P E C I A : Le manuscrit médiéval ~ The medieval manuscript

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Bibliologie bretonne

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi 6 mars 2010

Un manuscrit du tésorier de l'église de Saint-Brieuc, Even Guillou (XVe s.)

Le manuscrit Theol. foL. 104 de la Deutschen Staatsbibliothek de Berlin, un exemplaire des commentaires de Pierre de Tarentaise ( Innoncent IV) sur les Sentences de Pierre Lombard, comprend 158 f de 190 x 130 mm. Une note datée 1384, et un passage en vieux-flamand, semble-t-il, montre que ce manuscrit a bien voyagé :

Par la suite, ce manuscrit fut vendu : "iste est quartus petri precio XL° sol." (f. 158), pour appartenir enfin au trésorier de l'église de Saint-Brieuc, suivant l'inscription (XVe s.) du f. 5 :
Iste liber est Eueni Guilloti thesaur[arii] ecc[lesi]e briocen[sis]

Source : V. Rose, Handschriften-Verzeichnisse der Königlichen Bibliothek zu Berlin, Lateinischen Handschriften, II, Berlin, 1901, p. 293, n° 442.

mercredi 8 avril 2009

Le « Maître du Policratique de Charles V », un enlumineur breton ?


François Avril, dans une belle étude sur Le parcours exemplaire d'un enlumineur à la fin du XIVe s. : la carrière et l'oeuvre du maître du Policratique de Charles V (1) a relevé au chapitre des relations professionnelles de l'artiste, « ses liens avec les copistes des manuscrits qu'il fut amené à illustrer, liens qui, dans un cas au moins, semblent avoir débouché sur un véritable partenariat. Trois noms de copistes méritent à cet égard de retenir notre attention, car tout trois étaient manifestement d'origine bretonne : il s'agit d'Yvon Lhomme, copiste du bréviaire-livre d'heures de Jean Pastourel (Paris BnF Lat. 14279), de Raoul Tainguy, copiste d'un Jeu des échecs moralisés (Paris BnF Fr. 2148), et surtout Jean Cachelart, avec lequel le Maître du Policratique semble avoir entretenu à la fin de sa vie des liens suivis puisqu'ils intervient dans au moins trois manuscrits signés ou attribuables à ce scribe. Cette collaboration répétée avec des copistes d'origine bretonne tient-elle à une communauté d'origine ? »

Pour conforter l'idée avancée de la possible origine bretonne du Maître du Policratique, signalons au moins deux autres copistes bretons oubliés dans la liste des oeuvres données par François Avril : Henri du Trévou (Bible en français, London BL Lansdowne 1175, possédé par Jean de Berry), et Henri Bossec, de Plovan au diocèse de Quimper (Paris Sainte-Geneviève, ms 34-36, Nicolas de Lyre, Postilles sur les livres de l'ancien et du nouveau Testament)


Jean de Salisbury, Le Policratique.
Traduction française de Denis Foullechat Pour Charles V (1372). Copié par le breton Henri du Trévou et Raoulet d'Orléans.
(c) Paris, BnF Fr. 24287 f 2.
Source photographique : Paris BnF


(c) CNRS/IRHT/ Bibliothèque Sainte-Geneviève
Manuscrit 35, f. 1. Maître du Policratique de Charles V


(c) CNRS/IRHT/ Bibliothèque Sainte-Geneviève
Manuscrit 34, f. 1. Maître du Policratique de Charles V
Copié par Henri Bossec, de Plovan
Source photographique : Liber Floridus
Bibliothèque Sainte-Geneviève [Lien]


(c) IRHT/CNRS / Médiathèque Caccano d'Avignon. Ms 207.
Livre de prières du cardinal Pierre de Luxembourg (1386)
Source photographique. Base Enluminures


Note
(1) In De la sainteté à l'hagiographie. Genèse et usage de la Légende dorée. Etudes réunies par Barbara Fleith & Franco Morenzoni, Droz, 2001, p. 265-282.

