Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript

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jeudi 26 août 2010

Pierpont Morgan Library 129 et 176, British Library Stowe 25, etc : Nicolas Le Camus, notaire et bibliophile, admirateur de Ronsard ...


Un patronyme pourtant bien ordinaire ... que ce LE CAMUS ...
La consultation du catalogue CORSAIR de la Pierpont Morgan Library (une des légendaires "malles au trésor" de New-York) m'a révélé le nom de NICOLAS LE CAMUS (*) sur deux manuscrits qu'elle conserve : les 129 et 176, un Livre d'heures et un psautier.

Le premier, un Livre d'heures à l'usage de Rouen, porte encore sur sa reliure ancienne le nom de IEHANNE | FORTIN qui fut sa seconde (ou 3eme) femme. A l'intérieur, une note datée de 1578 : "Appo[r]téées de prouins (1) et a moy baillées par la veufe* de bondis", et une marque d'appartenance "Heures de n[ot]re Dame. Marguerite Lecamus // espouse de Mr Leonor de st leu notaire au ch(ate]let (2).

[ Voir description sur le site de la Pierpont Morgan Library ]

Le second (176) est un psautier de la fin du XIVe siècle, mesurant 180 x 120 mm. La reliure - comme celle du premier manuscrit -  date du XVIe s. ; on y remarque les initiales de Nicolas Le Camus, notaire : "N.L.C.N".
A l'intérieur, une inscription : "A moy scripteur de l'uniuersite et not[aire] en cha[te]llet Lecamus, 1562". Le nom de "Elizabeth Lecamus" s'y trouve aussi. 

[ Voir description sur le site de la Pierpont Morgan Library ]

Un autre Livre d'heures ayant appartenu à Nicolas Le Camus se trouve actuellement à la British Library, Stowe 25, Livre d'heures dont la décoration est attribuée au cercle du "Maître de Coëtivy".
Parmi les diffèrentes inscriptions :
"A moy Lecamus noter. .1592. .27. figures. 221 feuilles escripts"
"Apres le deces de feue madame et mere / que dieu absollet. qui fut en juillet .1595. // Ce livre me fut doné par mr et pere affin de prier dieu po(ur) tous deux. // Catherine LeCamus"


"Ce livre a este donne par. Lecamus noter a Catherine Lecamus fille de luy et de feux Jehanne Fortin deceddee le xe. juillet .1595. / que dieu absolue affin de y prier dieu po(ur) tous deux. C. Lecamus' (f. 224), and
"A Catherine Lecamus sa fille 1595" 
La reliure ancienne porte le nom de Nicolas Lecamus.
Catherine Le Camus épousa le notaire Gilles LE SEMELIER qui exerça à Paris, entre 1604 et 1625, rue aux Ours, dans la paroisse Saint-Leu-Saint-Gilles (ETANOT). Elle mourut avant 1611, date du remariage de Gilles Le Semelier avec Madeleine Sauvage (+ 1628), ce dernier épousant avant 1638 Marguerite Morice, mère de Martine (15 ans), Charles l'aîné (12 ans), Charles le jeune (9 ans) [ acte en ligne ]

[ Images et description sur le site de la British Library ]


Pour poursuivre avec les Livres d'heures de Nicolas Le Camus signalons celui de la Bibliothèque du Musée Condé à Chantilly, manuscrit 81. Il porte la date de 1576, époque de la reliure où Nicolas Le Camus fit mettre son nom, et à l'intérieur les armes d'un premier possesseur non identifié : d'or à la croix échiquetée d'argent et d'azur, cantonnée de quatre lions de sable armés de gueules. Au feuillet de garde on peut lire l'inscription suivante : « A Madeleine Le Camus, maintenant épouse de messire Henry Duport, procureur au Châtelet » ; puis une autre, postérieure : « Ce livre appartient à Antoine-Philbert Chibert, mon petit-nepveu et filleul, à quy je le donne et le prie de le garder en mémoire de moy. Anne de Sainct-Leu ». Issu de l'ancienne Collection Cigonge, n° 54 [ En ligne ]. Voir : J. Meurgey, Les principaux manuscrits à peintures du Musée Condé à Chantilly, 1930, p. 152-154 et pl. CIV.

[ Description sur le catalogue en ligne de la Bibliothèque du musée Condé de Chantilly ]

Autres Heures possédées par Nicolas Le Camus : Paris, BnF Lat. 17965, fragment  de 34 f. portant la mention "Lecamus notaire 1599", et cette inscvription : "moy soubzsigné notaire ou chastellet, garde du petit scel du pallais et scripteur de l'université. Le Camus 1597". Sur la reliure deux médaillons formés par des rameaux de feuillages au milieu desquels on lit d'un côté "NICOLAS" et de l'autre "LE CAMUS". Voir Monuments et Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, année 1946.

Dans ce contexte on lira avec beaucoup d'intérêt la notice que François Avril consacre aux Heures de Jean Lallemant l'Ainé (+ 1533) dans Les manuscrits à peintures, p. 312-313. Ce manuscrit, illustré en autres par le célèbre Jean Poyet, possédé par Nicolas Le Camus, est aujourd'hui dispersé entre plusieurs bibliothèques :
- Londres, British Library Add. 39641 (41 f)
- Baltimore, Walters Art Gallery, w 459 (33 f.). Voir Lilian M.C. Randall, Medieval and renaissance Manuscripts in the Walters Art Gallery, volume II, part 2, n° 206, p. 501-509.
- Quatre miniatures figuraient sous forme de feuillets séparés à la vente Firmin-Didot de 1884
- Cambridge, Fitzwilliam Museum, Marlay Cutting, Fr. 7 : une miniature
- Une miniature à la vente Bonaventure, du 9 mai 1936 (lot 376) à New York, American Art Association

Enfin pour terminer (mais je suppose qu'il en existe d'autres ...) une "Note de Mme Olga Rojdestvenskaïa sur des manuscrits à peintures de la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg", publiée dans les Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 69, 1925, p. 186, fait état d'un imprimé de Vérard portant en ex libris la "signature de Lecamus, notaire, demeurant rue Saint-Séverin, à Paris, en 1591, qui le donna à sa femme Jeanne Fortin; il appartenait encore à une demoiselle Lecamus en juillet 1790". Je n'ai pu encore consulter l'année 1946 des Monuments et Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui font mention d'autres manuscrits de Nicolas Le Camus ...

Toute l'activité notariale de Nicolas Le Camus se trouve aux Archives Nationales, à Paris, et la base de données ETANOT nous en décrit les grandes lignes, avec des informations biographiques sur notre bibliophile :

Dates d'exercice : du 9 décembre 1553 au 28 décembre 1608.

1) marié en premières noces à Anne d'Espoigny (3) (voir ET/XXIII/179, 4 avril 1569, inventaire après décès d'Anne d'Espoigny, épouse de Nicolas Le Camus)

2) marié en secondes noces à Marie Le Roy (voir ET/VIII/578, folio 76, 25 janvier 1611, contrat de mariage de Gilles Le Semellier, notaire, et Madeleine Sauvage, en présence de Marie Le Roy, veuve de Nicolas Le Camus et belle-mère du futur époux, à cause de Catherine Le Camus, femme défunte dudit futur époux)

3) marié en troisièmes noces à Jeanne Fortin (voir ET/CXXII/1596 folio 24, 19 décembre 1618, échange de la moitié d'une maison entre Jeanne Le Camus et Louis Duport son mari, d'une part, et Paul Chenevix, d'autre part, cette partie de maison provenant de l'héritage de défunts Nicolas Le Camus et Jeanne Fortin, sa femme)

Ses manuscrits et quelques textes nous apprennent que Nicolas Le Camus obtint le 21 septembre 1572 son office de "garde du scel" par "Monsieur de Thou maistre des Requestes" (Jacques Auguste de Thou, le bibliophile bien connu : voir le Blog du bibliophile). 


