Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript

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lundi 15 avril 2013

Guyonne Derrien de Saint-Malo et son Livre d'heures (Saint-Brieuc, BM, ms. 4)



Saint-Brieuc, BM, ms 4. Nativité. © BVMM (IRHT)

A la suite de notre dernier post décrivant le manuscrit 1 de la Bibliothèque municipale de Saint-Brieuc, nous consacrons cette présente note à un autre Livre d'heures, également mutilé, dont l'originalité tient aux précieuses données liturgiques qu'il comporte ainsi qu'aux différentes inscriptions laissées par des possesseurs successifs.
Le manuscrit coté 4, composé de 108 f. de 170 mm x 115 mm, a en effet appartenu à un couple de Saint-Malo, en l'occurrence Guyonne Derrien et son époux Jehan le Juiff. C'est une oeuvre du XVe siècle, probablement décorée par un enlumineur du val de Loire (merci à Claudia Rabel, Patricia Stirneman, de l'IRHT ; Diane Booton, pour leur avis).

Au calendrier nous avons relevé les saints bretons caractéristiques   : 

29 janvier : Gildasii abbatis (n) (= Gildas, abbé de Rhuys)
16 avril : Paterni episcopi (n) (= Patern, ev. de Vannes)
11 mai : Gilde abbatis (n) (= Gildas, abbé de Rhuys)
17 mai : Macuti episcopi (n) (= Malo, évêque)
24 mai : Donaciani et Rogaciani (n) (= Donarien et Rogatien, de Nantes)
5 juin : Tugduali episcopi (= Tudgual, évêque de Tréguier)
21 juin : Mevenni abbatis (n) (= Méen de Gaël)
6 juillet : sainte Noyale, vierge (popaulaire dans le Morbihan)
29 juillet : Guillelmi episcopi (n) (= Guillaume, évêque de Saint-Brieuc)
10 octobre : Pauli episcopi (n) (= Pol, évêque de Léon)
11 octobre : Melani episcopi (n) (= Melaine, évêque de Rennes)
3 novembre : Gobriani episcopi (n) (= Gobrien, évêque de Vannes)
6 novembre : Melani episcopi (r) (= Melaine, évêque de Rennes)
15 novembre : Maclovi episcopi (r) (= Malo, évêque)
17 novembre : Amani episcopi (n) (= Amand, évêque de Rennes)
12 décembre : Corentini episcopi (r) (= Corentin, évêque de Quimper)

A noter l'absence de saint Yves dans ce calendrier.

Aux litanies, f. 61 :

Sancte Paule
Sancte Brioci
Sancte Maclovii
Sancte Sanson
Sancte Paterne
Sancte Corentine
Sancte Gobriane
Sancte Yvo
Sancte Mevenne

f. 61v :
Sancte Armagile


Saint-Brieuc, BM, ms 4. Nativité, détail. © BVMM (IRHT)

Au f. A :

Ces Heures apartienne au sr de la Basse Lande Pierre Porée 1650.

Sur la contregarde  :

Cestez pressantes heures sont et appartiennet a Guyonne Derrien qui les trouvera sy les luy rende elle poira le vin grandement bien quelle sera aces chiche fait a sa requeste le troyesme jour de oust lan mil cinq cenz trente et ung* (= 1531)
Gyone Derrien
Urbi est (?)
Joannes (= Jean le Juiff, son mari ?)

A Guyonne Derrien
s[or]ont randues ces
heures ou il ne  sera
pas bon chrestien

Pierre Porée Basselande -1650-

Au f. 102v, se trouve une liste des anciennes confréries de la cathédrale de Saint-Malo auxquelles appartenaient les possesseurs du Livre d'heures  :

Cy ensuilt les frairies (?) doncq je suy fondés en lesglisse catedral de st Mallo Et premyer
Du Sainct Esperit
De Nostre Dame
De Sainct Jehan (l'une des plus célèbre à Saint-Malo, également appelée les "Hommes blancs" ou "Messieurs de la S. Jean", à laquelle appartenait le navigateur Jacques CARTIER)
De Sainct Mallo
De Sainct Sabastien
De Sainct Nycollas de Tolent..
De Sainct Nycollas de Bari
De Saincte Barbe
De Sainct Eloy
de Saint Anthouenne (écriture plus récente mais de peu)