Biblio sur ARLIMA

mardi 7 avril 2009

Le chevalier breton Alain de la Houssaye et son manuscrit du Roman de la Rose


Monseigneur ALAIN DE LA HOUSSAYE fut, suivant Froissart, un des chevaliers bretons qui se distinguèrent à la bataille de Cocherel, en 1364. Il suivit, en 1366, Bertrand du Guesclin en Espagne, et se trouva à l'attaque de la ville de Birviesca, où il eut les deux bras rompus. Il accompagna aussi du Guesclin dans sa seconde expédition en Espagne, et combattit, en 1369, à la bataille de Montiel. D'Argentré prétend que ce fut dans la tente d'Alain de la Houssaye qu'Henri de Transtamare tua son frère D. Pedro ; mais Froissart raconte que la lutte entre les deux frères eut lieu dans la tente d'Yvon de Lakonet ou de Lescouët, gentilhomme breton. Les auteurs espagnols, favorables au roi D. Pedro, placent cette scène dans la tente même de Du Guesclin ; mais leur récit, peu favorable à ce grand capitaine, n'a pas prévalu. Alain de la Houssaye guerroya ensuite en France en 1371 et en 1378, et s'empara, avec Maurice de Trésiguidy, Alain de Saint-Pol et Guillaume de Montauban, capitaines bretons, de la ville de Cadillac, en Gascogne. Il figure avec un autre chevalier et vingt et un écuyers dans une montre reçue le 17 novembre 1373, à Valognes. Son sceau, apposé à une quittance de ses gages du 20 novembre de la même année, représente un échiqueté d'argent et de sable, avec une bordure. Supports : deux léopards. On le trouve mentionné avec la qualité de capitaine de Rennes, au nombre des chevaliers qui ratifièrent le traité de Guérande, le 1er mai 1381. Il était frère d'Eustache de la Houssaye, un des quatre maréchaux nommés, en 1379, par la noblesse de Bretagne, pendant l'absence du duc, pour repousser l'invasion française.
(De Couffon de Kerdellech, Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, t. II, Nantes  Paris, 1878, p. 241)

Eustache de la Houssaye, compagnon d'armes de Duguesclin, et l'un de ses plus braves lieutenants, naquit vers 1340, vraisemblablement en Saint-Maden, près Diñan, comme le pensent quelques écrivains. D'autres, il est vrai, et Ogée est de ce nombre (v. Saint-Martin), le font naître dans la commune de Saint-Martin-de-l'Oust, près Ploërmel. Mais, ce qui nous porte à croire qu'Ogée a commis ici une de ces erreurs qui lui sont si fréquentes en matière de noms de lieux et de personnes, c'est que toutes les alliances d'Eustache de la Houssaye étaient avec les familles des Saint-Pern, des Du Buat, des Lanvallay et autres du pays de Dinan, et qu'il figure lui-même dans les monstres de Dinan et aux serments des nobles de cette ville. (D. Lobineau, passim). Enfin, dans la chronique gothique de la famille de Saint-Pern, Eustache est qualifié de seigneur de Ranléon [en Quedillac), et dudit heu de La Houssaye, ce qui donnerait lieu de croire qu'il était puîné ou cadet de la maison de La Houssaye, et que, par suite de son mariage, ou pour toute autre cause, il se serait fixé dans ses propriétés ou sur le territoire de Quédillac, peu éloigné de La Houssaye, en Saint-Maden. Au surplus, il ne peut y avoir de doute qu'entre Saint-Maden et Saint-Martin-sur-Oust, car rien n'autorise à penser qu'Eustache fût né dans aucun des lieux appellés aussi La Houssaye, dans les communes de Gaël, Parthenay, Plédran, Nozay, Plestan près Jugon, Saint-Alban, Trédaniel, etc. La première circonstance où l'histoire mentionne La Houssaye, c'est la bataille de Coche- rel (mai 1364) où, sur l'ordre de Duguesclin, il exécuta, à la tête de deux cents lances, un mouvement qui décida le succès de la journée et la prise du Captal de Buch. A la bataille d'Auray, il fut un des trois chevaliers qui dégagèrent Duguesclin, renversé de cheval et sur le point de tomber au pouvoir de l'ennemi. Ayant ensuite fait partie de l'expédition des Grandes-Compagnies en Espagne, il coopéra à la prise de Maguelone et de Bervesque, et eut le bras cassé au siège de cette dernière ville, en 1367. Lorsque le connétable fit, en 1378, son expédition clé Normandie, Eustache et son parent, Alain de La Houssaye, le suivirent et l'aidèrent à s'emparer de presque toutes les places du pays...
P. Levot, Biographie bretonne, p. 113-114.

