, orné de cinq grandes miniatures avec enluminures, neuf pages enluminées, avec de grandes lettres, et de nombreuses lettres avec fleurs et or bruni, sur les marges. Ce manuscrit, d'une écriture fort belle et régulière, est précédé d'un calendrier dont quelques saints et saintes sont particuliers aux provinces de Normandie et de Touraine. C'est un manuscrit de famille, qui a appartenu à Gilles de la Helandière, et à Gabrielle de Beauvais, son épouse, au commencement du dix septième siècle. Les miniatures représentent la sainte Vierge et sainte Anne, — le roi David à genoux devant Dieu le Père, qui lui apparaît, — le Christ en croix, — le Don des langues, — et un Prince frappé par la mort. Ce dernier sujet ne se trouve guère dans les manuscrits.
Le premier feuillet après le calendrier a été enlevé. A la fin du livre se trouvent douze feuillets d'un autre manuscrit, comprenant un calendrier et des prières, d'une écriture plus fine, à deux colonnes. En tête de chaque page du calendrier on remarque des légendes se rapportant aux travaux du mois : en janvier, poto, je bois; en février, ligna cremo, je brûle mon bois; en mars, de vite superflua demo, je taille la vigne; en avril, gramen gralum, agréable gazon ; en mai, mihi flos servit, la fleur m'est utile ; en juin, mihi pratum, je tiens mon pré; en juillet, fenum declino, je recueille le foin ; en août, messes meto, je coupe les moissons ; en septembre, vina propino, je bois le vin; en octobre, semen immi jacio, j'ensemence la terre; en novembre, mihi pasco sues, je fais paitre les porcs ; en décembre, mihi macto, je les tue.

Illustration : Visitation. (c) New York, Public Library MA 042, f. 23

mercredi 18 août 2010

Reims BM 476 & 480 : deux manuscrits du prieur de Saint-Sauveur de Béré (Châteaubriant)


La riche Bibliothèque municipale de Reims (Carnégie) conserve de nombreux manuscrits en relation directe ou indirecte avec la Bretagne, manuscrits que nous avons pour certains déjà signalés (1).
Cette petite note concerne les volumes 476 et 480 (2), commentaires de saint Thomas d'Aquin sur les Livres IIIe et IVe des Sentences. Les deux portent l'ex-libris de Jacques Coaynon, prieur de Saint-Sauveur de Béré. On relèvera sur le premier, achevé en 1436, une petite fantaisie du copiste, très courante au Moyen Âge :

« Finis adest operis, mercedem posco laboris.
Mercedes quesita sit amor necnon bona vita.
Vita sit illa bona, vinum vel cetera dona.
Jam tibi servivi, semper tua jussa subivi;
Si bene, letus ero, si non, veniam mihi quero ».

Le second est recouvert d'une reliure du second quart du XVe siècle, peut-être d'origine nantaise, estampée d'un décor de petits fers et de filets dont on trouvera des reproductions dans l'ouvrage cité en note 2.

Le nom de Jacques Coaynon n'est pas ignoré des archives bretonnes. On sait par exemple qu'en 1437 il fut en procès au sujet de la construction d'un moulin sur la rivière de Berne, en la paroisse de Piré (Nantes, ADLA, H 116). En 1447, il rendait aveu aux barons de Châteaubriant pour son prieuré de Béré (Nantes, ADLA H 128). Probablement appartenait-il à cette famille noble de Bretagne, "dont on trouve le nom indifféremment écrit dans les titres, Couaisnon, Couainon , Couaynon, Coaynon , Coynon , et Couasnon. Elle possédait les terres et seigneuries de Bréilmanfeny, la Dinastive, Brielles, Chastenay, la Barillière, Boulande, Gastines, Clergerie, Lorgerie, la Hersendière, la Roche, la Croisille, la Rougère, etc. et fit ses preuves de noblesse au cabinet du roi au mois de septembre 1789, d'après le certificat délivré par M. Cherin, généalogiste des ordres, qui donne la généalogie que je vais rapporter ici, et qui admet Jean-César-Elisabeth de Couasnon à l'honneur de monter dans les carrosses de S. M. et de la suivre à la chasse". Elle portait comme armes d'argent à 3 molettes de sable. Parmi les personnages connus de cette famille figure Alain de Coaynon, "lequel fut secrétaire du duc de Bretagne en 1426, son envoyé vers le duc de Bedfort, en 1428 ; député vers le roi de France avec l'évêque de Saint-Malo, le grand maître d'hôtel du duc de Bretagne, et le sénéchal de Rennes, en 1450, et la même année vers le roi d'Angleterre; fut l'un des ambassadeurs de Bretagne, qui accompagnèrent la reine de Sicile lorsqu'elle fut trouver le roi à Saumur, en 1451, pour travailler à réconcilier le connétable avec Sa Majeste, et fut encore envoyé en ambassade en Angleterre, au mois d'avril 1455 (Nobiliaire universel de France ou Recueil général des généalogies ..., Volume 3, Paris, 1815 , p. 97-105).



Pour compléter cette note signalons le cartulaire perdu de Saint-Sauveur de Béré, sur lequel Arthur de La Borderie avait jadis donné quelques détails d'après les papiers d'un certain abbé Chotard, qui, après avoir été attaché au service de la reine de Pologne, avait obtenu un canonicat à la cathédrale de Nantes, sous l'épiscopat de M. de Tressan, c'est-à-dire de 1717 à 1723. L'un des parents de cet abbé, peut-être son père, avait été, sur la fin du XVIIe siècle, intendant des affaires du prince de Condé, alors seigneur de Châteaubriant ; il s'appelait Jacques Chotard. C'est évidemment des papiers de ce dernier que l'abbé avait lui-même tiré ces notes :
« Un gros livre latin, escrit sur parchemin, en vieilles lettres gothiques, relié en bois couvert d'un cuir noir, sans fin ni commencement. Au commencement duquel livre il y a partie d'un calendrier où sont plusieurs remarques de ce qui s'est fait au couvent de Saint-Sauveur de Beré, signé Julien Daligauld et Animadab, avec paraphe. Ensuite est la règle de Saint-Benoist, à la fin de laquelle sont soixante-treize chapitres sur ladite règle, et puis une espèce de rituel pour le prieuré de Saint-Sauveur, à la fin duquel est un chapitre intitulé De quibusdam consuetudinibus elemosinœ...; signé, après quelqu'autres remarques, contenues en un feuillet, concernant ledit prieuré de Saint-Sauveur de Beré, Jean de la Couësre, avec paraphe. Suivent immédiatement après plusieurs chapitres concernant le procès entre les religieux de l'abbaye de Marmoutier et ceux de l'abbaye de Saint Melaine (sic), dont ensuit la teneur du premier : Prœceptum de ecclesia Sancti Salvatoris de Beriaco. Quisquis fidelium ardore succensus, etc. Ensuite de cet acte il y en a un autre De terra capellœ Sancti Petri. »
Et en marge de ces notes, que l'abbé Chotard avait prises sur un extrait du cartulaire fait à la fin du XVIIe siècle, on lit encore :
« Les susdits extraits ont esté tirez et collationnez par nous, notaires soubsignez de la baronnie de Chasteaubriant, sur ledit livre, à nous représenté par noble homme Me Jacques Chotard, intendant des affaires de Mr le Prince (de Condé), qui nous a déclaré l'avoir tiré du trésor (des titres) de S. A. S. M le Prince, à Chasteaubriant. Fait à Chasteaubriant le 24 novembre 1688. » (2)

Cf. "Cartulaire du prieuré Saint-Jean de Béré, dépendant de Marmoutier", in cartulR - Répertoire des cartulaires médiévaux et modernes, Paul Bertrand, dir. Orléans : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 2006. (Ædilis, Publications scientifiques, 3). [En ligne


Notes

(1) Par exemples : Jean-Luc Deuffic, « Les manuscrits d’Olivier Salahadin, Grand Maître du collège royal de Navarre (+ 1354), dans Pecia, 6, 2004, p. 161-166. Jean-Luc Deuffic, « Hamon Kerredan, copiste et commensal breton au service de Simon de Cramaud », dans Notes de bibliologie. Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (XIVe-XVIe siècles). (Pecia. Le livre et l’écrit, 7, 2009), Turnhout, Brepols, 2010, p. 121-127.
(2) ALEXANDRE (Jean-Louis), GRAND (Geneviève), LANOË (Guy), Bibliothèque municipale de Reims (Reliures médiévales des bibliothèques de France, 4). Turnhout, Brepols Publishers, 2009, p. 330, 331.
(3) A. de La Borderie, "Inventaire des titres des prieurés de Marmoutier situés dans l'évêché de Nantes", Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-inférieure, t. 6, 1866, p. 101 sq., et t. 7, 1867, p. 35 sq.
Source des illustrations : [ www.chateaubriant.org ]

mardi 27 juillet 2010

Kerhoent de Kergournadec'h : livre et objet d'art

La British Library conserve un magnifique exemplaire des Coutumes de Bretagne, dans une reliure exceptionnelle timbrée aux armes échiquetées d'or et de gueules. Nous avons présentement ici un ouvrage ayant appartenu très probablement à Olivier de Kerhoent, seigneur de Kergournadec'h († après 1594), qui épousa Marie de Ploeuc, dame de Coëtanfao († 1573) : "noble et puissant Olivier, sire de Kergournadech, Trohéon, Coatquelfen, en qualité de fils aisné héritier principal et noble" (B. Yeurc'h). Il abandonne les armes des Kerhoent pour celles des Kergournadec'h.