Gyonne DERRIEN fut mariée avant 1511 à Jean LE JUIFF. Nous ignorons son ascendance. Maitre Jean Le Juiff, sieur de Champdavoine, né avant 1500, décédé après 1532, fut avocat et procureur, lieutenant de la cour de Saint-Malo en 1532. Peut-être est-il le fils de Gilles : « Gilles le Juif tient la Chandaveine roturière et 25 journ. rot. » (en 1513, Henri des salles, Évesché de Saint-Malo : anciennes réformations , Paris, 1864, Réformation évêché de Saint-Malo, p. 118). Présent dans un acte de 1535 avec le fameux navigateur Jacques CARTIER (en ligne)
Guyonne et Jean eurent une fille, Olive, née le 17 septembre 1520 à Saint-Malo, et décédée vers 1566.

« Le 17e jour dudict moys de septembre lan mil cinq cens vingt fut baptisée une fille a maistre Jehan le Juiff et Guyone Darien sa femme et fut nommée Olive par Olivier Heussault (ou Heuffault) des parties de basse Bretaigne en son temps fermier des impots de l'esveché de sainct Malo ... » (Registres paroissiaux)

Olive le Juiff fut mariée vers 1539 à Jean Leroy (« advocat des cours de Sainct Malo ») (1518-ca 1600), fils de Robin LEROY et de Guillemette MOREL. De leurs neuf enfants, Denise LEROY (1551-1631) mariée le 12 octobre 1569 avec Guillaume Porée 1532-1577, dont Pierre Porée, sieur de la Basselande qui inscrit son nom en 1650 sur ce Livre d'heures :



* Je remercie Odile Albert pour son aide .... La lecture reste peut-être à confirmer pour certains mots ...

dimanche 14 avril 2013

Saint (T)Uzven, un nouveau saint breton ... « homologué » par un Livre d'heures du XVe siècle



Saint-Brieuc, BM, ms 1. Litanies, détail, f. 96v. © BVMM / IRHT

Nous avons relevé dans une contribution aux Mélanges Gwénaël Le Duc (1) le grand intérêt des Livres d'heures et de leurs calendrier et litanies pour l'hagiographie. Le cas de la Bretagne est assez significatif à ce point de vue où moults saints (non canonisés) ont été honorés tout au long du Moyen Âge. Peu d'entre eux en fait, outre ceux qui ont bien été régulièrement canonisés (en très petit nombre d'ailleurs, dont Yves, Guillaume ...) sont inscrits aux litanies de ces Livres d'heures si populaires au Moyen Âge. La grande majorité n'est connue que par la toponymie et les dédicaces des chapelles ou des églises, des croix et des fontaines si nombreuses sur le sol breton.

Le manuscrit coté 1 de la Bibliothèque de Saint-Brieuc est un Livre d'heures dont le calendrier et les litanies sont à l'usage de l'ancien diocèse de Saint-Pol de Léon. Malgré sa "mutilation" (toutes ses miniatures ont été arrachées), ce manuscrit reste exceptionnel dans la mesure où il est l'unique témoin "liturgique" d'un saint pratiquement inconnu : TUZVEN, inscrit aux litanies (f. 96v, photo ci-dessus). 

SAINT USVEN

En 1540, suite au décès de son frère Jean, Marie de Saint-Gouesnou hérite du manoir des Salles, avec la chapelle de saint Tuzven et le cimetière qui l'entoure (aveu de Charles de Ploeuc, du 3 octobre 1540 (Nantes, ADLA, B 1018, chambre des comptes, sénéchaussée de Brest et St-Renan) :

Item confesse tenir prochement la chappelle dudict manoir des Salles setuée en lad. parroisse nommée la chapelle Saint Tuzven o le cymetiere cernant lad. chapelle.


Nantes, ADLA B 1018. Photo Françoise Simon.