Alain de la Houssaye épousa Marguerite de Montauban,  fille d'Olivier IV de Montauban, chevalier banneret, seigneur dudit lieu, de La Gacilly, de Goneville, de Romilly, de Quinéville, de Marigny, de Tuboeuf, de Craon, de Brisolette, de La Bréchardière et autres lieux, décédé en février 1389, et de Mahaut d'Aubigné, dame de Landal et d'Aubigné, (Paris BnF FR. 22332, f. 35)

Alain de la Houssaye était un guerrier ! Pourtant il avait de bonnes lectures ... témoin cet exemplaire du Roman de la Rose, best-seller de l'époque, aujourd'hui conservé à la Biblioteca nacional de Madrid (Reserv. 5a-19). Ce manuscrit du milieu du XIVe s. porte en effet, à la fin du texte, cette note : Cest romant est messire Alain de la Houssoye, chevalier.

Manuscrit 290 x 203 mm. 159 f. Vélin. 37 lignes sur 2 colonnes. 28 miniatures. Quelques notes marginales.
f. 1. Au-dessous d'une miniature divisée en quatre panneaux :
Ci commance li romans de la Rose, ou l'art d'amours est toute enclose.
Incipit : Maintes gens dient que en songes ...
Se termine au f. 159 :
 ... est fine et pure verite
ou l'art d'amours est tote enclose;
nature rit si comme semble
quant hic et hec iouent ensemble.
Le copiste ajoute :
Detur pro pena scriptori pulcra puella.

Biblio   
La bibliothèque du marquis de Santillane, 1905, p. 369-370. 
V. Langlois, Les manuscrits du Roman de la Rose : description et classement, 1910, p. 179.
McMunn, Meradith T., Reconstructing a missing manuscript of the Roman de la Rose: the Jersey Manuscript, dans Scriptorium, 53 1999, p. 31-62
Yarza Luaces, J., La nobleza hispana y los libros iluminados (1400-1470). Corona de Castilla, dans La Memoria de los libros : estudios sobre la historia del escrito y de la lectura en Europa y América, Salamanca, 2004.
La présence de ce manuscrit en Espagne est-elle une coïncidence au vu des "exploits" d'Alain de la Houssaye en ce pays ?


Gisant d'un seigneur de la Houssaye dans l'église Saint-Jean de Saint-Maden (Côtes-d'Armor)
Source photographique : TopicTopos


Autre gisant de Saint-Maden
Source : Ministère de la Culture








Armoiries d'Alain de la Houssaye sur le site Tudchentil (Amaury de la Pinsonnais) [Lien]
Histoire de la famille de la Houssaye (Amaury de la Pinsonnais) [Lien]



Merci à Martin Sartorius, Laurent Brun. 
Aux amis de la liste Noblesse bretonne
A Charles Faulhaber (Berkeley)

Description du manuscrit en ligne sur le site de la BNE :
[Lien]

  

mardi 29 avril 2008

Le manuscrit des Coutumes de Bretagne de Jullien Chauchart

Billet à paraître dans :
Jean-Luc Deuffic
Notes de bibliologie
Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés

Pecia 7. 2008.
[ Lien ]