London, BL, Davis 511. Edition de 1584. (c) London, BL.
Les armes sont entourées du collier de l'ordre de Saint-Michel reçu en 1559 par Olivier de Kerhoent.

Anthony Hobson, French and Italian collectors and their bindings : illustrated from examples in the library of J. R. Abbey, Printed for presentation to the members of The Roxburghe Club, 1953, p. 54-55, n. 25, reproduit une reliure semblable, sans doute exécutée à Rennes vers  1581, pour Nicolas Le Prevost du Parc (1588-1630), conseiller-maître à la Chambre des Comptes de Paris, sur un exemplaire des Coustumes generales des Pays et Duché de Bretagne, Rennes, Julien du Clos, 1581. Deux autres reliures de cet atelier sont connues : J. Baer & Co., Frankfurter Bücherfreund, 12, taf. 49 ; l'autre à la vente Gramont, Paris, 18 décembre 1933, lot 22, sur des Coustumes generalles de Bretagne, Paris, Jacques Dupuis, 1584 (site de la British Library).
Sur les différentes éditions de la Coutume de Bretagne voir notre page.

Olivier de Kerhoent était le fils d' Alain de Kerhoent, seigneur de Troheon (†/ 1576) et de Jeanne, dame héritière de Kergournadec'h. Il épousa le 7 octobre 1559 Marie de Ploeuc, ( morte en 1573) fille de Pierre de Ploeuc et de  Jeanne du Quélennec, dame héritière de l'Estang.
Un arrêt de maintenue des Kerchoent cite une enquête menée en 1584 à la requête "d'Olivier de Querhoent, sieur de Kergournadec'h, Trohéon, Coatquelfen..." par laquelle « plusieurs anciens prestres, gentilshommes et habitants de la paroisse de Cléder déposèrent que ses ancêtres étaient bien d'ancienne chevalerie et portoient leurs écussons en carré et en bannières comme les anciens parements de la province et que messires les officiers de leurs juridictions étoient touz gentizhommes ». Olivier mourut en 1594 et fut inhumé en l'église de Cléder. Dans le chœur, on montrera longtemps le portrait d'Olivier, « peinture de son long, armé de toutes pièces, avec sa cotte d'armes de velours rouge cramoisy, son casque, son espée et esperons dorés, sa lance et sa cornette ». Ce seigneur Olivier a immortalisé sa mémoire dans les « bastiments superbes qu'il a entrepris, du faict du chasteau « de Kergournadech qui mérite d'estre mis au rang des « belles maisons de France. » (Extrait d'une ancienne genéal. de la Maison de Kerhoent. Bibl. Nation.) ( Source : Gaston de Carné, Les chevaliers bretons de Saint-Michel, Nantes, 1884, p. 193-194)
Le marquis de Rochambeau (Epigraphie et iconographie, II, p. 45) fait référence à une "Généalogie manuscrite de la maison de Kerhoent ou Querhoent, appartenant à Mme la comtesse de Gouyon de Beaufort, née de Querhoent, au château de Beaufort, par Plerguer (Ille-et-Vilaine)".

Signature d'Olivier de Kerhoent sur un aveu du 9 mars 1569 rédigé après le décès de Jehanne de K/gournadec'h, sa mère, par deux notaires de la cour de Lesneven (Kersauson et Audren) :


Nantes, ADLA B 1677.
Voir sur le site des Généalogistes du Finistère quelques extraits de ce mynu par Anne-Françoise Grall-Pérès et des clichés de Françoise Simon.


Le château de kergournadec'h (Cléder, en Pays du Léon), au XVIIe s. :


Croquis tiré de La Colombière (1644) qui y avait séjourné ...



Ruines du château de Kergournadec'h

Des armoiries écartelées Kergounadec'h / Botigneau se retrouvent sur la coupe couverte de Molac. Cette superbe coupe "constitue un témoignage unique de l'orfèvrerie civile d'apparat commandée par la noblesse bretonne à la Renaissance. Vraisemblablement réalisée par un orfèvre de basse Bretagne aux environs de 1600, (peut-être Pierre Lafleur de Morlaix), cette rarissime coupe couverte destinée à recevoir des dragées, évoque magnifiquement les pièces disparues qui ont pu être réalisées en haute Bretagne. L'objet frappe par la densité du décor qui le recouvre en totalité : scènes de chasse ciselées sur le couvercle, au gros et petit gibier, au gibier terrestre et au gibier d'eau, à pied et à cheval, ainsi que la représentation de monstres marins sur le pied. Le dindon figuré sur la coupe parmi d'autres oiseaux, témoigne de l'arrivée récente en Europe de ce volatile, venu du Nouveau monde au cours du XVIe siècle. A l'intérieur sont gravées sur le fond de la coupe, les armoiries de François de Kerhoent de Kergournadéc'ch et de son épouse Jeanne de Botigneau, mariés en 1583. Personnage de premier plan dans le Léon à la fin du XVIe siècle, François de Kerhoent, constructeur de l'extraordinaire château de Kergournadec'h à Cléder, actuellement dans le Finistère, reçut en 1599 du roi Henri IV le collier de saint Michel en récompense de sa loyauté. Suite au mariage en 1616 de l'héritière de Kergournadec'h avec Sébastien de Rosmadec, seigneur de Molac (en haute Bretagne), l'objet offert à l'église de cette paroisse, fut transformé en ciboire par l'ajout d'une croix au sommet du couvercle".  Jeanne de Botigneau était fille unique d'Alain Droniou.
Patrimoine de Bretagne : images et description


Coupe de Molac. Armes de François de Kerhouent et de Jeanne de Botigneau


Coupe de Molac. Scène de chasse

"On cite une enquête de 1434 dans laquelle les gentilshommes du pays déposaient avoir entendu dire et tenir par longue tradition que, depuis le VIe s. jusqu'au tems de l'enquête, tous les seigneurs de cette maison avaient été chevaliers, et qu'un ancien proverbe disait qu'avant qu'il y eût monsieur ou seigneur en aucune maison, il y avait un chevalier à Kergournadech. A-raok ma voa aotrou è nep leac'h // E voa eut marc'hek è Kergournadeac'h.
Les seigneurs de cette maison ont figuré dans nos annales. Le premier dont il y soit fait mention, après celui des légendes , est Olivier de Guergournadegh, qui vivait en 1288. Guyomar, son fils, se signala dans les guerres de Montfort et de Charles de Blois. Fait prisonnier dans une rencontre, il déclara qu'il aimait mieux mourir que de vendre un petit coin de sa terre pour payer sa rançon, tant il aimait son vieux château ! En quoi ses descendans l'ont imité ; car on les voit sans cesse mettre leur vieux château sous la protection spéciale des ducs, et non-seulement le vieux château avec les officiers, serviteurs, damoiseaux, mais les pigeons et les lapins du dit château.
La terre de Kergournadec'h passa, vers 1504, dans la famille de Kerhoënt, par le mariage d'Alain de Kerhoënt avec Jeanne de Kergournadec'h, héritière de sa maison. Leur petit-fils François épousa Jeanne de Botignau, dont il n'eut que deux filles, Renée et Claude de Kerhoënt, « et le bonhomme a dit depuis que s'il avait eu des garçons, comme il n'avait que des filles, il leur eût fait prendre le beau nom de Kergournadeac'h, comme déjà lui et feu son père Olivier en avaient pris les armes plaines èchiquetèes d'or et de gueules, et laissé celles de Kerhoent, qui sont lozangées d'argent et de sable. »
Renée de Kerhoënt, sa fille aînée, épousa , le 1er mai 1616, à l'âge de quinze ans, Sébastien, marquis de Rosmadec, baron de Molac..." (Lycée Armoricain, p. 368-369).
Devise de Kergournadec'h : En Dieu est.