Un admirateur de Ronsard


Nicolas Le Camus fut un fervent admirateur de Ronsard. C'est ainsi qu'en 1580 il fit imprimer à ses frais :
Les figures et portraicts des Sept Aages de l'homme, avec les subjects par quatrains de feu Mons. de Ronssart, au pied de chacun d'iceulx. Taillez et gravez sur les principaulx inluminez de feu M. Baptiste Pellerin.— Paris, 1595. Pour N. L. C. N.
In-fol. oblong. La dernère estampe porte : "Parachevez de taillez et graver en décembre 1580. Pour Nicolas le Camus, notaire".
Une autre édition sortit en 1609 des presses de l'imprimeur parisien Jean Leclerc.
(Exemplaire à Paris, BnF Z 3349)
L'inventaire après-décès de sa première épouse, Anne d'Espoigny (Paris, AN ET/XXIII/179), dressé le 4 avril 1569 énumère une liste de tableaux (de Jean Cousin, par ex.) naguère relevée par G. Wildenstein, "La collection de tableaux d'un admirateur de Ronsard", dans Gazette des beaux-arts, janvier 1958, p. 5-8. [ étude non vue ]
Au reste on doit à Nicolas Rapin (1535-1608) [ lien Wikipedia ] une "Autre Elégie à M. Le Camus Parisien", publiée dans Les Plaisirs du Gentilhomme champestre, Paris, Lucas Breyer, 1581, f. 25r-28v [ En ligne ], qui se termine :
 
Mais afin de te faire auoir en ton estude
Comme un doux souvenir de l'amour fraternel
Qui est entre nous deux beaucoup plus eternel
Et plus digne cent fois que ma musique rude.


NOTES

(*) A ne pas confondre avec un homonyme, conseiller au Grand Conseil, procureur général de la Cour des aides de Paris, conseiller d'État en 1632.

(1) Cette allusion à Provins peut être significative. François Pesloe, "notaire et secrétaire du roi, bailly de son artillerie, et élu de Provins" était inhumé aux Célestins de Paris. Milin, dans ses Antiquités Nationales, y a relevé cette inscription : " ... a été apposé à la mémoire du defunt, en septembre 1577, par Nicolas Camus, son cousin, notaire du roi au Châtelet, garde du scel au baillage du palais, et naguère scripteur de l'université". Le Livre d'heures de la Pierpont Morgan Library émane peut-être de la succession du notaire de Provins. Olivier de Magny, dans une de ses Odes s'adresse "A François Pesloe, sur la mort d'une sienne soeur". Voir Olivier de Magny. Les trois premiers livres des Odes de 1559, éd. F. Rouget, Droz, 1995. Sa "bibliothèque" ( 17 titres) est inventoriée dans Paris, AN ET LIV, l. 86, en date du 2 janvier 1576 (Maison de la rue des Poulies). Voir Hélène Michaud, "Les bibliothèques des secrétaires du roi au XVIe siècle", dans Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 126, 1968, p. 333-376.

(2) Marguerite mourut avant 1627, année d'un bail fait par Léonor de Saint-Leu, "agissant comme tuteur des enfants qu'il a eu de défunte Marguerite Le Camus". Le notaire du Châtelet Leonor de Saint-Leu (voir pour son étude, ETANOT), porte un prénom qui tire son origine du saint breton Lunaire, dont les reliques furent déposées à Beaumont-sur-Oise à l'époque des invasions normandes en Bretagne, vers le début du Xe s. Fils de Noël de Saint-leu, Il possédait le fief de La Neuville, sis à Beaumont (Archives Départementales Oise, A 1438 et 1439). En 1529, Jean de Saint-Leu, devenu lieutenant particulier du bailli de Beaumont, résigna son office de notaire au profit de Nicolas son fils. Compte-tenu des dates, il ne peut s'agir ici de notre Nicolas bibliophile.

(3) Peut-être apparenté à Gilles d'Espoigny, notaire au Châtelet vers 1550, époux de Marie Dain.

Crédit image :
Pierpont Morgan Library
British Library
Paris, Bibliothèque nationale de France


mercredi 21 juillet 2010

Maitre Gui D'Avenel, conseiller au Présidial du Mans (ca 1570), à propos d'un Livre d'heures ...

A la vente de Montignac-Lascaux du 24 août prochain, l'étude Galateau disperse un très bel ensemble d'où ressortent plusieurs pièces exceptionnelles, incunables et manuscrits.
Le lot 647 est un Livre d'heures à l'usage de Rome du XVe siècle dont l'enluminure est attribuée au Maître de Jean d'Albret, nommé ainsi d'après deux incunables parisiens qui lui étaient destinés. 195 x 135 mm. Reliure en maroquin brun du XVIIe siècle. Dos à nerf orné. Plats ornés au centre d'une plaque dorée : Christ en croix, Marie et saint  Jean.

Au f. 74v, un ex-libris du XVIe siècle : je suis à Marguerite Bellangier femme de m. Guy Davenel
Ce dernier personnage n'est pas un inconnu. Licencié "ès-lois", il exerçait comme contrôleur des "deniers communs" du Mans en 1554 (ADS, G 88). Jusqu'en 1571 il fut conseiller au Présidial du Mans, année où il laissa sa charge à Charles Davenel, son fils. Il épousa Marguerite Bellanger, fille de Jacquine Amy et de jehan Bellanger.
Le Livre de famille de Pierre Bellenger et Marguerite de la Porte relate la naissance d'une certaine Marguerite, apparentée  : "Le XVIIIe jour de mars Mil Vc trente et huict, fut née Margarite Bellengier, à une heure après mynuit, et fut baptisée à Saint-Benoist ; parain M" Jehan Le Boucher, chanoyne de Sainct-Pierre ; mareines : Jacquine Amy, femme de Jehan Bellengier, capitaine pour le roy du navire SainctPhelippe, et Margarite Ferrault, femme de Denis Heullant",
"Il a existé dans la province du Maine une famille de Bellanger, sgr de Bizerais en la par. de Spay et du Gué, qui, le 10 mai 1599, obtint une ordonnance de confirmation de noblesse des commissaires généraux chargés du régalement des tailles, dans la personne de Nicolas Bellanger, sgr de Bizerais et du Gué" (Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, I, p. 421).
Biblio : J. Chappée, "Un Livre de famille manceau (familles Bellenger, Hoyau et Le Divin)", dans La Province du Maine, XI, 1903, p. 354-359; 378-383. Etude à partir de notes manuscrites tirées d'un Livre d'Heures imprimé, à l'usage du Mans, chez Yolande Bonhomme, en 1532.
Un acte du 31 octobre 1542 fait mention "d'honorable femme Jacquine Amy, veufve de deffunct noble Jehan Bellenger, sieur des Bizerais et du Perrigne comparant par Me Guy d'Avenel, son gendre" (ADS, E 87).
Le patronyme Davenel est très présent en Ille-et-Vilaine, dès le XVIe s.

Voir description d'après le catalogue de la vente Galateau [ Lien ]

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vendredi 9 avril 2010

Le Livre d'Heures de Jeanne du Pou


Nous avions écrit quelques lignes sur le Livre d'heures de Jeanne du Pou. Madame Sandra Hindman nous présente sur son site une très instructive vidéo de présentation de ce manuscrit, dont on trouvera une précieuse description en ligne

vendredi 18 septembre 2009

Livre d'heures

A voir quelques images d'un Livre d'heures conservé par l'American Philosophical Society. Armes non identifiées semble-t-il ...
[Lien]

samedi 25 juillet 2009

Colloquium : "Manuscript and Printed Books of Hours : Rupture and Continuity"


Colloquium
, Manuscript and Printed Books of Hours : Rupture and Continuity,
Saturday, September 19, 2009; 2:00 to 5:30 P.M; INHA (Institut National d’Histoire de l’Art), 2 rue Vivienne, 75002 Paris.
This colloquium will explore different aspects of French book production during the Age of Gutenberg between about 1485 and 1575. Between 1480 and 1600 there were some 1,775 different Horae editions printed. Then, in the middle of the sixteenth century the Catholic Church made several critical decisions, in the context of reforms following the Council of Trent, which caused the immediate decline of the Book of Hours. Two sessions explore (1) the participation of illuminators, including the Master of Anne of Brittany and Jean Pichore, in the design of woodcuts for printed Books of Hours in Paris around 1500; and (2) the legacy of early Parisian printed Books of Hours in Lyons and Rouen after mid-century. Speakers include Marie-Blanche Cousseau, Isabelle Delaunay, Severine Lepape, Caroline Zöhl, Ariane Bergeron-Foote, and Vanessa Selbach. Discussants are Eberhard König and Sandra Hindman.
Final program available after August 1 on www.lesenluminures.com.
Registration required in advance (space is limited).