mardi 15 avril 2008

Sources pour l'Histoire de Bretagne

La riche et prestigieuse Bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence conserve sous la cote 648 (265, R.241) un précieux recueil de pièces sur la Bretagne médiévale, dont voici une brève description: 
Papier. 164 feuillets. 280 × 200 mm. XVe siècle (fin)
f. 1. Liste des évêques de Bretagne, en latin et en français
« Archiepiscopus Turonensis, — Mans, — Angiers, — Dol, — Saint-Malo, — Saint-Briou, — Lentriguier, — Léon, — Cornuaille, — Vennes, — Nantes, — Rennes, suffraganei ipsius. » Suit immédiatement: « Après ce que Charlemaigne eust conquis le pays de Bretaigne, il le divisa en quatre contés ... La quatriesme conté estoit la conté de Cornuaille. »
f. 2. Histoire abrégée de Bretagne
« Britania enim antiquitus per Frisones et Gothos fuit in vastum redacta, ante beati Sansonis adventum ... Ubi monasterium Doli est nunc situm. » (1 p. 1/2). — Puis en français: « Au temps du roy Dagobert, filz du filz de Clovis, saint Judicael ... » — Fin, f. 9: « ... Et après eulx, Artur, leur oncle, fit hommaige, et après luy François le dernier. »
f. 10. « Item dominus non debet ad alium transferre feudum, sine voluntate vassali ... Es quibus dominus debet amittere proprietatem. »
f. 11. Notice sur « Pierre Mauclerc, duc de Bretaigne » (25 lignes)
f. 15. Réponses du duc de Bretagne aux « entreprises, offenses et attemptaz » qu'on lui imputait envers le Roi. 1384; avec les difficultés faites contre ces réponses : « Comme le Roy nostre sire, par grant et meure deliberation... » — « Par le Roy, en son conseil, Lamy. Collation est faicte. Budé ». Index.
f. 51. Remontrance de l'évêque de Nantes, au sujet de la régale: Commence : « Pour remonstrer par révérend Père en Dieu messire Guillaume de Malestroit, évesque de Nantes, que le régalle et territoire de l'esglise de Nantes ne est subjet au duc, ne à aucun prince temporel ... » — Fin : « ... Laquelle est entièrement de mot à mot insérée en icelle lettre. »
f. 75. « S'ensuivent les responces mises sur les articles par le conseil du duc, en la manière que s'ensuit » C'est une réponse à la pièce précédente, suivie de nombreux actes sur la même affaire. La dernière pièce est un acte de S. Louis : « Actum in villa nostra Andegavensi, anno Domini millesimo CCo tricesimo primo. »

Sur ce manuscrit voir F. Duine, Métropole, p. 182-183.
 
Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence 
Site web [Lien]

vendredi 14 mars 2008

Henri Bohic, et le receveur Yves de Cleder ...

J'avais publié dans mon étude sur Henri Bohic [Lien] une quittance du célèbre juriste breton envers Yves de Cleder, receveur de Beaumont-le-Rogier, datée de 1357, dont voici la teneur:

« Sachent tuit que Je henri Bohic clerc & consiller de mons le duc dorliens cognois & confesse auoir eu e receu donorable home & sage messire yves de cleder receueur du dit signeur en sa conte de beaumont le roger. doze liures tournois pour mes despans en alant e uenant de Paris au dit beaumont pour les grans jours du dit seignour Item quinze soulz tournois pour les despans ses pour mes valles au dit beaumont des quelles sommes je me tiens pour bon poie et en quitte le dit receueur & touz ceuls a qui quictance en appartient & puet appartenir donne soubz mon seel le xvie jour doctembre lan de grace mil ccc. lij. » (1)

On trouvera sur le site Digital Scriptorium [Lien], la description et une image précieuse du manuscrit New York, Columbia University, Rare Book and Manuscript Library, Smith Documents 0104, qui est également une quittance donnée par Martin le Breton à Yves de Cleder, dit "le grant?", receveur de Beaumont, datée « le xii jour de novembre lan mil ccc lviii. »


© Columbia University Libraries

Yves de Cleder fut receveur de Beaumont dès 1333. Ch.-V. Langlois, Inventaire d'anciens comptes royaux dressé par R. Mignon sous le règne de Philippe de Valois, Paris, 1899, p. 45. Voir aussi Robert Fawtier, Comptes du Trésor, Paris, 1930, 649, 746, 758, 4197. Cleder est une paroisse de l’ancien évêché de Léon en Bretagne. Un maître Yves de Cleder affronte en jugement au Parlement de Paris son confrère Jean de Fricamps au sujet de l’administration de l’Hotel-Dieu de Jargeau, le 12 juin 1350: Furgeot, Actes du Parlement de Paris, Jugés. II, n° 9462.
Sans doute de la même famille, Guy de Cleder, chanoine de Saint-Malo et archidiacre de Dinan en 1363, docteur en droit, ayant enseigné à l’université d’Angers dont il devint doyen en 1385. « C'était un ecclésiastique éminent ... Au traité de Guérande il fut l'un des plénipotentiares de Jeanne de Penthièvre; il se rallia au duc de Montfort dont il devint un des conseillers ». Voir dans Pocquet du Haut-Jussé, Les papes et les ducs de Bretagne, p. 290sq. Guy de Cleder assista en septembre 1384 à l’inventaire fait à Guingamp des biens de la duchesse de Bretagne Jeanne de Penthièvre, dite la Boiteuse, comme conseiller « du roy et de la royne de Iherusalem et de Cecille » : A. De La Borderie, dans Revue des provinces de l’Ouest, 1854, p. 202-211. Il est nommé par ailleurs « Très honorable homme, sage et discret monsieur Guy de Cleder, docteur ès loys, priour deu prieuré de l'Ausmonerie de Saint Julien » (Château-Gontier, 1379, 1391). Voir également Michael Jones, La Bretagne ducale, PUR, 1998, p. 62n, 80, 104n; The Creation of Brittany. A Late Medieval State, 1988, p. 298.
Notes
(1) Paris BnF Pièces originales, t. 381, dossier 8392. C'est à mon jeune ami Mikaël Le Bars que je dois cette référence importante.