Olivier Moal m'a fait connaitre l'aveu de "Messire Alain du Chastel chevalier seigneur de Kerlech" de juin 1689, qui "déclare tenir et posséder... en l’évéché de Léon, la seigneurie et terre de Kerlech et ses dépendances"  :

En la paroisse de Ploudalmézeau, le manoir de Kerlech, son moulin avec chaussée, étang, marécage, convenant noble de St Drionné, deux autres convenants en la juridiction royale de Brest, justice patibulaire à quatre piliers, droit de marchés tous les lundis de chaque semaine, des foires au bourg de Ploudalmézeau, prééminences et droits honorifiques, écussons, tombes, enfeus dans la dite église de Ploudalmézeau, dans les chapelles de Ste Brigide et Kerlannou, de St Mathieu au Kerigou, de St Roch, de St Mandé, de St Tuzven, et dans la chapelle dédiée à Notre Dame de Recouvrance, le tout en la dite paroisse de Ploudalmézeau, droit de présentation et de patronage dans la chapelle de St Yves en la paroisse de St Renan .... (Quimper, ADF, 1E 1074)

Cette chapelle de Saint-Tuzven, de petites dimensions (6 m x 6 m), aujourd'hui disparue, était bordée par la grève qui porte son nom, là où se trouvait un cimetière marin (2). Le "pardon" qui lui était associé, tenu le jour de la saint Jean-Baptiste, était encore célébré en 1770. Des mariages, baptêmes et enterrements y ont été encore administrés jusqu'en 1763, inscrits aux registres paroissiaux. Jean Tourmen, prêtre, doyen des chanoines de Kersaint-le-Chatel, s'intitule en 1731 "gouverneur de l'église et chapelle de Saint-Tuzven en Ploudalmézeau".

Les murs de Saint-Usven étaient encore visibles au début du XXe siècle. 

[Chapelle Saint Tuzven, 1540 ; Saint Tutven, 1650 ; Sainct Tuzven, 1662 ; Sainct Uzven, 1676 ; Saint Tusven, 1687 (Dictionnaire topographique du Finistère, par Albert Deshayes, Ed. Coop Breizh, 2003].

Le prénom Tuzven était porté dans la région. L'aveu précité de 1540 fait mention de : Tuzven Legros, Tuzven Quibiltin ... Le 21 septembre 1653, Tusven Mazé et Magdalenne Le Hir, sa femme, font un legs à la Confrérie du Rosaire de Landunvez (Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, 1924, p. 352). Jusqu'au XVIIe siècle on relève encore son utilisation : Tuzven Le Hir (1722, 1745), Tuzven Le Gentil (1758), Tuzven Cornen (1774)

La présence d'autres saints léonards dans le Livre d'heures de Saint-Brieuc doit être relevée. Outre les saints locaux , le calendrier honore les sept saints de Bretagne, les saints"fondateurs", dont le pèlerinage fut très populaire à la fin du Moyen Âge : Samson, Malo, Brieuc, Tudgual, Pol de Léon, Corentin, Patern.
Ci-dessous les saints bretons, certains assez rares comme Ronan, Alour, Conogan, Tremeur :
(Entre parenthèses les lieux de culte au diocèse de Léon)
Février 
1- Saint Brigide (sainte Brigitte = Ploudalmezeau)
Mars 
1- Saint Albin
2- Saint Yovin (saint Jaoua = Plouvien)
3- Saint Vuingualoy (saint Guénolé, le fondateur de l'abbaye de Landévennec = Lannilis, entre autres ...)
12- Saint Poul (en lettres d'or) (= Saint Pol de Léon, Lampaul-Ploudalmezeau)
17- Saint Prive (sic = pour saint Patrice ?)
30- Saint Ermel (diffèrent de Armel, sans doute saint Ermeland (Hermeland), abbé d'Indre : fêté le 26 mars par le missel de Rennes (XVe s.) Paris, BnF, Lat. 1098.
Avril 
16- Saint Paterne (= évêque de Vannes)
30- Un nom en lettres d'or illisible, probablement saint Brieuc
Mai a été découpé
Juin
1- Saint Ronan (= Saint-Renan)
7- Saint Tudguoal (= Saint-Pabu)
9- saint Columbain (= Plougoulm)
18- Saint Herve (= Lanrivoaré)
21- Saint Meen (= Ploumoguer)
Juillet
1- Saint Golven (= Goulven)
13- Saint Turien
28- Saint Sampson (= Landunvez)
29- Saint Guille' (saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc)
Aout
16- Saint Armel (= Plouarzel)
Septembre
Octobre
9 et 10 - Saint Poul
15- S. Conogan (en lettres d'or) (= Landerneau)
24- Magloire
26- Saint Alour (= chapelle à Ploudalmézeau)
29- Saint Yves (en lettres d'or)
Novembre
8- Saint Tremour (saint Trémeur = Plouvorn)
14- Saint Malou
18- Saint Mande (saint Maudez = Ploudalmezeau)
Décembre
12- Saint Corentin (en lettres d'or)