Contact
Les Enluminures: info@lesenluminures.com, tel. +33 1 42 60 15 58 or Sandra Hindman: sandrahindman@yahoo.com, tel. +33 6 09 68 45 43.

mardi 25 novembre 2008

HEURES à l'usage de Reims : « The Master of Walters 219 »

La vente publique d'objets d'art du 1er décembre à Drouot (Rieunier & Associés ; expert : Chistian GALANTARIS) propose (lot 134) un magnifique Livre d'heures à l'usage de Reims. Ce superbe manuscrit fut en grande partie enluminé par le Maître du Walters 219, artiste responsable des scènes de la Nativité, de l’Adoration des mages, de la Présentation au Temple, de la Fuite en Egypte et de la majorité des suffrages à l’exception des derniers. Cet enlumineur d’origine lombarde, doit son appellation au manuscrit de Baltimore peint aux armes de Nicolas Bouesseau et de sa femme Guillemette Jacquerou (L.M.C. Randall, Medieval and Renaissance Manuscripts in the Walters Art Gallery, vol. 1, France 875-1420, Baltimore, Londres, 1989, cat. 100, fig. 189-190). On reconnaît ses rochers étagés et abruptes communs aux Heures à l’usage de Châlons-sur-Marne conservées à la Bibliothèque de Carpentras, Bibliothèque Inguebertine ms. 52 (Fr. Avril, M. Hermant, Fr. Bibolet, Très Riches heures de Champagne. L’enluminure en Champagne à la fin du Moyen Age, Paris, 2007, fig. 55-56 et cat. 9).
Seize feuillets de peau de vélin reliés au début et à la fin ont servi de livre de raison à plusieurs familles du XVe au XVIIIe siècle. Parmi les noms cités on relève sur plusieurs générations celui de la famille de Jouffroy d’Abbans (porté par l’inventeur du bateau à vapeur).
Le fief d'Abbans ne fut pas l'apanage d'une quelconque noblesse. Les sires d'Abbans avaient leur sépulture en la cathédrale Saint-Etienne de Besançon à côté de celles des grands barons de Franche-Comté. La famille d'Abbans s'est éteinte dans la lignée des sires des Joux de Châtel-Vilain, et celle-ci s'acheva à son tour dans celle des Jouffroy lorsqu'en 1484 Jacques de Jouffroy épousa Anne de Joux qui lui apportait en dot le manoir d'Abbans. Les Jouffroy font remonter leur origine à un certain Jofroy, seigneur de Ria en Cerdagne espagnole. L'époque précise où ils vinrent se fixer en Franche-Comté est inconnue. Les princes de Châlon donnèrent aux Jofroy la terre de Bletterans. En 1450, Perrin Joffroy "noble homme, écuyer", cogouverneur de Besançon fut inhumé dans la chapelle des Cordeliers. De son fils Pâris, descendent toutes les branches de cette maison. Le fils de Pâris, Jacques de Jouffroy devint le fondateur de la branches d'Abbans, par son mariage avec Anne de Joux en 1484. Les Jouffroy d'Abbans, comme leurs ancêtres, continuèrent à servir dans les milices franc-comtoises d'abord, puis dans les armées du Roi lorsque la province fut réunie à la France.



Manuscrit à peintures sur peau de vélin. Chalons en Champagne, vers 1410-1415 ; in-4° de 164 f. le 77e blanc (212 x 146 mm), écriture textura aux encres noire et rouge, bleue et or pour le calendrier, réglure à l’encre rouge ; justification du calendrier 87 x 58 mm et 17 longues lignes ; justification du texte 87 x 58 mm et 15 longues lignes ; lacune de 3 feuillets : après le f. 12, au péricope de saint Jean ; après le f. 19 aux heures de la Vierge ; après le f. 161 au suffrage de saint Martin, reliure de 1820 environ maroquin bleu nuit avec, sur les plats, décor doré et à froid dit « à la cathédrale », dos à quatre nerfs orné de motifs dorés et à froid, dentelle intérieure et tranches dorées (reliure attribuable à Joseph Thouvenin).

. Calendrier en français. Au 4 septembre, saint Godegranc évêque de Metz (f. 1-12)
Péricopes des évangiles des saints Jean, Luc, Mathieu et Marc (lacune d’une peinture au péricope de saint Jean) (f. 13-18)
Heures de la Vierge à l’usage de Reims (lacune d’une peinture à matines) (f. 19-64r)
Les 15 joies de la Vierge : « Douce Dame de Miséricorde » (f. 64v-69)
« Les VII requestes de Nostre Seigneur : Doulx Dieu sainte Trinité » suivi de « Biau sire Dieu je vous requier conseil … » (f. 70-73r)
« Obsecro te » au masculin (f. 73v-76r)
Feuillet 77, blanc, sur lequel on lit seulement : « L’honneur conduit d’Aban 1613 »
Psaumes de la Pénitence suivis des litanies avec saint Loup évêque de Troyes, saint Baldrice confesseur de Reims, saint Godo abbé de Troyes, saint Rémi évêque de Reims, saint Sinici évêque de Reims, saint Rigobert évêque de Reims, saint Basole confesseur de Reims (f. 78-94)
Office des morts à l’usage de Reims (f. 95-133)
Heures de la Croix et Heures du Saint-Esprit (f. 134-142)
Messe de Notre-Dame, « Salve sancta pacens, Libri sapiens » ; Péricopes de saint Luc ; « Missa dei s. Spiritu, Lectio actuum apostolorum » ; Péricope de saint Jean (f. 143-146)
Messe de la Croix (f. 147-148r)
Messe de Requiem (f. 148v-150r)
Suffrages des saints Michel, Pierre et Paul, Jean Baptiste, des apôtres, des saints Christophe, Denis, Laurent, Sébastien, Nicaise, Catherine, des martyrs de sainte Marguerite, de tous les saints. « Oraisons a dire devant le corps de Ihesu Christ : Domine Ihesu Christe qui hanc sacratissimam carnem (f. 150v-164)


Catalogue en ligne (flash)  avec plusieurs images :
Rieunier & Associés
E-mail - rieunier-associes@wanadoo.fr
Tel. 01 47 70 32 32


The Walters Art Museum

vendredi 7 novembre 2008

Un Livre d'heures de Pierre de Rohan ?

Ce manuscrit, passé en vente publique à Paris /Drouot le vendredi 19 mai 1989, lot 8, est un Livre d'heures sur vélin, 117 f., dans une reliure de peau brodée de fleurs et feuillages :



Au verso du mois de juillet (où l'on remarque la fête du saint breton Samson) se trouve cette inscription contemporaine :
" Votre passe temps // P. de Rohan".

Un autre Livre de prières dont Pierre de Rohan fut peut-être le possessseur :
New York Pierpont Morgan Library 292
On en trouvera une description précise (avec bibliographie et images sur le catalogue Corsair de la PML.