Liens
Digital Scriptorium : http://scriptorium.columbia.edu

samedi 8 mars 2008

Le « Roman de Otinel »: un copiste de Saint-Brieuc en 1317 ...

Otinel est une chanson de geste appartenant au cycle des romans carolingiens. Probablement composée dans la seconde moitié du XIIIe siècle par un auteur inconnu, le récit présente Charlemagne, de retour en France après la prise de Pampelune. L'empereur se disposant à revenir en Espagne, survient alors à sa cour un neveu de Ferragus, nommé Otinel, missionné par le Sarrasin Garsile (ou Marsile), maître de Rome et de la Lombardie. Il somme Charlemagne de rendre hommage et d'abjurer sa foi chrétienne. Mais un miracle retourne la situation: Otinel renie alors la loi de Mahomet. Il devient filleul de Charlemagne en épousant sa fille Belisent et, figurant au nombre des douze Pairs, il marche avec eux contre Garsile. Après la défaite de ce dernier il reçoit la couronne de Lombardie.
Parmi le peu de manuscrits de ce texte figure celui de la Bibliothèque Vaticane, Regina lat. 1616, qui porte le colophon:

« Explicit explicit, ludere scriptor eat.
Cest romanz fu fet a Seint Brioc lan de grace mil et .III. cenz et .XVII. anz »

Biblio
Paul Aebischer, Etudes sur Otinel. De la chanson de geste à la saga norroise et aux origines de la légende. Bern, Francke Verlag, 1960.
Imago Mundi

dimanche 24 février 2008

Les Heures de Guillaume Mauléon : New York Pierpont Morgan Library M515

Parmi les remarquables richesses de la prestigieuse Morgan Library de New York se trouve un Livre d'Heures breton (ms M515) assez exceptionnel dans la mesure où ce manuscrit est daté et localisé par un colophon explicite (f. 216):
 
Among the remarkable collections of the prestigious Morgan Library in New York is a fairly exceptional Breton book of hours (ms 515). It is exceptional insofar as it has a colophon on f. 216 which locates it in a specific time and place:

« Y. Lucas. L'an mil iiii et ii furent escriptes et enlumines cestes matines a la ville de Nantes. Priez pour les trespasses que dieux les face merci. Amen ». Le nom du commanditaire y est également inscrit au f. 94: « Ceste matines sont a Guileume Mauleon »

Jean Kerhervé, à qui l'on doit d'importants travaux sur l'Etat breton au Moyen Age, a donné une biographie très documentée sur Jean Mauléon, trésorier de l'Epargne ( de1405? à 1444), personnage susceptible d'être le fils de Guillaume.

Jean Kerhervé, who has made many important contributions to the study of Brittany in the Middle Ages, has written a very detailed biography of Jean Mauléon "trésorier de l'Epargne" (savings treasurer) (1405?-1444). Jean is perhaps the son of Guillaume.
 