Aux litanies, f. 96v
Sancte Yvo
Sancte Budoc
sancte Paule
....
Sancte Hoarvee
Sancte Golvine
...
Sancte Tuzvene



Saint-Brieuc, BM, ms 1. Détail, bordures © BVMM / IRHT

Le format important (200 x 140 mm), la qualité du parchemin, des bordures enluminées (sur la totalité des pages du manuscrit) et la délicatesse des initiales ornées, nous laissent penser que cet ouvrage de luxe fut en possession d'un personnage aisé. Pourquoi pas un membre de la célèbre famille du Chastel dont le château de Trémazan dresse encore ses ruines non loin de l'ancienne chapelle Saint-Usven, dominant l'entrée de l'anse de Portsall. Pourtant cette hypothèse pourrait avoir un défaut : l'absence de saint Tanguy ... intimement mêlé aux du Chastel... et qui avait sa chapelle à Landunvez. Mais peut-être son nom était-il inscrit sur la page du mois de mai arrachée du manuscrit. En effet, le saint est honoré au 8 mai dans un autre Livre d'heures prestigieux, les Heures de Guémadeuc sur lesquelles nous reviendront.
Pour ce qui est de la datation du manuscrit, soulignons l'absence de la fête de saint Vincent Ferrier du 5 avril, mort en 1419 à Vannes et canonisé en 1455. Le cardinal Alain de Coêtivy (+ 1474) qui assista au procès de canonisation du saint apporta en Bretagne des reliques de Vincent, déposées à Ploudalmezeau ("Saint Visant kannat doue", Kannadik Ploudalmezeau, bulletin paroissial de Ploudalmézeau, 1975, n° 7, p. 5-6).


Château de Trémazan


Carte de la partie ouest du pays de Léon


Croix du Guilliguy, baie de Portsall, témoin de l'ancienne chapelle de Saint-Usven (Ploudalmezeau)


Le manuscrit de Saint-Brieuc contient également quelques petits textes auxiliaires que l'on rencontre parfois dans certains Livres d'heures. Ainsi, au f. 228, les "physiques des mois" :

Ces sont les fisiques des moys
En jenvier ne doit on mie seigner mais user gengibre (= gingembre)
En fevrier fet bon seigner de la vaine dou foye et user aigremoine
En mars ne doit on mie seig=
[f. 228v] ner de la vaine moyne pour airer le pomon
En moy fet bon seigner et user aluisne
En juing doit on bouire eyue (= eau) freide a ieun et soy garder de luxure
En jeugnet ne deyt on mie seigner ne en aoust mes user herbs
En aoust ne doit on mie seignier mais user froides herbes
En septembre fet bon seigner et user veroine (= vetoine)
En octobre doyt on mangier rosins et bouure moust et let pour lestomac

Voir ici une version diffèrent

Notes
(1)
Jean-Luc Deuffic, « Ora pro nobis… Notes sur quelques litanies et calendriers bretons de la fin du Moyen Âge », dans A travers les îles celtiques. Mélanges à la mémoire de Gwénaël Le Duc, PUR/ Klask, 2008, p. 201-217.

(2) Yves-Pacal Castel et G. Kaigre, "Le cimetière marin de Saint-Usven en Ploudalmézeau", dans BSAF, tome CV, 1977, p. 207-212. Fouilles effectuées dans le cimetière disparu de Saint-Usven.