Pierre de Rohan, fils puîné de Louis de Rohan, 1er du nom, seigneur de Guémené, et de Marie de Montauban. Seigneur de Gié-sur-Seine (cédé par le roi de Navarre au premier Guémené, vers 1400), du Verger, de Porhoët, etc., etc., né à Mortiercrolles vers 1451, il fut fait maréchal de France par Louis XI, le 11 octobre 1476, et se maintint en faveur et à la tête des armées de Charles VIII et de Louis XII, ainsi que de leurs conseils, jusqu’en 1504, époque où, poursuivi par la haine de la reine Anne de Bretagne et traîné de juridiction en juridiction, il fut privé de ses charges et de ses pensions. En effet, Louis XII étant tombé malade, Anne croyant sa mort prochaine, se disposa à retourner en Bretagne. Elle expédia ses bagages à Angers, dont le maréchal était gouverneur. Ce dernier les fit arrêter et en instruisit le roi, qui lui témoigna toute sa satisfaction de sa conduite. Mais la reine ne lui pardonna jamais, et pour se venger, elle fit instruire son procès par le Parlement de Toulouse. Vers 1475, il avait épousé Françoise de Penhouët, vicomtesse de Fronsac, qui lui apporta la terre seigneuriale de la Motte-Glain que devait conserver pour quelque temps les Rohan. Le maréchal de Gié perdit sa femme d’assez bonne heure (1497), et se remaria avec Marguerite d’Armagnac, fille aînée de Jacques, duc de Nemours ; il mourut lui-même à Paris, dans le palais des Tournelles, que le roi lui avait donné à vie, le 22 avril 1513. Son corps fut ensuite apporté au Verger, inhumé dans l’église de Sainte-Croix, proche de son château, au milieu du chœur, sous un magnifique mausolée où sa statue de marbre blanc le représentait au naturel avec son collier de l’ordre de saint Michel. Cette église du prieuré de Sainte-Croix-du-Verger, en Anjou, il l’avait fait bâtir peu de temps après avoir acquis, le 9 mars 1482, le vieux castel du Verger, sis en la paroisse de Seiches, résidence qui par ses soins et ses larges dépenses devint bientôt la plus imposante du pays. Il portait De gueules à neuf macles d’or posées trois, trois et trois. Sa vie a été particulièrement étudiée par M. De Maulde, Coll. des doc. inédits. Procédures du règne de Louis XII, Paris, 1886, in-4°. Dans la curieuse tapisserie dite de M. de Rohan, appartenant à la cathédrale d’Angers et qui date du commencement du XVIe siècle, l’artiste a représenté une grande dame, (très-probablement Marguerite d’Armagnac, seconde femme de Pierre de Rohan), accompagnant sur l’orgue un seigneur magnifiquement costumé, qui chante les yeux fixés sur un phylactère noté. Le costume du noble chanteur est d’une richesse inouïe. Sur son escarcelle, à demi cachée par son manteau, se lit la lettre P. Un page, coiffé d’une toque ornée de trois longues plumes de faisan, fait mouvoir le soufflet du petit orgue. Derrière la princesse, deux autres pages se divertissent, l’un à faire miauler un chat qu’il tient suspendu par la queue et l’autre à faire aboyer un chien.
Catalogue des livres imprimés et des manuscrits de M. le prince de Soubise, Paris, Le Clerc, 1788, in-8. br. (n° 593 ?) Lien
Pierpont Morgan Library, Liturgical manuscripts (John Plummer), New York , 1984, p. 50, n° 67.

mercredi 15 octobre 2008

Livres d'heures ~ Books of Hours ... a new website ──── « Heures de Veauce », ayant appartenu à Jeanne du Pou


Books of hours are regularly discussed on this site, which has often revealed new points of interest in these precious artefacts. More and more people are coming to share my love of these "petits trésors". I am therefore pleased to report the publication of a new website devoted to books of hours. Sandra Hindman, a well-known specialist in this area and head of Les Enluminures, the famous Parisian institution situated in the Louvre des Antiquaires, Place du Palais Royal, is behind the latest pages on these medieval "bestsellers".

Les Livres d'heures font régulièrement l'objet de notes sur ce site, et l'intérêt de ces précieux ouvrages y a été souvent relevé. Notre passion pour ces « petits trésors » reste partagée par un public de plus en plus nombreux. Aussi, m'est-il agréable d'annoncer la mise en ligne d'un nouveau site consacré aux Livres d'heures. Sandra Hindman dont on connait assez l'érudition en ce domaine, responsable de la maison parisienne bien connue des spécialistes – sise au Louvre des Antiquaires, place du palais Royal -, Les Enluminures, nous présente de belles pages sur ces bestsellers du Moyen Age.
www.medievalbooksofhours.com donne ainsi accès à diffèrentes ressources sur les Livres d'heures, réalisées en partenariat avec la célèbre Pierpont Morgan Library.


(c) Les Enluminures. Heures à l'usage de Poitiers. f. 94-95. Adoration des Mages

Parmi les Heures présentées à la vente et décrites avec précision se trouve un manuscrit dit Heures de Veauce, possédé (au XVIe s. ?) par un Breton, Trequerne du Crossec, cadet de Kergal, qui hérita ce livre de sa mère Jeanne du Pou, dame de Coettro, Kernivinen et de Kercaire (inscription au f. 234v). La décoration des ce manuscrit du dernier quart du XVe s. (16 miniatures) est attribuée à deux artistes de l'entourage des enlumineurs prestigieux que furent Jean Fouquet et Jean  Bourdichon.
|Description] : 234 f. 110 x 76 mm. 13 lignes.

Les du Pou (Guidel / Plouay) sont issus d'une vieille famille du Vannetais (sud de la Bretagne). Ils portaient d'argent au lion de sable armé, lampassé et couronné d’or. François du Pou, seigneur de Kernivinen fit une importante fondation aux Carmes d’Hennebont, fondation dont on peut noter l'intérêt artistique :
Le 4 septembre 1494, « noble écuyer François du Pou, sieur de Kernivinen, mit sur le grand aultier du chœur du d. couvent un tableau, fait et ouvré tant en bosse que en plate peinture, richement peint d'or, d'azur et d'autres belles couleurs, iceluy tableau contenant en plusieurs personnages le mystère de la Passion de Nostre Seigneur, et autres histoires mises et pourtraites, tant en bosse que en plate peinture.
Et pour récompense, rémunération et reconnoissance du d. don, et fournir à l'utilité, profit et salvation de l'âme du d. du Pou, et des âmes de ses père et mère, parents et amis trépassez, inhumez tant au d. couvent que ailleurs, et de tous vrois loyaux défuncts, les d. religieux ont promis, tant pour eux que pour ceux qui au temps à venir seront, par chacun jour de dimanche, dire une messe et la première sur l'autel des seigneurs du Pou, où les père et mère du d. François sont enterrés et gisans, étant le d. aultier au chœur de l'église collégiale du d. couvent, du costé devers le cloistre, près l'huys par où l'on entre du cloistre au chœur; et au lavabo d'icelle messe dire et faire une recommandation, prière et remembrance pour le d. François du Pou, sesd. père et mère, parents et amis, o De profundis et autres suffrages accoustumés ; et outre par chacun jour de dimanche, après la procession, dire et faire une commémoration et prière o De profundis et la sequelle, sur les tombes du d. du Pou, pour la rédemption de leurs âmes, et en outre estre participais à tous les autres bienfaits, prières et suffrages du d. convent à perpétuité.
El si le cas advenoit que quelque prince ou autre noble et grand seigneur donnât au d. convent et religieux un autre tableau plus beau et plus riche que celui du d. du Pou, il consent et octroie que cestuy présent lableau soit mis et assis sur l'aultier de la sépulture de ses d. père et mère, et non autrement, sans que les d. religieux soient aucunement déchargés de la continuation des services, messes et suffrages ci-dessus baillés et octroyés... »
Tous ces arrangements furent ratifiés par le frère Robert, docteur en théologie, et provincial de Touraine, au chapitre tenu à Saint-Pol-de-Léon en 1495. (Reg.)
Sources : Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, 1905, p. 347-348.
Revue morbihannaise, 1893, p. 396-398.


(c) Les Enluminures. Heures à l'usage de Poitiers. f. 12v-13. Calendrier (fin de décembre) et saint Jean.

Ce François du Pou du jouïr d'une certaine considération. Au reste, il fut secrétaire du duc de Bretagne François II. Par lettre-patente du 4 novembre 1492, Maximilien d'Autriche, roi des Romains, duc de Bretagne, etc., confère à François du Pou, seigneur du manoir de Kernyvinen, près Hennebont, la dignité de noble chevalier de Tournois du saint Empire romain. (In nostros et sacri Romani Imperii nobiles milites Turnearios... nobilitamus... et erigimus ad nobilmm militarium Turneariorum virorum gradum). On appelait nobles chevaliers de Tournois ou nobles de nom et d'armes ceux qui pouvaient faire preuve de trente-deux quartiers de noblesse pour figurer dans les tournois et les joûtes d'honneur …
Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, 1862, p. 34.


Manoir du Pou (en Lignol). Les terres et seigneurie du Pou s'étendaient sur les paroisses de Plouay, Arzano (Finistère) et Saint-Caradec-Hennebont.