Cette famille de marchands qui apparait à Nantes dès 1348 doit-elle être rattachée à l'illustre maison poitevine de ce nom? Cela n'a pas encore été établi.
En 1404, le jour de saint Come et saint Damien (27 septembre), mourait Guillaume Mauléon, citoyen, de Nantes, civis Nannetensis, qui, par les mains de noble homme Guillaume Piédru, également citoyen de Nantes, civis similiter Nannetensis, donnait à la Collégiale Notre-Dame de Nantes soixante écus d'or à la couronne, devant servir à l'achat de cinquante sous de rente, pour la fondation de deux anniversaires. Ce Guillaume Piédru avait épousé Jeanne Mauléon, qui le rendit père de: 1) de Pierre, successivement chanoine de N.-D. et évêque de Tréguier, puis de Saint-Malo; 2) d'Agaisse (ou Agace, Agathe), qui, mariée à Jehan Chauvin, devint mère du célèbre Guillaume Chauvain, chancelier de Bretagne. (Sources: La Nicollière, Collégiale de Nantes, dans Bulletin de la Société archéologique de Nantes, 2, 1862, p. 218. Illustration: sceau de Jean Mauleon, publié par Dom Morice. Potier de Courcy donne comme armes: "de gueules au lion d'argent")
Ainsi Guillaume Mauléon fit exécuter ce Livre d'heures à Nantes seulement deux ans avant sa mort. Sur l'enluminure à Nantes on consultera bien évidemment l'étude de Eberhard König, Un atelier d’enluminure à Nantes et l’art du temps de Fouquet, dans Revue de l’art, 35, 1977, p. 64-75
Concernant le copiste, relevons qu'un Yves Lucas, peut-être de la même famille, est attesté à Nantes. En 1365, le 31 janvier, il fonde à l’aumonerie de Toussaints (d’où l’invocation des Trépassés dans le manuscrit?), située sur les ponts, une chapellenie, et pour servir à l’entretien et à l’existence du desservant, constitue un petit patrimoine en rentes foncières, stipulant que ce temporel serait distinct de celui des pauvres. Voir Annales de la Société académique de Nantes, 1873, p. 138; 1879, p. 431.

Is this merchant family, who first appear in Nantes in 1348, somehow related to the illustrious Poitou house of the same name? This is not yet known. In 1404, on the feast of SS Come and Damien (27th September), Guillaume Mauléon, died. He was a citizen of Nantes, civis Nannetensis, who, through the nobleman Guillaume Piédru, also citizen of Nantes, civis similiter Nannetensis, gave the Collégiale Notre-Dame de Nantes sixty gold crown écus, to serve as the purchase of 50 sous for the foundation of two anniversaries. Guillaume Piédru was the husband of Jeanne Mauléon, and the father of: 1) Pierre, canon of Notre-Dame and bishop of Tréguier, then of Saint-Malo; 2) Agaisse (Agace, Agathe), who, married to Jehan Chauvin, would be the mother of the famous Guillaume Chauvain, chancellor of Brittany. (Sources: La Nicollière, Collégiale de Nantes, in the Bulletin de la Société archéologique de Nantes, 2, 1862, p. 218. Illustration: Jean Mauleon's seal, published by Dom Morice. Potier de Courcy's coat of arms: "de gueules au lion d'argent".
As for the copyist, a certain Yves Lucas, perhaps from the same family, can be found in Nantes. In 1365, on the 31st January, he founded in the "aumônerie de Toussaints" (All Saints) (perhaps the references to the dead in the manuscript refers to this?), sited on the bridges, a chaplaincy, and, in order to pay for the upkeep and existence of the incumbent, a small capital of land rents, stipulating that this temporal be distinct from that for the poor.

Description du manuscrit
Vélin. 216 f. 140 x 100 mm. 12 longues lignes. Textura. 11 miniatures à mi-page. Reliure française XVIe siècle avec les instruments de la Passion et les initiales F.D.D.
f. 1-12v. Calendrier nantais: Felix (8 janvier, évêque de Nantes, en lettres d'or), Guildas (31 janvier, saint Gildas), Guinolay (3 mars, Guénolé, fondateur de l'abbaye de Landévennec), Quiriace (4 mai, saint Quiriac, évêque de Nantes), Yves (19 mai), Donacien (24 mai), Tugdal (7 juin, saint Tugdual), Sambin (17 juin, saint Similien, évêque de Nantes), Herue (18 juin, saint Hervé), Méen (21 juin), Gohard (25 juin); Cler evesque (10 octobre, saint Clair, évêque de Nantes), Chorentin (12 décembre, saint Corentin), etc. 
La signature « Yvo Luce » au f.12v.
f. 13-19v. Séquences évangéliques.
f. 20-20v. Blanc. Ex libris de « Marianne Mazerie ».
f. 21-94. Heures de la Vierge à l’usage du diocèse de Nantes. Les incipit des matines et des complies manquent, sans doute avec les miniatures associées.
f. 94. Signature de « Lucas ». Inscription effacée : « Ceste matines sont a Guileume Mauleon. »
f. 95. Psaumes pénitentiels.
f. 111. Litanies où prédominent les saints nantais: Parmi les martyrs, sancte Goharde, saint Gohard, et ses compagnons, martyrisés par les Normands dans la cathédrale de Nantes, pendant la messe, le 24 juin 843); Calir, Felix, Rogatian (Rogatien & Donatien, les deux martyrs nantais dont le culte s'est répendu dans toute la Gaule occidentale), Similian (Similien, évêque de Nantes: " Apud urbem vero Namneticam duo sunt martyres pro Christi nomine jugulati. Quorum unus Rogatianus, alter Donatianus est vocitatus. Habetur ibi etiam et Similinus magnus confessor ". Grégoire de Tours, Le livre des miracles, cap. LX), Paschaii  (Pasquier, évêque de Nantes au VIIe s., donné comme fondateur du monastère d'Indre), Chorentine (saint Corentin, l'évêque de Quimper), Brioc (Brieuc), TudgualePaburti (autre nom de saint Tugdual?), Maclovi (saint Malo), Macute (autre nom de saint malo), Vingolae (Guénolé), Gildasi, Sanson, Yves, ...
f. 125. Heures de la Croix
f. 130v. Heures du saint Esprit
f. 135. Heures de la Trinité
f. 140v-141. Lacune. (manque sans doute une miniature de la Vierge)
f. 141. Obsecro te (forme masculine)
f. 145. O intemerata (forme masculine)
f. 150v. Signature « Lucas »
f. 151-152v. Blanc
f. 153. Office des morts à l’usage de Nantes.
f. 216. Fin et colophon: "Y. Lucas. L'an mil iiii et ii furent escriptes et enlumines cestes matines a la ville de Nantes. Priez pour les trespasses que dieux les face merci. Amen."