Documentation : Jean L'Hostis (recteur) : Portsall, centenaire de l'église (1896-1996) [ en ligne ]

Je remercie Yvette Roussin, Françoise Simon (pour la photo) et Olivier Moal.
Nous reviendrons plus en détail sur ce manuscrit dans notre INVENTAIRE DES LIVRES D'HEURES DE BRETAGNE

dimanche 24 mars 2013

« Tant que puysse » : le Livre d'heures d'Antoinette de Marquais (Baltimore, Walters Art Museum, W 243)


Le manuscrit Baltimore, Walters Art Museum, W 243, conservé dans une précieuse reliure d'époque, est un Livre d'heures de la seconde moitié du XVe siècle à l'usage de Tours, exécuté selon le catalogue dans l'est de la France (?). Pour ce qui est de la décoration, une seconde campagne s'est efforcée de produire plusieurs miniatures (voir ci-dessous, f. 65, par exemple) dans le style des années 1400-1420 : Lilian M. C. Randall utilise le terme "old-fashioned". L'ouvrage se compose de 154 f. de 192 sur 140 mm, et est illustré de 12 grandes miniatures. Les Heures de la Vierge et l'Office des morts sont tourangeaux. On remarque au calendrier la fête de la dédicace de l'église Saint-Maurice au 7 janvier, sanctuaire qui fut la première cathédrale de Tours, édifiée par l'évêque Lidoire, prédécesseur de saint Martin. De même s'y trouvent les fêtes de saint Gatien (celle 19 octobre - Revelacio -, et celle du 18 décembre). Plus curieuse est la présence au 2 mars d'un abbé "Jovinus", que Randall identifie avec le saint breton Jaoua, connu comme évêque de Léon et premier abbé du monastère cornouaillais de Daoulas (Finistère) faisant, bien entendu, partie de la province ecclésiastique de Tours. Le copiste de ce manuscrit était-il d'origine bretonne, du pays de Léon ? Il faut pourtant se garder de prendre pour argent comptant les calendriers de ces Livres d'heures dont certains contiennent à n'en pas douter de grossières erreurs. D'autre part, à cette date on honorait aussi à Rome les martyrs Jovinus et Basileus ...


Tombeau de saint Jaoua à Plouvien (Finistère) source


© Walters Art Museum, W 243, f. 65

Au f. 44v du manuscrit du W.A.M. une main a tracé : 

tant que puysse / anthoinette de marquays

Et le monogramme "PA" (= Pierre & Antoinette ? -- Philippe & Antoinette ?). D'autres prières sont signées de sa main.
Antoinette de Marquay (anciennement Marquais), (d'or, fretté de gueules) dame du lieu (près de Bailleul-aux-Cornailles, au Nord/Ouest d'Arras), épousa Pierre d'Habarcq, chevalier, seigneur du village de ce nom et d'Aubigny la Marche, capitaine des ville et cité d'Arras, décédé le 23 octobre 1535, à 5 heures du soir. Ils furent inhumés dans l'église paroissiale d'Habarcq (Pas-de-Calais) qu'ils avaient fait bâtir, sous un tombeau exécuté par le sculpteur François de Vernay.
En 1835, le chœur fut pavé en pierres bleues. Ce travail mit à jour sous le marche pied de l'autel de la Sainte-Vierge, l'entrée d'un caveau où l'on trouva trois cercueils en plomb et très-anciens, renfermant, dit-on, les corps de Pierre de Habarcq, de Marie de Habarcq et de Gilles de Lens. Marie, héritière, épousa en 1550 Gilles de Lens, chevalier, baron d'Aubigny et gouverneur de Béthune (1).
Le Père Ignace qui a visité la plupart des lieux dont il parle, nous apprend qu'au moment où il écrivait, on voyait dans l'église le mausolée de Pierre de Habarcq enchâssé dans la muraille du sanctuaire, sous une voûte, du côté de l'évangile. Plusieurs ouvrages en pierres très-bien travaillées en faisaient les ornements. Pierre de Habarcq était représenté avec sa femme sous un marbre autour duquel on lisait l'inscription suivante : 

Ci gisent Pierre d'Habarcq, chevalier, seigneur d'Habarcq, d'Aubigny-la-Marche, Villers-Châtel, capitaine de la garde de l'empereur, capitaine des ville et cité d'Arras, et Antoinette de Marquais, dame dudit lieu, de Warlus, laquelle mourut le 24 novembre 1529 et lui le 23 octobre 1530" (ou 1535). Source.