Dans un acte de baptême daté de 1613 nous trouvons les noms de « commère demoiselle Jeanne du Pou » et de « compère Julien Bino, écuyer, sieur de Coettro* et Kernivinen… ». Peut-être étaient-ils mari et femme ? En 1599, Julien Bino, sieur du Coëtro faisait aveu à Guy de Laval, seigneur du Largouet, de ses possessions, dont les terres de Thalebot (ADM E 2671).
(* Coetro, seigneurie en Plumergat)
Le 18 juillet 1614, les carmélites de Nazareth (Vannes) lui achetèrent, pour 12000 livres, la belle terre et seigneurie de Kercadre, dite aujourd'hui Kercaer, et toutes ses dépendances, savoir les quatre métairies de Kercadre, de Saint-Guen, de Kerizac, de Landréhan, et quelques immeubles dans la rue Neuve et dans le voisinage, relevant pour la majeure partie du prieuré de Saint-Guen, et pour le reste du roi.
Nous n'avons pas retrouvé la filiation de Jeanne du Pou (dont une homonyme est attestée en 1448 au manoir de la Villeneuve, en Bubry), mais nous savons que le manoir de Kergal (en Brandivy) et sa seigneurie, était possédé vers 1635 par Michel de Lantivy, sgr du Faouëdic, par son mariage avec Jacquette, fille de Michel Le Crossec, seigneur de Kergal. Il passa par la suite, par alliance, aux du Vergier du Pou. Ce manoir de Kergal se trouve à une petite distance de Pont-er-Gal, dont il en a peut-être tiré son nom. Divers aveux du xviie siècle signalent la "maison et manoir de Quergal avec ses jardins, vergers, bois de futaye, taillis, pourprix, etc". 
Le Crossec portait D'azur à deux bars adossés d'argent, accompagnés de huit étoiles d'or en orle

 
(c) TopicTopos Le manoir de Kergal en Brandivy.

www.medievalbooksofhours.com provides access to different resources on books of hours, in conjunction with the famous Pierpont Morgan Library. Among the books available to view and described in detail is a manuscript owned (in the 16th century?) by the Breton Trequerne du Crossec, younger son of the de Kergal family. According to the inscription on fol. 234v, he inherited the book from his mother, Jeanne du Pou, lady of Coettro, Kernivinen and Kercaire. The manuscript illumination (16 miniatures) dates from the last quarter of the fifteenth century and is attributed to two artists in the entournage of the prestigious Jean Fouquet and Jean Bourdichon. The du Pou (Guidel / Plouay) family is decended from an old family from the Vannetais region in the Souh of Brittany. Their arms were d'argent au lion de sable armé, lampassé et couronné d’or.
François, lord (seigneur) of Kernivinen made a substantial donation of considerable artistic interest to the Carmes d’Hennebont (carmelite convent).
A baptismal record from 1613 contains the names "commère demoiselle Jeanne du Pou" (godmother) and "compère Julien Bino, écuyer, sieur de Coettro et Kernivinen…" (godfather). Could they be husband and wife? In 1599, Julien Bino, sieur du Coëtro pledged his possessions and lands at Thalebot in allegiance to Guy de Laval, seigneur supérieur du Largouet (ADM E 2671). I have not uncovered Jeanne de Pou's background, but Ican say that the manoir de Kergal (in Brandivy), and its lordship, belonged in 1635 to Michel de Lantivy, sgr du Faouëdic, and later passed to the Vergier du Pou family. This house is a short distance from Pont-er-Gal, from which it may well take its name. There are several 17th-century references to "the house and manor of Quergal with its gardens, orchards, tall forests, shrubberies, enclosures, etc.".

The Books of Hours website of Les Enluminures [Lien]
Site Les Enluminures [Lien]

vendredi 10 octobre 2008

Le Livre d'heures de Philibert de Viry revient à Genève ...

Le Livre d'heures de Philibert de Viry, datant du début du XVIe siècle, acquis lors d'une vente aux enchères à Londres, fait son retour à Genève ...
Les Livres d'heures du diocèse de Genève (qui comprenait les régions françaises avoisinantes) s'avèrent en effet des raretés, la Réforme ayant eu vite fait d'écarter ces livres de prières ouvragés. Malgré les précautions prises par les chanoines du chapître de Saint-Pierre, qui ont senti le vent tourner dès 1534 et qui ont dissimulés ces manuscrits liturgiques à Viry et Annecy, on ne compte aujourd'hui dans le monde que cinq Livres d'heures de Genève : le Vatican en possède deux, Oxford un, et la Bibliothèque de Genève deux maintenant, la précédente acquisition, plus modeste, remontant à 1994.


© Bibliothèque de Genève, photo : Matthias Thomann

Le Livre d'heures de Philibert de Viry a été adjugé pour 220000 francs, frais compris. Une telle somme déborde largement les capacités de la bibliothèque genevoise malgré le recours au fonds Gaumarin, institué au XIXe siècle pour faire face à ce type d'occasion et en dépit aussi de la participation de la Ville de Genève. C'est d'abord la réactivité de trois mécènes privés (dont Notz Stucki et Cie, les deux autres demeurant anonymes) qui a permis l'achat de ce manuscrit inconnu des chercheurs jusque-là et propriété sans doute d'un collectionneur anglais ... 
Le Livre d'heures de la famille de Viry sera visible dès le 29 octobre dans le cadre de l'exposition La première révolution du livre - Du manuscrit au livre imprimé qui se tiendra dans l'enceinte de la bibliothèque, au cœur de l'espace Ami Lullin, Promenade des Bastions (29 octobre 2008 au 28 février 2009).
Sur le site de la Bibliothèque de genève [Lien]
Sources : Le Temps/ch

Philibert de Viry, seigneur de Planaz, portait d’argent et d’azur de six pièces à la bande gueules chargée en chef d’un croissant or. Au folio 104v de ce Livre d'heures, dans un écu écartelé, nous trouvons les mêmes armoiries aux quartiers 1 et 4 mais cette fois-ci combinées avec celles des Des Clets, la famille maternelle de Philibert, soit de gueules à la croix dorée.
Enfin, au f. 106, les armes de Philibert de Viry sont associées avec celles de la famille de sa femme, les de Menthon de Montrottier, soit de gueules, au lion d’argent, à la bande d’or et azur. La diversité des armoiries dans un même manuscrit n’est pas surprenante. C’était le moyen d’exprimer pour le propriétaire du livre sa parenté, ses ascendances et ses alliances. Qui était Philibert de Viry ?
Philibert de Viry était le fils de Jean de Viry, seigneur de Planaz, et de Jeanne, fille d’Anthoine des Clets. On sait que Philibert possédait à Genève la maison forte de Saint-Aspre, en face de l’Hôtel de Ville, au sujet de la quelle il eut un différend avec le chapitre cathédral en 1477. Il participa en 1498 à un tournoi organisé à Genève en l’honneur du duc de Savoie Philibert II. Son nom apparaît enfin dans des actes notariés entre 1504 et 1509.
La famille de Viry-Planaz était une famille noble importante de Savoie. C’était une branche collatérale des trois branches principales Sallenove, Viry l’aînée et Viry cadette. Elle a tissé de nombreux liens avec Genève. Les oncles de Philibert, Amblard et Pierre, étaient tous deux chanoines de la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Le frère de Philibert, François, l’était également. Tous trois sont ensevelis dans la cathédrale Saint-Pierre de Genève.
La lignée des Viry-Planaz s’est éteinte dans le courant du XVIe siècle. Le fils de Philibert, Henri, épousa en 1529 Michière de Pelly. Son fils Pierre disparut sans descendance. Le livre d’heures est probablement passé ensuite à l’une des soeurs de Pierre. On le retrouve finalement en 1610, comme l’atteste l’ex-libris sur une garde antérieure, entre les mains de Prosper de Maillard, comte de Tournon, gouverneur de Savoie sous le duc Charles Emmanuel.

Renseignements pratiques
Bibliothèque de Genève, Promenade des Bastions, 1211 Genève 4, T +41 22 418 28 00
www.ville-ge.ch/bge
Jean-Charles Giroud, Directeur
jean-charles.giroud@ville-ge.ch

vendredi 2 novembre 2007

Les Heures à l'usage de Reims

Un Livre d'heures à l'usage de Reims a été mis en vente en 2005 chez Heritage Book Shop :
Vélin. Latin et français. ca. 1480. 200 x 135 (108 x 70) mm. 157 f. i-ii6 iii5 (de 6, le dernier f. manque) iv-vii8 viii8 (de 6, manque le 5ème) ix-xix8 xx4 xxi8. 
Un poème au f. 1v commence « Vraye Amour L’Ame nous y alie » écrit par une main du XVI/XVIIe s. Une inscription en français datée de 1820 se réfère aux Belles heures et aux Très riches heures du duc de Berry.