Je remercie François du Fou pour son aide précieuse ... Guy Ducellier pour la signature d'Olivier de Kerhoent

vendredi 23 juillet 2010

Les Oratoriens de Nantes : épaves d’une riche bibliothèque ... (suite)

Nous avions dans une précédente note fait état de quelques épaves de l'ancienne bibliothèque des Oratoriens de Nantes. Aux quelques manuscrits relevés nous aimerions en ajouter deux autres. En premier lieu, celui qui se trouve actuellement conservé à la Bibliothèque universitaire d'Austin, USA (Harry Ransom Humanities Research Center HRC 040), un recueil de textes et de chroniques du XVe s. aux armes du célèbre Guillaume Budé (sur le personnage =>).


Guillaume Budé par J. Clouet. ca 1536. MMA.



Armes des Budé : d’argent, au chevron de gueules accompagné de trois grappes de raisin pourpre, pamprées de sinople. Ces armes sont celles de Guillaume Budé, l’arrière-grand oncle de l’Humaniste, anobli en 1397 pour la charge de « maistre des garnisons de vins du Roy et de la Royne » qu’il occupat auprès de Charles VI.
http://www.digital-scriptorium.org


Nous y avons reconnu au f.1 l'ex-libris (XVII/XVIIe s.) des Oratoriens de Nantes :


http://www.digital-scriptorium.org

De même nous avons remarqué sur le premier folio le cachet très caractéristique du Comte de Kergariou (+1849) (1) avec sa devise "Là ou ailleurs" :


http://www.digital-scriptorium.org

Ce manuscrit, par la suite, entra dans les collections de la comtesse Le Gualès de Mezaubran (issue d'une très ancienne famille du Tregor) qui fit vendre à Londres, en 1951, par la maison Sotheby's, 8 manuscrits médiévaux, celui-ci lot 25.

Description et images sur le site Digital Scriptorium.
Austin, USA : Harry Ransom Humanities Research Center [ Lien ]
Medieval and Early Modern Manuscripts Collection : Database and Digital Images [ Lien ]

Note

(1) Sur ce bibliophile breton voir Jean-Luc Deuffic, "Le comte de Kergariou. A propos d'un Livre d'heures... et de saint Fiacre", dans Notes de Bibliologie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (Pecia, Le livre et l'écrit, 7), Brepols, Turnhout, 2010, p. 171-175. [ Lien ]

Un psautier (ca 1460), peut-être d'origine ligérienne, dont la décoration est attribuée au Maître de Coetivy, présentement conservé à la Walters Art Gallery de Baltimore (W 297), porte l'ex-libris des Oratoriens de Nantes : Oratorii nanne[tensis] / Ddd. 51.
Biblio : L. M. C. Randall, Medieval and Renaissance Manuscripts in the Walters Art Gallery, Vol. II, France 1420-1540, 1992, p. 166-170, pl. XIIIc, fig. 239, 240.


(c) Walters Art Gallery W 297, f. 202.

Parmi les ouvrages imprimés issus de la bibliothèque nantaise des Oratoriens citons un exemplaire de Giovanni Battista dell Porta, Magiae naturalis, sive de miraculis rerum naturalium libri IIII, Naples, Mathiam Cancer, 1558, actuellement en vente :




LE MARCHANT (Jacques) /MARCHANTIUS/. - De Rebus Flandriae Memorabilibus liber singularis, ad eodem Flandriae Principes carmine descripti. Ad Lamorallum Principem Gauerae, Comitem Egmondae, etc. Antverpiae, Ex officina Christophori Plantini, 1567, in-12, 86-[2] p., page de titre ornée d'un bois avec la marque de Plantin, demi-basane blonde, dos à 4 nerfs orné de filets, roulettes et fleurons dorés, pièces de titre en veau rouge, ex-libris ms. au titre "oratorii Nannetensis" et imprimé au contreplat de V. Meganck de Wolf = Vente Ferraton.

Walters Art Gallery of Baltimore [ Lien ]
Vidéo : Restauration de la chapelle de l'Oratoire de Nantes | Lien |
Ouvrage de référence : A. Bachelier, Essai sur l'Oratoire à Nantes au XVIIe et au XVIIIe siècles. Librairie Nizet & Bastard, Paris, 1934.

Sur les manuscrits des Budé, voir :
H. Omont, "Georges Hermonyme de Sparte, maître de grec à Paris et copiste de manuscrits, suivi d'une notice sur les collections de manuscrits de Jean et Guillaume Budé", et de notes sur leur famille, dans Mémoires et Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XII, 1885, p. 5-57.

samedi 19 juin 2010

"Gric a Molac" : à propos des Rosmadec, de livres et de manuscrits ...


Fils de Sébastien, baron de Molac et de Françoise de Montmorency, Sébastien II de Rosmadec (1) épousa le 1er mai 1616 Renée de Kergournardec'h et de Kerhoent, alors âgée de 15 ans, dont il aura dix enfants (1bis). Député aux Etats de Bretagne en 1626, il fut nommé gouverneur de la ville de Quimper en 1634 et de Dinan en 1643. Personnage érudit, c'est à lui que font référence les mauristes dom Lobineau et dom Morice, comme ayant réuni un grand nombre de documents relatifs à l'histoire de la Bretagne. Au reste, il fournit au généalogiste d'Hozier le manuscrit de Le Baud que celui-ci fera imprimer en 1638 (Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, ... ensemble quelques autres traités servant à la même histoire, et un recueil armorial... Le tout... tiré de la bibliothèque de Mgr le marquis de Molac ...) [original = London, British Library, Harley 4371] : "Le soin que vous avez, Monseigneur, de joindre à la gloire des armes les connoissances honnestes vous rend plus capable qu'aucun de ceux de vostre condition, de donner ceste assistance à ceux qui ont la mesme curiosité que moy; et comme c'est un bien que vous n'estimez que pour en estre liberal, vous m'avez fait l'honneur de me communiquer abondamment les grandes recherches que vous avez faittes particulièrement pour l'Histoire de Bretagne" (dédicace de d'Hozier à Sébastien de Rosmadec).
Vulson de La Colombière lui dédie sa Science héroïque, et loue en lui "un des plus sages et des plus doctes seigneurs de France". Il fut en relation avec plusieurs érudits de l'époque (André Du Chesne, Autret de Missirien, etc.), avec le dominicain breton Albert Le Grand ...


Quartiers de noblesse et armes de Sébastien II de Rosmadec, tirés d'un exemplaire de Pierre Le Baud, Histoire de Bretagne, Paris, Alliot, 1638. (ex. Vannes BM F°96-R.74). Voir Trésors des bibliothèques de Bretagne, Pontivy, 1989, p. 138-139, n° 138.

Nicolas Dadier (+ 1628) "a mis son livre (Parthenice Mariane) sous la protection d'un des plus grands seigneurs, d'un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays : c'est au très noble et vertueux seigneur, marquis de Rosmadec, baron de Molac, de la Hunaudaye et Montafillant, seigneur de Penhouet, gouverneur des ville et château de Dinan, qu'il a dédié sa Parthenice Mariane. Ce Sébastien de Rosmadec est le même qui fut aussi gouverneur de Quimper et qui — au rapport de Lobineau — « avoit conçu de vastes desseins pour une nouvelle histoire de Bretagne ; » son portrait et la généalogie succincte de sa maison se trouvent dans la Science Héroïque de Vulson, publiée à Paris, en 1644, et d'Hozier, lui faisant hommage de son édition de l'Histoire de Bretagne, de Pierre le Baud, parlait de « l'estime extraordinaire qu'il faisoit de ses vertus et de ses talents. » Dadier avait donc bien choisi le protecteur à qui il dédiait son livre ; elles n'étaient pas vaines, sans doute, les louanges par lesquelles il remerciait le marquis de Rosmadec de témoigner une bienveillance éclairée aux couvents de son ordre ; et sa reconnaissance s'appuyait ingénieusement sur des souvenirs historiques, quand il ajoutait : « Un chacun a « aussi cognoissance du regret qui pénétra vostre a âme, après avoir veu les lamentables ruines de « vostre maison et monastère des Carmes, jadis « l'honneur de la ville de Ploërmel, temple fondé, « basti et dédié, il y a plus de trois cents ans, par les « anciens ducs et princes souverains de ce pays. » (Gourcuff, Anthologie des poètes bretons, p. 2),

La bibliothèque du marquis de Molac était "très belle et abondante en livres rares et singuliers" (D. Maillet, Description, notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque publique de Rennes, Rennes, 1837, p. 205).