Source : Casimir de Sars de Solmon, sur le site de la BM de Valenciennes
22- Pierre de Habarcq, sr du dit lieu, Villers-Castel, ... et Aubigny, gouverneur d'Arras mort en 1535. Il avoit épousé Antoinette de Marquais, dame héritière du dit liue, de Givenchy et de Colocamp, porte d'or, fretté de gueules, fille de Pierre de Markais, de Neufville, et d'Anne de Cotteret*.

* D'autres sources la donnent fille de Antoine de Marquais et de Bonne Le Borgne.

A Pierre Lambert, paintre, pour six grans blazons faicts sur pappier aux armes de feu Pierre de Habarcq, escuier, maistre d'hostel de mond. sgr, pour servir à ses oxèques (obsèques), a esté paié le 22e jour de septembre xv patars. (La Picardie, Volume 6, 1860, p. 556).

Autres inscriptions sur le Livre d'heures :
Motto et nom : "Votre sans plus / trazegnies" (f. 44v) ( = Le manuscrit London, British Library, Add. 41322, copié en France au début du XIVe siècle, porte 3 annotations de membres de la famille de Trazegnies, dont Jean III, chevalier de la Toison d'or, seigneur de Semeries et châtelain d'Ath dans le Hainault (1470-1550) : "Che livre est a mes'. Jeh. de trazeg. Sr. dirchonwez et lacheta a mons a Robert avalleur de vin, en septembre lxx" [1470]. Les armes de cette famille se trouvent sur les fermoirs du manuscrit. Noëlle-Laetitia Perret, Les traductions françaises du De regimine principum de Gilles de Rome, Brill, 2011, p. 151. Voir également le Paris, BnF, Fr. 23927 (Tractatus de origine, natura, iure et mutationibus monetarum) avec les armes de cette famille (ci-dessous) [ lien Hanno Wijsman - Luxury Bound ]

"Chette heure sont a / madame Darq" (f. 1)
f. 1 : "A madame / De Dudzelle / 1571" (= peut-être de la famille de Ghistelles, de la branche des seigneurs de Dudzeele ?)
f. 15v : "Votre bonne cousinne / Ysabeau Descorney" --- "Votre bon amy / Jacques de Luxembourg" / Nul Ne la / J de luxe[m]bourg" (= Les "Jacques" sont nombreux dans la famille de Luxembourg .... Peut-être Jacques Ier de Luxembourg, seigneur de Fiennes et de Gavre, fils ainé de Thibaut, frère de Jean, cité ci-dessous, qui épouse Marie de Berlaymont (+ 1529), dame de Pommereulx, inhumés aux Jacobins de Douai). En 1473, Jacques est de ceux qui transportent le corps de la duchesse Isabelle de la chartreuse de Gosnay près de Béthune à celle du Champmol, près de Dijon. "Il servait comme conseiller - chambellan à la cour Charles le Téméraire et à celle de Marie de Bourgogne et de Maximilien. En 1479, ce dernier le nomme maréchal de l'ost et capitaine de Douai. Une année auparavant, en récompense de ses services Jacques avait été déjà été élu, lors du chapitre de Valenciennes, chevalier de la Toison d'Or". [ source ]
f. 30v : "fille qui bien vos aime / Jaquelyne Descorney" = Jacqueline de Gavre, dame d'Escornaix, (d'or au lion de gueules, armé, larapassé et couronné d'azur, à la bordure engrôlée de sable) femme de Jean de Luxembourg, comte de Sottenghien, fils de Thibaut de Luxembourg, seigneur de Fiennes et de Philippote de Melun, mort à Chypre en 1485, sans postérité.
f. 74 : "Votre mary qui sera / philippes de habarcq" = Philippe de Habarcq, chevalier, mari d'Antoinette de Lalaing, père et mère de Pierre d'Habarcq.
Cette inscription semble indiquer que le Livre d'heures fut primitivement entre les mains de Philippe et d'Antoinette. Les de Lalaing ont une grande tradition bibliophilique ...
Philippe, chambellan et conseiller du roi de France, était le fils d'Antoine de Habarcq et de Marie Jeanne Le Josne Contay ; Antoinette, fille de Josse de Lalaing († 1483) et de Bonne de La Viefville. Nous avons décrit sur ce blog, les Heures de Josse et de sa femme, Bonne [ lien / link ]
Philippe fit promesse en 1482 de maintenir la paix d'Arras (Lille, ADN, B 359)