Au calendrier, fêtes principales en rouge ou bleu : saints Remi et Hilaire (13 janvier), Hélène (15 avril), Memmius (5 août), Firminus (25 septembre), Denis (9 octobre), Quentin (31 octobre), Nicaise (11 octobre). Fêtes ordinaires : Regulus (30 mars), Thierry (1 juillet), Apolinus (7 septembre), Remi (1 octobre), et Nicaise (14 décembre). Extr. des évangiles (f. 14-18v); Heures de la Vierge à l'usage de Reims: Matines (f. 19-29v), Laudes (f. 30-40), Prime (f. 40v-45v), Tierce (f. 46-49v), Sexte (f. 50-53), None (f. 53v-56), Vêpres (f. 56v-62v), Complies (f. 63-67). Une prière en français : « Ihesucrist a matines fut vostre cher vendue. / A prime de crachie en la face batue » (cf. Leroquais, Livres d’heures, II, p. 290; Sonet, Répertoire d’incipit de prières en ancien français, no. 934) (f. 67v-70); Heures du saint-Esprit (f. 70v-73); les Sept Psaumes de la Pénitence (f. 74-85v); Litanies (f. 85v-89), avec Alpinus, Claude ... Office des Morts, à l'usage de Reims (f. 90-128v). « Se sont les. xv. ioies de la magdalaine en maniere doroison. O tres saincte dame Magdalaine des dons de dieu en luminee Par penitence et par ta peine. Lassus es cieulx es couronnee » (pas dans Leroquais ni Sonet) (f. 130-134); suffrages (f. 134-140v) aux saints Pierre et Paul, Loup, Sebastien, Nicolas, Christophe, (avec utilisation de la forme masculine famulo tu .N), Remi (« sancti Remigi confessoris tuis atque pontificis aliorum quorum relique in presenti continentur ecclesia »), Jean-Baptiste, Etienne, Laurent, Catherine, Appoline, et Barbe; Anima Christi (f. 140v-141); les Sept versets de saint Bernard (f. 141-142); suffrages aux saints Antoine, Jacques, Toussaint (f. 142-145); le Credo en français « Mon benoit dieu ie croy de cueur et confesse de bouche tout » (Sonet, no. 1150) (f. 145-147v); une « Oroison de nostre seigneur saint Joseph patriarche, mary de la vierge Marie » (f. 147v-149); vie de sainte Marguerite, en français : « Apres la saincte passion. / Ihesucrist a l’ascension. / Quant il fut ou ciel montes » (cf. Leroquais, II, p. 138, 210) (f. 150-156v)
Miniatures : saint Jean à Patmos (f. 14); l'Annonciation (f. 19); la Visitation, avec une possible représentation du Reims médiéval (f. 30); la Nativité (f. 40v); l'Annonce aux bergers (f. 46); l'Adoration des Mages (f. 50); la Présentation auTemple (f. 53v); la Fuite en Egypte (f. 56v); le Couronnement de la Vierge (f. 63); la Trahison de Jésus- Christ (f. 67v); la Pentecôte (f. 70v); David et Bathshebe (f. 74); Job sur le fumier (f. 90); sainte Marguerite terrassant le dragon (f. 150). Une plus petite miniature représente sainte Marie-Magdeleine (f. 130).

Voici une liste de quelques Heures manuscrites à l'usage de Reims :

§ Un exemplaire à Paris Arsenal ms 1189 Rés., du XVe siècle, dont plusieurs f. numérisés sur la banque Images de la BnF.

Erik Drigsdahl nous donne les caractéristiques liturgiques de l'usage de Reims d'après les éditions imprimées de Simon Vostre, Paris ca 1515 (ex. Paris BnF B. Vél. 2904), des Heures imprimées à Paris 1516 (ex. Paris BnF B. 4790) et le manuscrit :
§ La Haye KB 135 C 4. Velin. ca 1450-1460. Latin. 157 f. 187 x 137 (90 x 62) mm. 14 lignes, littera textualis. 6 miniatures (84/80 x 62/58 mm). Reliure XVIIIe s.

§ Un autre exemplaire d'Heures à l'usage de Reims est passé récemment chez Reiss & Sohn, lot 1785 (vente 82-83). Parchemin. 153 (sur 158?) f. 150 x 105 (82 x 55) mm. 5 grandes miniatures. Reliure contemporaine. Au calendrier, Rémi (1er octobre)

Autres exemplaires d'après la Schoenberg Database :

§ Ex. vente Sotheby's, catalogue Domville-Burra, lot 301, 12 mai 1897. Vélin. 176 f. 190 x 130 mm. 18 longues lignes. Latin & français. 15 grandes miniatures et 43 petites. Provenance : Bohan, Vergeur Cramaille, Burra, Pickering, Bennett, Morgan Lib M62. Cf. De Ricci, 1377-62.
§ Ex. ventre Gruel, 1900, catalogue Walters, lot 69. Vélin. 244 f. 59 x 45 mm. Ca 1363. Latin & français. 10 longues lignes. 8 grandes miniatures. 2 initiales historiées. Reliure XVI/XVIIe s. Provenance : Walters Art W84. Cf. De Ricci, 784-173.
§ Ibid., lot 129. Vélin. 156 f. 184 x 135 mm. 16 longues lignes. 18 grandes miniatures. Ca 1463. Reliure XVIe s. Provenance : Marlot, Walters Art W269. Cf. De Ricci 793-237.
§ Ex. vente J. Rosenthal, 1901, catalogue 27, lot 43. Vélin. 163 f. 111 x 76 mm. 18 longues lignes. 13 grandes miniatures. Ca 1420. Provenance : Walters (puis ventes Parke-Bernet, 23 avril 1941, cat. 278, lot 640; Karl & Faber, 10 novembre 1970, catalogue 124, lot 7).
§ Ex. vente J. Rosenthal, 1905, catalogue 36, lot 249. Vélin. 182 f. 13 miniatures pleine page. Une initiale historiée, 11 enluminées.
§ Ex. vente Sotheby's, 13 juillet 1920, lot 60. Vélin. 157 f. 159 x 109 mm. Ca 1463. Latin & français. 16 longues lignes. 11 grandes miniatures. provenance : Hobart, Mostyn. ( puis vente Christie's du 23 octobre 1974).
§ Ex. Sotheby's, 10 mars 1924, lot 23. Vélin. 105 f. 187 x 131 mm. ca 1450. 5 grandes miniatures, 4 petites; 6 initiales enluminées. Provenance : Louis De ( puis ventes : Phillips du 10 novembre 1994, lot: 291; Sotheby's du 20 juin 1995, lot 116).
§ Ex. Sotheby's, 29 juillet 1924, lot 174. Vélin. 114 f. 154 x 114 mm. Ca 1450. 15 longues lignes. 13 grandes miniatures. Provenance : O'donnell, Sussex (frederick), Huguet, Pouset, Hay.
§ Ex. vente Weiss, 1926. 177 f. 98 x 68 mm. Latin. Ca. 1475. 16 grandes miniatures, 6 petites; 14 initiales historiées, 28 enluminées.
§ Ex. vente Sotheby's, 21 mars 1929, lot 191. Vélin. 194 f. 197 x 137 mm. 14 longues lignes. Latin & français. 19 grandes miniatures et 24 petites dans le style du Maître de Bedford. Ca 1430 avec reliure contemporaine. Provenance : Cauchon, van Zuylen, Hornby, abbey 3218.
§ Ex. vente Hoepli, 27 août 1934, catalogue Martini, lot 279. Vélin. 157 f. 190 x 137 mm. Latin & français. 6 grandes miniatures. 126 initiales enluminées. Ca 1450. Reliure XVIIe s. Provenance : Radziwill.
§ Ex. vente Sotheby's, catalogue Minos, lot 15, 12 juillet 1939. Vélin. 102 f. 155 x 105 mm. Latin. 18 longues lignes. 10 grandes miniatures. ca 1480. Provenance : Keyser.
§ Ex. vente Sotheby's, 9 mai 1949, catalogue Petal, lot 155. Vélin. 122 f. 150 x 100 mm. 15 longues lignes. Latin. Ca 1475. Une grande miniature.
§ Ex. vente Charpentier, 26 janvier 1957, lot 48. Vélin. 146 f. 193 x 135 mm. 12 grandes miniatures. Ca 1500. Provenance : Lucien-Graur(graux).
§ Ex. vente Heineman, 1977, lot H4, daté de 1463. Vélin. 111 f. 187 x 134 mm. 18 longues lignes. 4 grandes miniatures. Latin & français. Reliure de la fin du XVe s.
§ Ex. vente Christie's, cat. Bufon, 26 novembre 1979, lot 494. Vélin. 150 f. 185 x 129 mm. 20 longues lignes. Latin & français. 9 grandes miniatures. Ca 1480.
§ Ex. vente Christie's New-York, cat. Gould du 11 avril 1980, lot 379. Vélin. 140 f. 207 x 138 mm. Latin & français. 16 longues lignes. 12 grandes intiales. Ca 1480.
§ Ex. vente Sotheby's, 7 décembre 1982, Catalogue Linda, lot 89. Vélin. 214 f. 158 x 112 mm. Latin et fançais. 15 longues lignes. 9 grandes miniatures. Ca 1440. Provenance : Duval, F***.
§ Ex. vente Reiss & Auvermann, 12 octobre 1993, lot 662. Vélin. 135 f. 157 x 115 mm. Latin & français. 15 longues lignes. 10 grandes miniatures. Reliure d'origine. Ca 1475 (auparavant vente Sotheby's du 21 juin 1988, lo 109).
§ Ex. vente Pregliasco, 1996, catalogue 71, lot 3. Vélin. 114 f. 183 x 125 mm. 18 longues lignes. 11 grandes miniatures et 5 petites. Ca 1475.
§ Ex. vente Tenschert, 2000, catalogue 45 Neue III, lot 10. Vélin. 135 f. 201 x 140 mm. 15 longues lignes. 10 grandes miniatures. Latin & français. Ca. 1440. Reliure d'origine. Décoration attribuée au Maître du Walters 269. Heures de Marguerite Cuissotte. A présent numérisé en intégralité sur le site Interbibly:
[En ligne]
§ Ex. vente idem., lot 22. Vélin. 89 f. 166 x 116 mm. 25 longues lignes. 15 grandes miniatures. Ca 1500. Décoration attribuée au Maître Gaguin. Provenance : Perette, Robert, Baron, Conseiller.
§ Ex. vente Sotheby's 5 décembre 2000, lot 63. Vélin. 157 f. 200 x 135 mm. ca 1480. Latin & français. 17 longues lignes. 14 grandes miniatures et une petite. Déjà à la vente Sotheby's du 26 juillet 1920, lot 318.