Fer de reliure, écu aux armes de Rosmadec : palé d'argent et d'azur de six pièces.
Source : G. Vialet, Bibliothèques et bibliophiles bretons anciens, Paris, 1931, p. 188-189, signale un ex-libris (193 x 148 mm) signée Matheus fe[cit] dans la collection du docteur Olivier et de M. J. B. Mercier, de Dijon (Archives de la société des collectionneurs d'ex-libris, 1920, p. 35).

Voir également un ex-libris de Rosmadec ("I. Picart fecit") avec la devise Gric a Molac conservé à l'Herzog August Bibliothek de Wolfenbûttel (Graph. A1: 2068) [En ligne]


(c) Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel. Pour l'explication des blasons voir in fine...

Parmi les quelques manuscrits ayant appartenu au marquis de Molac, citons le Paris BnF Lat. 9888, une copie de la Chronique de Saint-Brieuc (cf. l'édition de Gwenaël Le Duc et Claude Sterckx, 1972), in-folio de papier de la fin du XVe siècle. relié en veau, aux armes de Sébastien de Rosmadec. Une note du XVIIe s. (sans doute de Du Paz) précise :
"ce livre commence au feuillet IIII en chiffres. Au XVIIe siècle il y en a 2 perduz, et finist à la page chiffrée CLVII. - Envoyé à Monsieur André du Chesne par Messire Sébastien, marquis de Rosmadec, comte de la Chapelle, baron de Molac, Rostrenen et Penhoët, 1633". Effectivement, dans l'état des papiers de Dom Lobineau, dressé en 1727, ce manuscrit est ainsi désigné : "Un autre volume in quarto, relié en veau de couleur noire passée, étiqueté au dos Chronicum Britanniae et marqué sur les deux côtés de la couverture aux armes de Molac-Rosmadec. Ce manuscrit, très ancien, contient 167 feuillets écrits à deux colonnes". (L. Delisle, Notice sur des collections manuscrites de la Bibliothèque nationale, dans BEC, XXXII, 1875, p. 241-245 (cf. Tudchentil).
Le regretté Hubert Guillotel signale également la présence dans les collections de Rosmadec d'un exemplaire du cartulaire de l'abbaye de la Vieuxville communiqué à André Duchesne ("Cartulaires bretons médiévaux", dans Les cartulaires, ENC, p. 330 et 339).
Le marquis de Molac chérissait entre toutes les sciences "celle qui apprend la connaissance des armes, qui déchiffre leurs blazons et traite de leur origine". L'Oratorien Jacques Lelong, dans sa Bibliothèque historique fait état de ses Mémoires servans à l'Histoire de Bretagne, manuscrit autographe, paraphé de la main du fameux d'Argentré. "Il étoit entre les mains de M. Gérard Mellier, Conseiller du roi ..., maire et colonnel de la Milice bourgeoise de Nantes" (Bibliothèque historique, III, Paris, 1771, p. 401). Sur Gerard Mellier (21 mai 1674-28 décembre 1729) voir l'importante notice toujours utile que lui dédie la Biographie bretonne de P. Levot, II, 1857, p. 442-447. Un colloque lui a été récemment consacré aux Archives départementales de Loire-Atlantique [programme]

Le maire de Nantes, Gerard Mellier, administrateur, "collectionneur" et historien (voir annexe, ci-dessous)

Une généalogie historique du monde, depuis Adam jusqu'au roi Charles V (1364-1380), figure dans les collections Lawrence J. Schoenberg de l'Université de Pennsylvania (USA), acquise chez Sotheby's, à la vente du 23 juin 1998, lot 53. Le manuscrit Ljs266 [ numérisé ], daté de 1404/1406, commence : "Cy ensuit la generation de adam qui comprent jusques au deluge", et finit : "En lan mil CCC hexadecimus le jour de pasques fu sacre pape urban en la ville de rome et en chanta on en leglise de paris Te deum laudamus /". Une note en page de garde indique une provenance : "A lonsiesme feuillet ste Anne et autres choses notables / Ce livre est a present de la Bibliotheque du marquis de Molac", puis au f. 1rv : "Achepte a Rouen le 26 avril 1632 par le marquis de Molac de Bretagne". Une marque plus ancienne (XVe s.), lue seulement à l'ultra-violet donne le nom d'un premier possesseur : "Cest livre est a Johan Auslin".
Il me semble plus vraisemblable d'y lire le nom de Jehan Austin.  Sans doute doit on y voir un membre de la famille Austin (Aoustin) qui donna Guillaume, conseiller clerc de Rouen à la fin du XVe siècle, lignage qui portait : "D'azur à la fasce eschiquetée d'argent et de gueulles de 3 traicts ; accompagnée d'un léopard d'or en chef et 3 coquilles d'or en poincte posées en orle". Ce Guillaume fut conseiller "en la grande séneschaussée de Normendie, et par le registre de l'Eschiquier (1497, p. 63), on voit qu'il y eut lettres du Roy adressées au dict Eschiquier pour informer de la vie, mœurs et suffisance tant du dict Austin que de plusieurs autres qui avoient esté conseillers en la dicte séneschaussée, les quels furent tous ensuite pourveus d'offices de conseillers en Leschiquier comme il sera remarqué cy après. Le dict Aoustin fut pourveu de la dite charge par les lettres d'érection du dict Eschiquier, du mois d'avril 1499 et en fit le serment le 1 d'octobre 1409. M. Le Febvre dict que sa seule vertu l'a eslevé à cette charge. Il estoit curé de Moyaux (arrest de Leschiquier du 28 janvier 1502). Les armes cy employées sont en la maison de M. de Tilly, parroisse de Saint-Amand, laquelle a appartenu à ceux de cette famille" (Recueil des présidents, conseillers et autres officiers de l'Échiquier, p. 55).
Les armes de Guillaume Austin (2) ont été reconnues sur un Livre d'heures à l'usage de Rouen de la bibliothèque de Cheltenham, n° 3977 (Revue catholique de Normandie, 1895, p. 127-128). De même, sur le ms Paris, BnF, Fr. 2195, un exemplaire qui contient des fragments du Roman de la Rose et du Roman de Fauvel et le Testament de J. de Coen, on peut lire au f. 147v : « Cest livre est à Massiot Austin de Rouen qui l'acheta le mois de juing l'an mil IIIIC LXX de ung libratier de Rouen nommé Gautier Néron. Qui le trouvera si le raporte et on luy donnera ung bon pot de vin ». Le nom du copiste, Johan Mulot est donné par une enigme à partir des initiales des mots de trois vers. (Langlois, Les manuscrits, p. 37-38).
Quelques images du manuscrit sur le site Roman de la rose digital library [En ligne]
Massiot fut enterré à Saint-Vincent de Rouen (AD, G 7662).
Un "Jean Autin", fut procureur fiscal de Blanche de Harecourt, comtesse d'Aumale (Eschiquier 1464). Un autre (ou le même) "Jean Austin, demeurant à Vicquemesnil, sergeanterie de Montivillier", fut anobli en 1470.

Autre manuscrit du baron de Molac : Nantes BM 1199 : « Parlement général de Bretaigne, assigné par Pierre, par la grâce de Dieu duc de Bretaigne, comte de Monfort et de Richemont, à tenir à Vannes, à ce lundy vingt-quatriesme jour de may l'an mil quatre cens cinquante ung ». XVe siècle. 286 × 185 mm, papier, 160 f. Reliure basane aux armes de Molac.

Livres imprimés de la bibliothèque de Molac
§ Les oeuvres de maistre Alain Chartier
, Paris, Samuel Thiboust, 1617, relié dans un plein veau brun aux armes or du marquis de Molac avec la devise : 'Gric a Molac' (silence à Molac) dans un encadrement à double filets, est actuellement présenté par la Librairie Guimard, à Nantes. L'ouvrage porte à l'encre brune sur la page de garde : "Ce livre est de la bibliothèque du Marquis de Molac 1630".

§ Livre d’architecture contenant plusieurs portiques de differentes inventions, sur les cinq ordres de colomnes / par Alexandre Francine Florentin, ingenieur ordinaire du Roy. - A Paris : Planches signées : A. Francini inventor ; Tavernier ex. : chez Melchior Tavernier, graveur et imprimeur du Roy pour les tailles douces..., 1631. Mention manuscrite sur la page de dédicace : « Le Marquis de Molac ». Exemplaire : Paris, BENSBA Réserve, LES. 1250 [ Description en ligne ]
 
Pour terminer ce billet, quelques mots sur un feuillet de Livre d'heures présenté à la vente par le libraire américain Swaen, d'Indian Rocks [ description en ligne] :


Ca 1480. 125 x 90 mm. Miniature : 70 x 50 mm. Deus in audiutorium meum intende Domine ad adiuvandum me [festina]//. Psaume LXIX. Le thème de cette miniature pourrait représenter l'épisode du martyre des trois juifs brulés pour n'avoir pas adoré la statue d'or de Nabuchodonosor. Je remercie Jean-Thomas Bruel pour cette suggestion. Voir les commentaires ci-dessous pour d'autres hypothèses...
 