Autres Armes peintes sur le Livre d'heures: aux f. 16, 79, 90 : écartelé, 1 et 4, fascé d'or et d'azur, de huit pièces, chargé en chef de trois annelets de gueules ; 2 et 3, de sable, au chef d'argent (= La Viefville et Milly, selon M. Pastoureau). Jeanne de Milly était aïeule de Bonne de la Viefville.
Armes non identifiées : f. 65, d'argent à la fasce de sable, accompagnée en chef de deux fleurs de lys de gueules, une autre en pointe ; f. 31, de sinople à la fasce de gueules ; f. 73v, d'hermines sur champ d'argent à trois chevrons.


 
Habarcq se trouve dans le Pas-de-Calais, canton de Beaumetz-les-Loges.

(1) Avant la Révolution se voyait dans le chœur de l'église des Récollets d'Arras un mausolée : Gilles de Lens y était représenté à genoux, vêtu d'une cotte à ses armes (écartelé, d'or et de sable, timbré d'un heaume de profil surmonté d'une couronne de marquis, avec un cygne pour cimier) ; sa femme, Marie de Habarcq, était également agenouillée à ses cotés. Sur le socle du monument on pouvait lire :

Cy gisent les corps de hault et puissant seigneur Messire Gilles de Lens, au jour de son trépas chevalier, baron et seigneur d'Aubigny le Conte, seigneur d'Aix, Raymondrie, Grand Fossé, Vermelles, Gouy, Frémicourt, Blavincourt, Coges en partie, gouverneur et capitaine des ville et chasteau de Béthune, et noble dame Madame Marie de Habarcq sa compaigne, à cause d'elle seigneur etc.. lesquels allèrent de vie à trespas, à savoir ledit seigneur le Vendredi XXIIIIe jour de Mars 1563 avant Pasques et lad. dame le Xe jour d'Avril 1570. Pries Dieu pour leurs ames.
(Paris, BnF, Fr. 8238, f. 110.)

C'était probablement le cœur de Gilles de Lens et celui de Marie d'Habarcq qui avaient été déposés dans l'église des Récollets d'Arras car leurs cercueils en plomb se trouvaient dans un caveau de l'église d'Habarcq [ source ]. Une inscription conservée au Musée d'Arras énumère encore tous les biens de Gilles de Lens :

"Cy gist noble et puissant seigneur Messire Gilles de Lens, chevalier, en son temps gouverneur et cappitaine des villes et chastiau de Béthune, cappitaine de deux cens chevaulx, Sr d'Aix, Grand Fosse, Gouy, Loges, Bavincourt, beaumes, Pourchelet, Menricourt, Bully, Noiellette, Baron d'Aubigny le Comte et à cause de noble et puissante dame Madame Marie de Habarcq sa compaigne, Sr et fondateur de Ceens, Sr de Habarcq, baron d'Aubigny la Marche, Noiellette, Yzes, Agnez, Villers Castel, Le Vigne les arras, Givenchy le Noble, Wionville, Markais, Colleincamps, Warlus, Noevfuiroeul, Peti Dragon, Monchiet et Pumiers ; qui trespassa le vingt quatriesme de mars mil cincq cens soixante trois. - Pries Dieu pour son ame" (Épigraphie du département de Pas-de-Calais, Volume 1, p. 89).