PML_M515_f._130v.JPGDécoration attribuée au "Maître du Couronnement de la Vierge" (vers1402-1404), enlumineur français nommé ainsi d’après la miniature d’un manuscrit de la Légende dorée (Paris BnF Fr. 242). Meiss a réuni un corpus des oeuvres de cet artiste, parmi lesquelles le manuscrit d’Yves Lucas, quelques miniatures d’une Bible historiale mentionée dans l’inventaire de Jean, duc de Berry, en 1402 (Paris BnF Fr. 159), un exemplaire de la "Fleur des histoires de la terre d’Orient" d’Hayton de Courcy (Paris BnF Fr. 12201). Philippe De Winter rejette cette désignation du "Maître du Couronnement de la Vierge" et préfère adopter le nom de "Maître du Livre des femmes nobles et renommées". Selon Meiss, dans le ms M515, les miniatures de la Crucifixion (f. 125) et celle du Dieu de pitié (f. 130v) sont de la main même du maître. Ces enlumineurs sont donnés comme issus d’un atelier parisien, peut-être donc des artistes itinérants. (Illustration: (c) New York Pierpont Morgan Library. M515. f. 130v, détail.

The decoration is attributed to the "Master of the Coronation of the Virgin" (c. 1402-1404), a French illuminator thus named after a miniature in a manuscript of the Golden Legend (Paris BnF fr. 242). Meiss has brought together a group of works by this artist, among which is the Yves Lucas manuscript, some miniatures from a Bible historiale mentioned in an inventory of Jean duke of Berry in 1402 (Paris, BnF fr. 159), an example of the "Flower of histories of the Orient Lands" by Hayton de Courcy (Paris BnF fr. 12201). Phillipe de Winter rejects the title of the "Master of the Coronation of the Virgin" and prefers instead to use "Master of the Book of Noble and Renowned Ladies". According to Meiss, in M515 the miniatures of the crucifixion (f. 125) and that of the God of pity (f. 130v) display the hand of this artist, who seems to have come from a Parisian workshop, perhaps of wandering artists. (Illustration: (c) New York Pierpont Morgan Library. M515. f. 130v, detail).

Au sujet du nom de Mazerie (f. 20). Au XVIIIe s., la famille Mazeri demeurait à Olivet, dans le Loiret. Esprit Mazeri, était le fils de Pierre Mazeri (1710-1778), maitre chirurgien, et de Marie-Anne Mounoury (1701-1762). Il décéda après 1756, et eut un frère, nommé Pierre Mazeri (1733-1776). Son grand-père, Antoine Mazeyrie (décédé avant 1734), marié à Antoinette Delpesche, était originaire de Vayrac, en Quercy, ancien diocèse de Cahors. Le nom a évolué de "Mazyrie" à "Mazerie" (ou Mazéri)

About the surname Mazerie (f. 20). In the 18th century, the Mazeri family lived in Olivet, in the Loiret. Esprit Mazeri, was the son of Pierre Mazeri (1710-1778), master surgeon, and of Marie-Anne Mounoury (1701-1762). He died after 1756, and had a brother, Pierre Mazeri (1733-1776). His grandfather, Antoine Mazeyrie (who died before 1734), married Antoinette Delpesche, and was originally from Vayrac, in Quercy, formerly the diocese of Cahors. The name changed from "Mazyrie" to "Mazerie" (or Mazéri).