La complicité de plusieurs collègues de la liste Noblesse bretonne a permis l'identification des armoiries présentes au bas de cette enluminure. On y remarque entre autres les armes des Rosmadec, écu écartelé :
1) Pontantoul : D'hermines au sautoir de gueules
2) Pontcroix : d'azur au lion d'argent
3) Kerouzéré : de pourpre au lion d'argent
4) Rosmadec : palé d'argent et d'azur de 6 pièces
L'écu losangé suppose une dame, et de ce fait ces armoiries pourraient bien être celles de Jeanne de Rosmadec, fille de Jean II de Rosmadec (+ 1469), mariée en 1476 à Jean III de Kerouzéré, fils d'Yvon II de K. et de Marie de Kerimerc'h.
Ces mêmes armes (sauf inversement des 1 et 3) se voyaient jadis dans l'église Saint-Collodan de Plogoff (F., Cornouaille), sur d'anciens vitraux aujourd'hui disparus, dont on conserve une description précise :
" Et pour ce quy est des armes en vittre, ledict Filly nous a faict voir au pignon oriantal de ladicte église la grande et maistresse vitre composée de troys passées et de troys souflects, au premier et plus hault desquels est un escusson des armes plaines de Francze partye avecq celle de Bretaigne et au second soufflet quy est du costé de l'évangille, est un équsson en bannière porté par un ange, lecquel eccussson est equartellé, au premier et dernier sont les armes de la baronie de Kerouzéré, quy sont de pourpre à un lion d'argeant, au second et troysiesme sont les armes de la seigneurie de Meinfoults (3) quy sont d'ermines à un saoultouer de gueulles, et au troysiesme soufflets, estant du costé de l'espittre, est un autre ecqusson en banière porté pareillement par un ange, lecquel escusson est aussy ecquartellé, au premier sont les armes de la baronie de Kerouzéré, quy sont de pourpre à un lion d'argeant, au second les armes de Pontecroix quy sont d'azur à un lion d'argeant, au troysiesme sont les armes de Meinfouts, quy sont d'ermines à un aoultouer de gueulles, au quattriesme sont les armes de Rosmadec quy sont palles d'argeant et d'asur de six pièczes".(Prééminences de l'église de Plogoff, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1913, p. 211-212). Auparavant, le dit Filly "a montré et avons veu en hault du pignon occidentall de lad. église, sur lequel est construict le clocher, un grand escusson en bocze de relieff coupé en bannière ... que ledict Fily nous a dit estre les armes de la seigneurie de Kerouzéré en ecquartellé avecq les armes de la seigneurie de Meinfaoults, dans lacquelle maison de Kerouzéré ladicte terre de Kergaradec (4) a entré par le mariaige de dame Jeanne de Rosmadec avecq Messire Jean, baron de Kerouzéré, l'an 1476" (5).

Notes
(1)
Sébastien II, marquis de Rosmadec, comte de la Chapelle-vers 1630, seigneur du Quéménet, seigneur de Crozon et du Porzay (1623-1647), seigneur de Rosmadec-1647, baron de Molac (1er, 1618), seigneur de Pont-Croix et de Penhoët, seigneur du Juch (1638-1638), baron de Serent, vicomte du Besso, seigneur de la Houlle-1634, seigneur de Coëtmenec'h, gouverneur de Quimper (1634), gouverneur de Dinan (1643), sénéchal héréditaire de Rohan (1613), chevalier de l'Ordre du roi (Saint-Michel), conseiller au Conseil d'État (Source : base Noblesse Bretonne, via Tudchentil)
(1bis) Inhumée au Convent des Augustins de Paris :
CY DEVANT REPOSE || LE CORPS DE DEFFUNCTE || HAULTE ET PUISSANTE DAME || RENÉE,DAME DE KERGOUNADECH FEMME || DE HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR MESSIRE SEBASTIEN, MARQUIS || DE ROSMADEC, COMTE DES CHAPELLES ET DE CROZON, BARON DE MOLAC, DE TIVARLEN, DE PONTECROIX ||, DU JUCH, DE PENHOET ET DE SERENT, VICOMTE DE || BEAUMANOIR, DU BESSO, ETC., CHEVALIER ||, CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, GOUVERNEUR || POUR SA MAJESTÉ EN SES VILLES, CHASTEAUX ET SENESCHAUSSÉES DE QUIMPER ET DINAN; || LAQUELLE DAME, POSSEDANT DES QUALITÉS || EMINENTES PAR-DESSUS LA CONDITION DE SON SEXE, || FAIT VOIR PAR LA BRIEVETÉ DE SA VIE QUE LES CORPS || LES PLUS PARFAITZ ET LES PLUS BELLESAMES || SARRESTENT ORDINAIREMENT LE MOINS EN CE || MONDE. ELLE EST NÉE DANS LE CHASTEAU DE BOTIGNAU, || EN BRETAGNE, LE XVIE DE JUIN MDCI, ET EST MORTE A || PARIS, LE XIX NOVEMBRE MDCXLIII, DANS LE XLIII || DE SON AAGE, ET LE XXVIII DE SON MARIAGE, AYANT ESTÉ MERE DE X ENFANS, DESQUELS V LA SURVIVENT. LEDICT SEIGNEUR MARQUIS, SON MARY, LUI A || FAIT DRESSER CE MONUMENT ET FONDÉ CEANS UN ANNIVERSAIRE SOLLENNEL ET || AUTRES PRIERES POUR LE REPOS DE || SON AME, ATTENDANT QUE LE MESME || DIEU, QUI PAR SA GRACE LES AVOIT || JOINTS ET UNIS EN CE MONDE, PAR SA || BONTÉ ET MISERICORDE LES REUNISSE POUR || L'ETERNITÉ DEDANS LE CIEL. AMEN.
(Epitaphier du vieux Paris)
(2)
Il y a un Guillaume Aoustin, chanoine de Rouen, curé de saint-Michel, vicaire général de 1493 à (+) 1501.
(3)
"Meinfoults" est pour Menfaoutet, (ou Meanfaoutet, Menfautet), manoir et seigneurie en Cleder, possession des Pontantoul. (F., Léon). Voir Nantes, ADLA, B 1723.
(4)
Kergaradec, aujourd'hui en Cleden-Cap-Sizun.
(5)
Jehan III de K., chevalier, décédé en 1518. En 1476, il partagea avec son frère Charles, qui obtient alors le manoir de Coatsabiec (Plougar). Quimper, ADF 151J 27. Chantal Daniel, Chartrier de Kerouzéré, Quimper, 1993, p. 29.

Explication des blasons de l'ex-libris de Sébastien de Rosmadec (source : François du Fou)
Contre écartelé :
1er : Rosmadec (de) : palé d'argent et d'azur de six pièces
2ème : Chapelle (de La) : de gueules à la fasce d'hermines
3ème : Rohan (de) : de gueules à neuf macles dor, trois, trois et trois
4ème : Beaumanoir du Besso (de) : d'azur à onze billettes d'argent, quatre, trois et quatre
et
1er : Montmorency-Fosseux (de) : d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur, quatre, quatre, quatre et quatre
2ème : Aumont (d') : d'argent au chevron de gueules, accompagné de sept merlettes de même, quatre en chef et trois en pointe
3ème : Saint-Amadour (de) : d'argent à trois têtes de loup de gueules
4ème : Ferrières (de) : d'hermines à la bordure de gueules, chargé de fers de cheval d'or
sur le tout :
Bourbon-Préaux (de) : de France à la bande de gueules chargé de trois lions d'argent


Bibliographie
La Science héroïque traitant de la noblesse, de l'origine des armes, de leurs blasons et symboles... avec la généalogie de Rosmadec en Bretagne, le tout embelly d'un grand nombre de figures en taille douce..., par Marc de Vulson, sieur de la Colombière... Paris : chez S. Cramoisy et G. Cramoisy , 1644.
Généalogie succincte de la maison de Rosmadec, extraite de celle qui a été amplement dressée par le sieur d'Hozier,... enrichie de quelques remarques et recherches faites par le sieur de La Colombière Vulson
,... Paris : S. Cramoisy , 1644.