§ Libreria Philobiblon - Piazza S. Simpliciano, 7 - 20121 Milano:

Heures à l’usage de Reims
. Manuscrit enluminé sur parchemin, [France, 1470-80 environ]. 183 x 125 mm; 117 f. desquels 3 blancs (manquant d’un f. blanc). Richement enluminé; écriture bâtarde à l’encre noire et rouge; rubriqué et réglé en rouge. Belle reliure du XVIe siècle en peau, ornée par une Crucifixion imprimée en or au centre des plats; dos lisse orné (reconstruit), tranches dorées.Très frais et aux marges fort larges. Note d’appartenance d’Isabelle Le Besgnet en écriture humanistique à la feuille de garde où elle a écrit son nom et quelque réfléxion profane. Ravissant manuscrit, richement enluminé dans le style typique de la deuxième moitié du XVe siècle. La présence de saint Rémi et de saint Sixte dans le calendrier en révèle l’appartenance à l’usage de Reims. Les Horae de la Vierge, en latin, sont précédées par un Calendrier en français, par les quatre Évangiles et par les Prières à la Vièrge. Suivent les Psaumes pénitentiaux, le Heures de la Croix et du Saint-Esprit, les prières pour l’Office des morts et les litanies pour la Vierge, saint Michel, saint Jean, saint Pierre, saint Sébastien, sainte Marguerite et sainte Apolline. Décoration: 24 petites enluminures pour le calendrier qui représentent les occupations du mois et le signe du zodiaque correspondant, inscrites dans des encadrements ornés de fleurs et de fruits; 12 grandes initiales sur fond floral en or, rouge et bleu; 111 encadrements soigneusement travaillés et décorés par des fleurs, des fruits, des papillons, des canards, des paons, des oiseaux fantastiques et des figures grotèsques; 5 petites enluminures qui représentent trois évangélistes, la Vierge à l’Enfant et une Pitié; 11 grandes enluminures à pleine page inscrites dans des superbes encadrements richement décorés.
Sources: catalogue avril 2007 [Format pdf]

§ Vente Tajan, Paris, novembre 2001:
Livre d'heures à l'usage de Reims. Paris ou Reims, début du XVe siècle, et Flandres (? ) et Allemagne, fin du XVe s. 154 f. 148 x 104 (86 x 55) mm. Parchemin. 5 miniatures à pleine page. Ecriture gothique à l'encre brune sur une colonne. Reliure (fin XVIe siècle, Anvers) de veau brun, décor doré et scène de crucifixion au centre des plats, dos à nerfs orné, tranches dorées. Provenance : Sur la page de garde, une inscription datée de 1793 mentionne : "Ce present libris appartient au citoyen Pierre Bonnet fils de Jean Bonnet laboureur demeurant à Bragelonne districque des Basses Seine département de l’Aube résidant à Bragelonne ..."
Pour description Catalogue pdf [En ligne]

§ Dolly Jørgensen, On the margins, cite un Livre d'heures à l'usage de Reims: University of Houston, Special Collections. [Format pdf]
Au f. 15, colophon avec le nom du copiste: Paulinus de Sorcy
[Lien]

dimanche 28 octobre 2007

Les Heures de Hurault de Cheverny : Philadelphia PL Lewis E 214 ~ Les Hurault, collectionneurs ou bibliophiles ?


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de bibliologie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

jeudi 25 octobre 2007

Les Heures de Charles de Melun, grand maître de France (+ 1468): London British Library Harley 4328


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de bibliologie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

mercredi 24 octobre 2007

Les Heures de Ponthus de Brye ( ?) : manuscrit London, British Library Egerton 109


Texte publié dans : Jean-Luc Deuffic, Notes de bibliologie. Livres d'heures et manuscrits du Moyen Age identifiés, dans Pecia. Le livre et l'écrit, 7, 2009 [Lien]. 

mercredi 17 octobre 2007

Les Heures de Pierre de Foix, évêque de Vannes (+ 1490) : New York Morgan Library ms 6 et l'enlumineur Simon Marmion

PIERRE DE FOIX, dit le jeune, infant de Navarre, naquit à Pau le 7 février 1449. Il était fils de Gaston IV, comte de Foix et de Bigorre, et d'Eléonore d'Arragon, reine de Navarre. Après avoir fait ses études à Paris et Padoue, il prit le bonnet de docteur à Ferrare, sous Felino Sandei, un des plus grands jurisconsultes de son temps. L'ordre de Saint-François le comptait au nombre de ses membres. La candeur de ses mœurs et les grands progrès qu'il fit pendant sa jeunesse dans les sciences divines, le conduisirent à l'épiscopat. Il fut élu évêque de Vannes le 17 mai 1475 (élection confirmée par le pape Sixte IV le 11 mars 1476), et administrateur d'Aire la même année. Le souverain pontife écrivit au duc de Bretagne, François II, pour lui faire part de cette nouvelle, et pour lui marquer que, dans la première promotion, il honorerait de la pourpre le nouveau prélat. Pierre fit serment de fidélité au duc, son beau-frère, le 13 mai, et ne tarda pas à être admis dans le sacré collège, sous le titre de Saint-Côrne et de Saint-Damien (cardinal-diacre le 18 décembre 1476, pourpre le 15 janvier 1477). Son nom se trouve dans les lettres d'abolition données aux barons qui, en 1485, avaient voulu se saisir du trésorier Landais. Mais cette amnistie ne fut pas capable de le rassurer ; il se retira à Rome, où il mourut le 10 août 1490, et fut enterré dans la basilique de Notre-Dame del Popolo. Tous les auteurs qui ont écrit l'histoire des cardinaux ont parlé très-avantageusement de Pierre de Foix. Il avait eu en commende l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, après avoir résilié celle de Saint-Savin de Tarbes (16 septembre 1485). Sources : Dom H. Morice et Biblio [En ligne])