Biblio : Jean KERHERVE, Jean Mauléon, trésorier de l'épargne: une carrière au service de l'Etat breton, dans "Actes du 107e congrès national des sociétés savantes". Section de philologie et d'histoire jusqu'à 1610 (Brest, 1982), 2, 1984, p. 161-184.
Annexes: 1) transaction de septembre 1442 entre Jean Mauléon et le Duc de Bretagne François Ier lors du procès de Mauléon (BM Nantes, ms. 1693); 2) première des 5 réponses aux 5 appels interjetés par l'héritier du trésorier de l'Epargne lors du procès de Mauléon et reproduites dans un cahier de v.1467 intitulé: « Ce sont les mémoires, reasons et avertissemens baillez des gens de la Chambre pour la soustenue de leur sentences contre Mauléon » (AD Loire-Atlantique, E 204/26).
B. MARTENS, Meister Francke, Hambourg, 1929, p. 192-193, n° 241.
Millard MEISS, French painting in the time of Jean De Berry: the Limbourgs and their contemporarie, [London], Phaidon; New York, George Braziller for the Pierpont Morgan Library, 1974, p. 104, 336, 383; figure 412.
C. STERLING, La peinture médiévale à Paris, I, Paris, 1987, p. 273-279.
H. COLENBRANDER, The Limbourg brothers, the miniaturists of the Tres Riches Heures du Duc de Berry? dans Masters and miniatures. Congress on medieval manuscript illumination in the northern Netherlands, edited by Koert VAN DER HORST and J.-C. KLAMT. Doornspijk, Davaco, 1991, p. 114.
London, Sotheby’s, 29 novembre 1990, lot 134, p. 228 (manuscrit mentionné)
Allen S. FARBER, Considering a Marginal Master: The Work of an Early Fifteenth Century Parisian Manuscript Decorator, dans Gesta , 32, 1993, p. 21-39.
London, Sotheby’s, 22 juin 1993, lot 96, illus.
Maurits SMEYERS, Een Getijden- en Gebedenboek van Jacoba van Bieren?, dans Miscellanea Martin Wittek: Album de codicologie et de paléographie offert à Martin Wittek, Anny RAMAN & Eugène MANNING, ed., Louvain, 1993, 301 n. 20.
London, Sothbey’s, 21 juin 1994, lot 110 (M 515 mentionné).
Jane TURNER, The Dictionary of Art, 1996, p. 652.
London, Sotheby’s, 6 juillet 2000, lot 78.
Stephanie BUCK, An Approach to Looking at Eyckian Drawings, dans Investigating Jan van Eyck, Susan FOISTER et al., ed., Turnhout, 2000, p. 183-195 (190, fig. 8)
François BOESPFLUG, La Trinité dans l’art d’Occident (1400-1460): Sept chefs-d’oeuvre de la peinture, Strasbourg, 2000, fig. 2.
Dijon, Musée des Beaux-Arts, & Cleveland, Museum of Art, Les Princes des fleurs de lis: L’art à la cour de Bourgogne. Le mécénat de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur (1364-1419), Paris, 2004, 81, n° 24, illus.
Diane BOOTON, Notes on Manuscript Production and Valuation in Late-Medieval Brittany, dans The Library, 7/2, 2006, p. 127-153 (p. 142, note 56, p. 148, note 74)

Description du manuscrit M 515 (avec bibliographie) sur le site CORSAIR [Lien] de la Pierpont Morgan Library [Lien].

Merci à Diane Booton pour son relevé du calendrier, à Jean Kerhervé pour ses informations, à Nicholas A. Herman (Curatorial Assistant Department of Medieval and Renaissance Manuscripts, Morgan library) pour son aide.

Texte publié - avec quelques additions -  dans :
Jean-Luc Deuffic, Notes de biblilogie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia 7 [Lien].

- page 1 de 3