Merci à Diane Booton pour ses premiers commentaires sur la miniature ... A François du Fou, Hervé Torchet, Jean "Brogilos", Jean-Yves Marjou, Jacques Petit, etc, de la liste "Noblesse Bretonne".

Annexe : les collections de Gerard Mellier, maire de Nantes
(tiré de la préface de Léon Maitre, pour l'Essai sur l'histoire de la ville et du comté de Nantes, par Gerard Meiller, Nantes, 1872) :
"Lorsqu'en 1719 Mellier acheva le manuscrit dont on va lire le texte, il n'était pas encore le premier magistrat de la ville de Nantes ; cet honneur lui échut l’année suivante. Son esprit, toujours porté vers la recherche du progrès, conçut de suite la pensée de mettre à profit le dépôt des archives municipales confié à ses soins pour donner plus de développements à son œuvre avec le concours de Dom Lobineau. Voici l'intéressante lettre qu'il adressa à ce sujet au maréchal d'Estrées, gouverneur de Nantes ... :
"Nantes, le 11 octobre 1720.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 7 de ce mois, au sujet de la proposition que je vous ai faite touchant l'histoire de la ville et comté de Nantes. Il est certain que le Père Lobineau y serait propre, plus que personne, par toutes les connaissances qu'il s'est acquises en travaillant à l'histoire générale de la province. J'ose même, à cette occasion, vous envoyer, Monseigneur, une lettre qui vient de m'être rendue de sa part, au sujet du rétablissement de sa pension de 300 l. par les raisons contenues dans le mémoire joint à cette lettre. J'avoue qu'il ne serait pas indigne de l'honneur de votre protection à cet égard.
La voie des souscriptions pour une pareille histoire pourrait nous procurer les moyens de l’embellir, en faisant graver tous les portraits des maires sur les originaux qui ont été conservés dans l'hôtel de cette ville. Il y a peu de leurs descendants qui ne fussent ravis d'en acheter des exemplaires, outre qu'on trouverait à Paris divers curieux dans le goût des portraits, qui se porteraient volontiers à souscrire pour cet ouvrage sur le plan imprimé qui en serait annoncé.
Voici, Monseigneur, en général, ce que je pourrais fournir pour ce travail :
- L'histoire manuscrite abrégée de la ville et comté de Nantes, depuis le temps de Jules César.
- Le nobiliaire par extrait du même pays, suivant la dernière réformation de la noblesse.
- Le catalogue des anoblis depuis ce temps, suivant les enregistrements de leurs lettres à la Chambre des Comptes.
- Le manuscrit original de Pierre Lebeau, secrétaire de la duchesse Anne, qui contient une infinité de faits qui concernent la même histoire (6)
- Tous les blasons des maires de Nantes, avec les ornements de l’écu d'après les originaux.
- Les principales chartes qui concernent les privilèges des habitants de la ville et faubourgs de Nantes.
- L'ancienne carte de la ville et comté de Nantes, par Ortelius, et la nouvelle, dressée en 1693 par le Père Lambilly.
- Un manuscrit original, signé de l'argentier de la reine Anne de Bretagne, contenant un ample catalogue des curiosités qu'elle avait ramassées au château de Nantes.
- Toutes les rues de la ville et faubourgs de Nantes dessinés à la plume, d'un très-bon goût; les dessins des édifices publics de Nantes, savoir : du Château, du Palais du Bouffay, de la Chambre des Comptes, de l'église Saint-Pierre et de tous les monuments curieux qui s'y trouvent et dans les autres églises, soit en tombeaux, vitrages, etc.
- Le plan géométrique du cours de la rivière de Loire, depuis Nantes jusqu'aux confins de l'évêché du côté de l'Anjou dans laquelle sont spécifiés les îles, ilôts ; l'original a coûté 1,500 # à faire lever; j'en ai une copie exacte.
- Les plans des œillets de marais salans de Bourgneuf et du Croisic, avec des dissertations physiques sur la manière dont le sel s'y forme et s'y conserve.
- L'histoire manuscrite du commerce de la ville de Nantes et des manufactures établies dans l'évêché.
- Plusieurs monnaies gothiques qui ont été trouvées en divers temps auprès de Nantes et dont j'ai les originaux mêlés d'or et de bronze.
- Plusieurs médailles du haut et bas empire trouvées à Nantes et aux environs : il y en a une entre autres de Néron, en grand bronze, ayant pour revers : Portus ostrensis (sic, pour Ostiensis); elle est très-bien conservée et très-rare.
- Plusieurs monnaies des ducs de Bretagne qui ont résidé à Nantes.
Le père Lobineau a composé l'histoire des saints de cette ville et comté; il ne manque pas de matériaux pour tout cet ouvrage auquel il serait très à propos et très-utile de songer sérieusement.
Je suis, etc.
Mellier"

(6) La vente de la bibliothèque de Gerard Mellier eut lieu en 1735. Le catalogue de celle du maréchal d'Estrées, daté de 1740, porte au n° 16177 : Compillacion des Cronicques & Ystoires des Bretons ; jusqu'en l'année 1457, par Pierre Lebaut. Fol. mss sur vélin avec miniature, exemplaire vendu 100# qui semble bien provenir du maire de Nantes. Au reste, le maréchal d'Estrée possédait d'autres manuscrits bretons :
- Etat de la province générale de Bretagne, in-f° (6,1 #)
- Mémoire de l'état présent de la province de Bretagne, in-4° (1 #)
- Histoire du Barronage de Bretagne, in-f° (15 #)
- Recueil concernant l'incendie de Rennes, in-f°, vendu 60 # avec Réformation de la Noblesse des Evêchez de Rennes et de Dole, in-f° et Réformation des Evêchez de Saint Brieux (sic) et Kimper (sic)
- Réformation de la Noblesse de l'Evêche de S. Malo, in-f°.
- Réformation de la Noblesse de l'Evêché de Nantes, in-f°.
- Réformation de la Noblesse de l'Evêché de Vannes, in-f° (1,5 #)
.......
Recueil de pièces sur les communautés de Bretagne, in-f°.

Nous reviendrons sur les collections du maréchal d'Estrées ... et son catalogue. Voir [ en ligne ] sur le site de l'Ecole nationale des chartes.


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vendredi 9 avril 2010

Florence, Biblioteca Laurenziana et Nazionale : six copistes et un prédicateur bretons


Yves Bernier
, du diocèse de Nantes, écrit en 1453 un Titus Livius pour le médecin et philosophe Socino Benzi (fils du célèbre Ugo Benzi), + 1479. Manuscrit Plut. 63.3, numérisé à cette adresse [ - lien - ]

Guillaume le Breton. Recueil (Gesta Karoli Magni quantum ad destructionem Carcassone et Narbone et ad constructionem monasterii Crassensis ; Gesta Rotolandi, etc). Au f. 80v (image 81v) « Explicit gesta Rotolandi martiris. Guillermus Brito me scribit in civitate Carcassone » Manuscrit Plut. 66. 27, numérisé à cette adresse : [ - lien - ]

Yves Le Moel : Le manuscrit de la Laurenziana, Ashburnan 1142 est un exemplaire de Terentius, du XVe s. Au f. 89v : Iste liber est Yvonis Le Moel, clerici Trecorensis.

Denis de Kerangarv. Manuscrit BN Conv. Sopr. G.3.418, Thomas Bradwardinus. Ego Dyonisius de Kerangarv scripsi hoc opus Parisius ad petitionem Francisci de Nerlis de Florancia, ordinis fratrum heremitarum ...(f. 101v). XIVe s.

Raoul Le Breton. Manuscrit BN II.VI.1. Jean de Galles, Tractatus de vitiis et virtutibus. Au f. 84 : Radulphus brito, scriptor istius libri fratri Richardo de ordine fratrum minorum de Roma salutem ...". XIVe s.

Robert Le Breton de Kergroezes. Manuscrit BN, Conv. Soppr. B. I. 118. Pierre Auriol, Scriptum super primum Sententiarum. Terminé le 20 décembre 1330. « … et scripsit eum Robertus Brito domino Remigio de Florencia de pecunia patris ipsius domini Remigii de Florencia »

Frère Yves Alain
du couvent de Quimper prêcha à Florence en 1459 : Fr. Yvo Alani scripsit has sermones in conventu Florentiae anno Domini 246 (sic) dum erat ibidem biblicus positus per capitulum provinciale senis celebratum.... Manuscrit Plut. 20.34, f. 11V, numérisé à cette adresse : [ - lien - ]
Pas de doute, ce nom est bien breton,  ... du reste voici l'explicit (f. 98r) :
Expliciunt Sermones per me Fratrem Yvonem Alani provinciae Turoniae Conventus Corisopitensis (l'ancien catalogue donne Corifoxiten (sic) in Conventu Florentiae Anno Domini 1459.