PIERRE DE FOIX, known as the younger, prince of Navarre, was born in Pau on the 7th February 1449. He was the son of Gaston IV count of Foix and Bigorre, and of Eléonore d’Aragon, queen of Navarre. Having completed his studies in Paris and Padua, he undertook doctoral work in Ferrara under Felino Sandei, one of the greatest legal experts of his time and a member of the Order of St Francis. Pierre’s moral sincerity and great progress during his youth in the holy sciences led him to the Holy Orders. He became bishop of Vannes on the 17th May 1475 (the election was confirmed by pope Sixtus IV on 11th March 1476), and he became the administrator of Aire in the same year. The pontiff wrote to François II, the duke of Brittany, to tell him the news and to remark that, in his first promotion, he would honour the new prelate with the office of cardinal. On the 13th May Pierre made a vow of faithfulness to the duke, his brother-in-law, and was soon promoted in the holy orders under the of SS Corne and Damien (he became cardinal-deacon on the 18th December 1476 and full cardinal on the 15th January 1477). His name can be found on the abolition letters given to the barons who, in 1485, wanted to seize the Breton treasurer Landais. But this pardon was not enough to reassure him, so he went to Rome, where he died on the 10th August 1490, and was buried in the Basilica Notre-Dame del Popolo. Every writer on the history of cardinals speaks highly of Pierre de Foix. He commanded the Abbey of St Melaine in Rennes, after having looked given up that of St Savin in Tarbes (16th September 1485). Taken from Dom H. Morice et Biblio [link].

Pierre de Foix portait comme armes: écartelé aux 1 et 4 d'or à trois pals de gueules, qui est Foix ; aux 2 et 3 d'or à deux vaches de gueules accolées et clarinées d'azur, qui est Béarn ; sur le tout : d'or à deux lions passants de gueules, qui est Bigorre. Source [Heuraldic]
 
La prestigieuse Pierpont Morgan Library conserve (ms 6) dans ses collections le Livre d'Heures de Pierre de Foix dont les spécialistes attribuent la décoration au prince des enlumineurs, le célèbre Simon Marmion. Les Heures de la Vierge, à l'usage de Rome, sont précédées d'un calendrier où l'on remarque quelques saints bretons, dont Salomon (14 février; Vannes, le fête traditionnellement le 25 juin, Rennes, Nantes, Dol, le 8 février), Turiaw (13 juillet), Maudez (10 novembre) et Corentin (12 décembre)
The prestigious Pierpont Morgan Library has, as its manuscript 6, Pierre de Foix’s Book of Hours, whose decoration is attributed by scholars to that prince of illuminators, the famous Simon Marmion. The Heures de la Vierge, in the usage of Rome, are preceded by a calendar in featuring a number of Breton saints, including Salomon (14th February; traditionally celebrated in Vannes on the 25th June, and in Rennes, Nantes, and Dol on the 8th February), Turiaw (13th July), Maudez (10th November) and Corentin (12th December).


(c) New York Pierpont Morgan Library
ms 6, détail, f. 154. Pierre de Foix ?

On trouvera sur le site de la Pierpont Morgan Library une description complète de ce manuscrit:
bibliographie [En ligne
67 images numérisées [En ligne]
Le catalogue Corsair donne comme provenance de ce manuscrit "Charles le Goirz (?), Morin". Il s'agit en fait de Charles Le Gouz Morin fils de Pierre Morin et de Catherine Françoise Févret, né le 10 décembre 1685, lequel épousa en première noce Constance de Cirey. Il fut quelques années après son mariage maître ordinaire de la garde-robe de "madame la dauphine", et se maria par la suite à Marie Anne Loppin.

The Pierpont Morgan Library’s website contains a complete description of this manuscript: bibliography [link] 67 digitised images [link]
The Corsair catalogue the provenance of this manuscript as "Charles le Goirz (?), Morin". It is actually Charles Le Gouz Morin, son of Pierre Morin and Catherine Françoise Févret, born on the 10th December 1685, and whose first wife was Constance de Cirey. A few years after his marriage he became the “maître ordinaire de la garde-robe” to the dauphine, and later married Marie Anne Loppin.


Dijon : Hotel Le Gouz de Gerland
(c) [Site]

Pierpont Morgan Library [Lien]
Sur Simon Marmion voir l'excellente notice (avec bibliographie) de Bert Cardon sur le site BAlaT:
[En ligne]
Book Of Hours: Illuminations by Simon Marmion with introduction and commentaries by James Thorpe [En ligne] sur le site de la Huntington Library.
A lire (format pdf) : Dominique Vanwijnsberghe, Mise au point concernant l’enluminure tournaisienne au XVe siècle
[En ligne]
Epitaphe de Simon Marmion:
« En l'église nostre Dame la Grande, en Vallenciennes, estoit ycy devant l'épitaphe de Mre Simon Marmion, peintre, lequel repose derrière le cœur de ladite église, dans la chapelle S. Luc :

« Je suis Simon Marmion vif et mort,
Mort par nature et vif entre les hommes.
Après le vif, moy vif peindiz la mort
Qui durement mal point et que s'amort
A mordre tous, comme nous que mort sommes.
Quand j'ay la mort, dormant le pesant somme,
Resuscité par vif art de peinture,
Aux vivans suis de le mort pourtraiture.

Du maistre peintre à qui devons homaige
Tellement fus peint et illuminé,
Qu'il me créa à sa divine imaige.
Autres voians mes traicts et mon imaige
Ont après moy leurs œuvres patronnez.
Quand j'ai tout peint et tout imaginez,
La mort terrible a broyez mes couleurs;
Au resveiller sont les griefves douleurs.

Ciel, soleil, feu, air, mer, terre visible,
Métaulx, bestiaux, habits rouges, bruns, vers,
Bois, bled, champ, pretz, toute chose sensible,
Par art fabricq ai atteint ès possible,
Aultant ou plus que nuls des plus experts.
Tant vivement que nuls bruicts je n'y perds,
Car j'ay pourtrait tel mort gisant soubz lame

Qu'il semble vif et n'y reste que l'ame.
Les yeulx ont prins doulce réfection ,
Et mes exploictz tant propres et exquis
Qu'ils ont ilunné grande admiration,
Riant object et consolation
Aux empereurs, rois, comtes et marquis.
J'ay décoré par art et sens acquis
Livres, tableaux, chappelles et autels,
Telz que pour lors ne sont gnerre de tels.

Peintres mortels qui prenez patronnaige
Sur mes couleurs, vertes, noires et blancbes;
Quand vous avez pourtraict vos personnaiges,
Après les miens, dont sont grand les sommaiges,
Octroyez nous les doulces biem euillances,
Priez aux saincts dont j'ai fait les semblances
Que l'Eternel peintre pardon me face
Sy que lassus je tire après sa face.

Le jour et l'an de la nativité
Nostre Seigneur, mil avec quatre cens
Quatre vingt noef, lors fort débilité,
La fière mort, par son habileté,
Me despouilla avecq cœur, force et sens.
Vous qui voyez ces imaiges présens,
Pryez faint Luc, dont voicy la chappelle,
Que Dieu lassus en sa gloire m'appelle. »

A même temps que Molinet, vivoient à Valentiennes, Mre Simon Marmion, peintre (auquel le susdit Molinet fit un bel épitaphe ) ; Mre Pierre du Préau, vulgairement nommé Pierart Marmouzet, statuaire ou tailleur d'images et Jerosme de Moyennevile, orfèvre, tous trois excellemment accomplis en leur art et renommés par tout.
(D'après un manuscrit de la Bibliothèque de Cambrai découvert par Le Glay)

Le poète Lemaire a loué Marmion dans sa Couronne margaritique, où il dit de lui :
« Et Marmion, prince d'enluminure,
Dont le nom croist comme paste en levain,
Par les effects de sa noble tournure. »