Il me semble que ces sermons sont inédits ...

BIBLIOTECA MEDICEA LAURENZIANA

Le missel du prêtre breton Jean Melec

Le missel San Cugat del Vallés de la seconde moitié du XIV s. copié par Jean Melec, prêtre originaire de Bretagne, et aujourd'hui conservé aux Archives aragonaises (Barcelone, Archivo Corona de Aragón, ms. San Cugat 14 ) a fait l'objet en 1981 d'une étude de Maria Pilar Farré Bordes, publiée dans D'Art (n° 6-7, p. 120-136), travail aujourd'hui visible en ligne à cette adresse (format pdf)

C'est un manuscrit parchemin de 490 f, 335 x 255 mm, provenant du monastère de St Cugat del Vallès, identifié comme un don de l'abbé Berenguer de Rajadell en 1409 (armoiries au f. 14r).
Rafael Ramos Nogales me signale que ce missel a fait l'objet d'une numérisation, accessible sur PARES, Portal de Archivos Españoles à cette adresse.



© Ministerio de Cultura

samedi 6 mars 2010

Un manuscrit du tésorier de l'église de Saint-Brieuc, Even Guillou (XIVe s.)

Le manuscrit Theol. foL. 104 de la Deutschen Staatsbibliothek de Berlin, un exemplaire des commentaires de Pierre de Tarentaise ( Innoncent IV) sur les Sentences de Pierre Lombard, comprend 158 f de 190 x 130 mm. Une note datée 1384, et un passage en vieux-flamand, semble-t-il, montre que ce manuscrit a bien voyagé :

Une note de prix se remarque au f. 158 : "iste est quartus petri precio XL° sol." (f. 158).
Provenance : le manuscrit a appartenu au trésorier de l'église de Saint-Brieuc, Even Guillou, suivant l'inscription du f. 5 :
Iste liber est Eueni Guilloti thesaur[arii] ecc[lesi]e briocen[sis]
Le catalogue date cette inscription du XVe s., mais elle semble en contradiction avec l'époque où vivait le trésorier de Saint-Brieuc.
Even Guillou fut avant 1316 chapelain du cardinal  Pierre de la Chapelle, que nous avons rencontré au sujet d'un autre Breton, Guidomar Derian, Even cumulait plusieurs bénéfices : chanoine à Dol, Quimper, Saint-Aubin de Guérande et à la Chapelle-Taillefer (au diocèse de Limoges) d'où ses relations avec le cardinal de Palestrina (+ 1312).
En 1310, déjà trésorier, et recteur de l'église paroissiale de Puicheric (Podiocherico), au diocèse de Carcassonne, il permute avec Bertrand de la Tour, pour un canonicat en la cathédrale de Dol (Lettres communes, 5413).
En 1316 il sollicite un canonicat en l'église de Troyes; en 1318, dans le diocèse de Limoges.
Recteur de Plestin (dioc. de Tréguier), Even Guillou sollicite pour cette église des indulgences en 1317. Il décède avant le 28 août 1322 à Avignon.

Source : V. Rose, Handschriften-Verzeichnisse der Königlichen Bibliothek zu Berlin, Lateinischen Handschriften, II, Berlin, 1901, p. 293, n° 442 [Lien]
Lettres communes (Archives vaticanes)

mercredi 8 avril 2009

Le « Maître du Policratique de Charles V », un enlumineur breton ?


François Avril, dans une belle étude sur Le parcours exemplaire d'un enlumineur à la fin du XIVe s. : la carrière et l'oeuvre du maître du Policratique de Charles V (1) a relevé au chapitre des relations professionnelles de l'artiste, « ses liens avec les copistes des manuscrits qu'il fut amené à illustrer, liens qui, dans un cas au moins, semblent avoir débouché sur un véritable partenariat. Trois noms de copistes méritent à cet égard de retenir notre attention, car tout trois étaient manifestement d'origine bretonne : il s'agit d'Yvon Lhomme, copiste du bréviaire-livre d'heures de Jean Pastourel (Paris BnF Lat. 14279), de Raoul Tainguy, copiste d'un Jeu des échecs moralisés (Paris BnF Fr. 2148), et surtout Jean Cachelart, avec lequel le Maître du Policratique semble avoir entretenu à la fin de sa vie des liens suivis puisqu'ils intervient dans au moins trois manuscrits signés ou attribuables à ce scribe. Cette collaboration répétée avec des copistes d'origine bretonne tient-elle à une communauté d'origine ? »

Pour conforter l'idée avancée de la possible origine bretonne du Maître du Policratique, signalons au moins deux autres copistes bretons oubliés dans la liste des oeuvres données par François Avril : Henri du Trévou (Bible en français, London BL Lansdowne 1175, possédé par Jean de Berry), et Henri Bossec, de Plovan au diocèse de Quimper (Paris Sainte-Geneviève, ms 34-36, Nicolas de Lyre, Postilles sur les livres de l'ancien et du nouveau Testament)


Jean de Salisbury, Le Policratique.
Traduction française de Denis Foullechat Pour Charles V (1372). Copié par le breton Henri du Trévou et Raoulet d'Orléans.
(c) Paris, BnF Fr. 24287 f 2.
Source photographique : Paris BnF


(c) CNRS/IRHT/ Bibliothèque Sainte-Geneviève
Manuscrit 35, f. 1. Maître du Policratique de Charles V


(c) CNRS/IRHT/ Bibliothèque Sainte-Geneviève
Manuscrit 34, f. 1. Maître du Policratique de Charles V
Copié par Henri Bossec, de Plovan
Source photographique : Liber Floridus
Bibliothèque Sainte-Geneviève [Lien]


(c) IRHT/CNRS / Médiathèque Caccano d'Avignon. Ms 207.
Livre de prières du cardinal Pierre de Luxembourg (1386)
Source photographique. Base Enluminures


Note
(1) In De la sainteté à l'hagiographie. Genèse et usage de la Légende dorée. Etudes réunies par Barbara Fleith & Franco Morenzoni, Droz, 2001, p. 265-282.

Biblio sur ARLIMA

mardi 7 avril 2009

Le chevalier breton Alain de la Houssaye et son manuscrit du Roman de la Rose


Monseigneur ALAIN DE LA HOUSSAYE fut, suivant Froissart, un des chevaliers bretons qui se distinguèrent à la bataille de Cocherel, en 1364. Il suivit, en 1366, Bertrand du Guesclin en Espagne, et se trouva à l'attaque de la ville de Birviesca, où il eut les deux bras rompus. Il accompagna aussi du Guesclin dans sa seconde expédition en Espagne, et combattit, en 1369, à la bataille de Montiel. D'Argentré prétend que ce fut dans la tente d'Alain de la Houssaye qu'Henri de Transtamare tua son frère D. Pedro ; mais Froissart raconte que la lutte entre les deux frères eut lieu dans la tente d'Yvon de Lakonet ou de Lescouët, gentilhomme breton. Les auteurs espagnols, favorables au roi D. Pedro, placent cette scène dans la tente même de Du Guesclin ; mais leur récit, peu favorable à ce grand capitaine, n'a pas prévalu. Alain de la Houssaye guerroya ensuite en France en 1371 et en 1378, et s'empara, avec Maurice de Trésiguidy, Alain de Saint-Pol et Guillaume de Montauban, capitaines bretons, de la ville de Cadillac, en Gascogne. Il figure avec un autre chevalier et vingt et un écuyers dans une montre reçue le 17 novembre 1373, à Valognes. Son sceau, apposé à une quittance de ses gages du 20 novembre de la même année, représente un échiqueté d'argent et de sable, avec une bordure. Supports : deux léopards. On le trouve mentionné avec la qualité de capitaine de Rennes, au nombre des chevaliers qui ratifièrent le traité de Guérande, le 1er mai 1381. Il était frère d'Eustache de la Houssaye, un des quatre maréchaux nommés, en 1379, par la noblesse de Bretagne, pendant l'absence du duc, pour repousser l'invasion française.
(De Couffon de Kerdellech, Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, t. II, Nantes  Paris, 1878, p. 241)

Eustache de la Houssaye, compagnon d'armes de Duguesclin, et l'un de ses plus braves lieutenants, naquit vers 1340, vraisemblablement en Saint-Maden, près Diñan, comme le pensent quelques écrivains. D'autres, il est vrai, et Ogée est de ce nombre (v. Saint-Martin), le font naître dans la commune de Saint-Martin-de-l'Oust, près Ploërmel. Mais, ce qui nous porte à croire qu'Ogée a commis ici une de ces erreurs qui lui sont si fréquentes en matière de noms de lieux et de personnes, c'est que toutes les alliances d'Eustache de la Houssaye étaient avec les familles des Saint-Pern, des Du Buat, des Lanvallay et autres du pays de Dinan, et qu'il figure lui-même dans les monstres de Dinan et aux serments des nobles de cette ville. (D. Lobineau, passim). Enfin, dans la chronique gothique de la famille de Saint-Pern, Eustache est qualifié de seigneur de Ranléon [en Quedillac), et dudit heu de La Houssaye, ce qui donnerait lieu de croire qu'il était puîné ou cadet de la maison de La Houssaye, et que, par suite de son mariage, ou pour toute autre cause, il se serait fixé dans ses propriétés ou sur le territoire de Quédillac, peu éloigné de La Houssaye, en Saint-Maden. Au surplus, il ne peut y avoir de doute qu'entre Saint-Maden et Saint-Martin-sur-Oust, car rien n'autorise à penser qu'Eustache fût né dans aucun des lieux appellés aussi La Houssaye, dans les communes de Gaël, Parthenay, Plédran, Nozay, Plestan près Jugon, Saint-Alban, Trédaniel, etc. La première circonstance où l'histoire mentionne La Houssaye, c'est la bataille de Coche- rel (mai 1364) où, sur l'ordre de Duguesclin, il exécuta, à la tête de deux cents lances, un mouvement qui décida le succès de la journée et la prise du Captal de Buch. A la bataille d'Auray, il fut un des trois chevaliers qui dégagèrent Duguesclin, renversé de cheval et sur le point de tomber au pouvoir de l'ennemi. Ayant ensuite fait partie de l'expédition des Grandes-Compagnies en Espagne, il coopéra à la prise de Maguelone et de Bervesque, et eut le bras cassé au siège de cette dernière ville, en 1367. Lorsque le connétable fit, en 1378, son expédition clé Normandie, Eustache et son parent, Alain de La Houssaye, le suivirent et l'aidèrent à s'emparer de presque toutes les places du pays...
P. Levot, Biographie bretonne, p. 113-114.

Alain de la Houssaye épousa Marguerite de Montauban,  fille d'Olivier IV de Montauban, chevalier banneret, seigneur dudit lieu, de La Gacilly, de Goneville, de Romilly, de Quinéville, de Marigny, de Tuboeuf, de Craon, de Brisolette, de La Bréchardière et autres lieux, décédé en février 1389, et de Mahaut d'Aubigné, dame de Landal et d'Aubigné, (Paris BnF FR. 22332, f. 35)

Alain de la Houssaye était un guerrier ! Pourtant il avait de bonnes lectures ... témoin cet exemplaire du Roman de la Rose, best-seller de l'époque, aujourd'hui conservé à la Biblioteca nacional de Madrid (Reserv. 5a-19). Ce manuscrit du milieu du XIVe s. porte en effet, à la fin du texte, cette note : Cest romant est messire Alain de la Houssoye, chevalier.

Manuscrit 290 x 203 mm. 159 f. Vélin. 37 lignes sur 2 colonnes. 28 miniatures. Quelques notes marginales.
f. 1. Au-dessous d'une miniature divisée en quatre panneaux :
Ci commance li romans de la Rose, ou l'art d'amours est toute enclose.
Incipit : Maintes gens dient que en songes ...
Se termine au f. 159 :
 ... est fine et pure verite
ou l'art d'amours est tote enclose;
nature rit si comme semble
quant hic et hec iouent ensemble.
Le copiste ajoute :
Detur pro pena scriptori pulcra puella.

Biblio   
La bibliothèque du marquis de Santillane, 1905, p. 369-370. 
V. Langlois, Les manuscrits du Roman de la Rose : description et classement, 1910, p. 179.
McMunn, Meradith T., Reconstructing a missing manuscript of the Roman de la Rose: the Jersey Manuscript, dans Scriptorium, 53 1999, p. 31-62
Yarza Luaces, J., La nobleza hispana y los libros iluminados (1400-1470). Corona de Castilla, dans La Memoria de los libros : estudios sobre la historia del escrito y de la lectura en Europa y América, Salamanca, 2004.
La présence de ce manuscrit en Espagne est-elle une coïncidence au vu des "exploits" d'Alain de la Houssaye en ce pays ?


Gisant d'un seigneur de la Houssaye dans l'église Saint-Jean de Saint-Maden (Côtes-d'Armor)
Source photographique : TopicTopos


Autre gisant de Saint-Maden
Source : Ministère de la Culture








Armoiries d'Alain de la Houssaye sur le site Tudchentil (Amaury de la Pinsonnais) [Lien]
Histoire de la famille de la Houssaye (Amaury de la Pinsonnais) [Lien]



Merci à Martin Sartorius, Laurent Brun. 
Aux amis de la liste Noblesse bretonne
A Charles Faulhaber (Berkeley)

Description du manuscrit en ligne sur le site de la BNE :
[Lien]

  

mardi 29 avril 2008

Le manuscrit des Coutumes de Bretagne de Jullien Chauchart


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de bibliologie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

mardi 15 avril 2008

Sources pour l'Histoire de Bretagne

La riche et prestigieuse Bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence conserve sous la cote 648 (265, R.241) un précieux recueil de pièces sur la Bretagne médiévale, dont voici une brève description: 
Papier. 164 feuillets. 280 × 200 mm. XVe siècle (fin)
f. 1. Liste des évêques de Bretagne, en latin et en français
« Archiepiscopus Turonensis, — Mans, — Angiers, — Dol, — Saint-Malo, — Saint-Briou, — Lentriguier, — Léon, — Cornuaille, — Vennes, — Nantes, — Rennes, suffraganei ipsius. » Suit immédiatement: « Après ce que Charlemaigne eust conquis le pays de Bretaigne, il le divisa en quatre contés ... La quatriesme conté estoit la conté de Cornuaille. »
f. 2. Histoire abrégée de Bretagne
« Britania enim antiquitus per Frisones et Gothos fuit in vastum redacta, ante beati Sansonis adventum ... Ubi monasterium Doli est nunc situm. » (1 p. 1/2). — Puis en français: « Au temps du roy Dagobert, filz du filz de Clovis, saint Judicael ... » — Fin, f. 9: « ... Et après eulx, Artur, leur oncle, fit hommaige, et après luy François le dernier. »
f. 10. « Item dominus non debet ad alium transferre feudum, sine voluntate vassali ... Es quibus dominus debet amittere proprietatem. »
f. 11. Notice sur « Pierre Mauclerc, duc de Bretaigne » (25 lignes)
f. 15. Réponses du duc de Bretagne aux « entreprises, offenses et attemptaz » qu'on lui imputait envers le Roi. 1384; avec les difficultés faites contre ces réponses : « Comme le Roy nostre sire, par grant et meure deliberation... » — « Par le Roy, en son conseil, Lamy. Collation est faicte. Budé ». Index.
f. 51. Remontrance de l'évêque de Nantes, au sujet de la régale: Commence : « Pour remonstrer par révérend Père en Dieu messire Guillaume de Malestroit, évesque de Nantes, que le régalle et territoire de l'esglise de Nantes ne est subjet au duc, ne à aucun prince temporel ... » — Fin : « ... Laquelle est entièrement de mot à mot insérée en icelle lettre. »
f. 75. « S'ensuivent les responces mises sur les articles par le conseil du duc, en la manière que s'ensuit » C'est une réponse à la pièce précédente, suivie de nombreux actes sur la même affaire. La dernière pièce est un acte de S. Louis : « Actum in villa nostra Andegavensi, anno Domini millesimo CCo tricesimo primo. »

Sur ce manuscrit voir F. Duine, Métropole, p. 182-183.
 
Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence 
Site web [Lien]

dimanche 16 mars 2008

Peintres et enlumineurs à Guingamp à la fin du XVe s.


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de biblilogie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

samedi 15 mars 2008

La bibliothèque du chapitre cathédrale de Tréguier (1491)


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de biblilogie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

vendredi 14 mars 2008

Henri Bohic, et le receveur Yves de Cleder ...


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de biblilogie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

samedi 8 mars 2008

Pierre Geraut et son exemplaire du « Roman de la Rose » (ms Paris Bibliothèque Sainte-Geneviève 1127)


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de biblilogie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

Les « Coustumes de Bretaigne » de Guillaume Davy


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de biblilogie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

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