Tableau généalogique
Philippe de Habarq x Antoinette de Lalaing
|
Pierre de Habarq
(+ 1530 ou 35) x Antoinette de Marquais
|
Marie de Habarq, dame héritière, x
(ca 1530) Gilles de Lens, sr d'Aix, baron d'Aubigny
|
2 garçons et 4 filles

Biblio
: Lilian M. C. Randall, Medieval and Renaissance Manuscripts in the Walters Art Gallery, vol. II/1, France, 1420-1540, 1992, p. 190-194, n° 138.

Le manuscrit Bruxelles, KBR 9390, Le spirituel jeu de la paume, du XVe s., fut en possession de Philippe de Habarcq et d'Antoinette de Lalaing, père et mère de Pierre [ lien ]

L'église paroissiale d'Hoogstraeten (Anvers) conservait des vitraux représentant Philippe de Habarcq et sa femme Antoinette de Lalaing (chapelle de la Sainte-Vierge, ci-dessous), et Josse de Lalaing et sa femme Bonne de la Viefville, verrières détruites en 1944.


[ source ]

Documentation sur la famille d'Habarcq : Archives des baronnie et château de Lucheux (pdf)


Château de Villers-Châtel (source)


© Paris, BnF, Fr. 23927. Frontispice, avec les armes de Trazegnies : bandé d'or et d'azur de six pièces, à l'ombre de lion de sable, brochant sur le tout, à la bordure engrêlée de gueules

mercredi 20 février 2013

Le calendrier de Vannes des Heures manuscrites de la BM de Rennes, 1696


Dans la belle série de Livres d'heures de la Bibliothèque de Rennes Métropole se trouve un manuscrit malheureusement mutilé de toutes ses miniatures et enluminures mais présentant un réel intérêt pour l'histoire liturgique du diocèse de Vannes. Les Heures datées sont assez rares en Bretagne, soulignons-le. Celles-ci furent achevées la veille de la Saint-Jacques 1398, c'est-à-dire le mercredi 24 juillet (voir calendrier médiéval) :

Lan mil .CCC. IIIIxx. // furent acomplies cestes // heures. la veille de sai[n]t // Iacques

Le livre d'heures en question provient des collections de l'Endowment for Biblical Research de Boston, catalogué par Judith H. Oliver en 1985 dans Manuscripts : Sacred and Secular, n° 91, p. 54-56, manuscrit  acquis par la Bibliothèque de Rennes auprès de la galerie Les Enluminures en 1998.   


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms 1696

Notre ami André-Yves Bourgès a donné (en ligne) quelques indications sur la liste épiscopale de Vannes connue tardivement par le cartulaire de Sainte-Croix de Quimperlé. Le calendrier du Livre d'heures de Rennes atteste du culte liturgique de plusieurs évêques vannetais, certains très caractéristiques, oubliés de notre Histoire. Il reste conforme aux témoins présentés par l'abbé François Duine (Inventaire liturgique, 1922, n° 223 et 224) : les missels de Rouen (BM 307, XVe siècle) et de Paris (BnF, Nlle acq. lat. 172, à l'usage du vice-chancelier Ynisan, daté de 1457). Le clericus Dolensis de préciser : "Le calendrier de Vannes, au XVe siècle, est un des plus riches au point de vue provincial et local".

Calendrier
3 mars : Vingolay abbatis (= saint Guénolé, fondateur de Landévennec)
16 avril : depositio sancti Paterni (= évêque de Vannes)
2 mai : Corentini et Brioci episcoporum (en rouge)
11 : Gilde abbatis (= fête de l' "invention" du corps de saint Gildas)
13 : Servacii presbiteri
17 : Macuti episcopi (= noter le dédoublement Macut/Malo)
19 : Yvonis confessoris (en rouge)
24 : Donaciani martiris
4 juin : Petroci confessoris
6 : Tudguali episcopi (= plus exactement Gudual, confondu avec le Tudgual de Tréguier, fêté au 5 juin et 2 décembre)
7 : Meriadoci episcopi (= évêque de Vannes)
20 : Mevencii (sic) abbatis (= Meen, fondateur de l'abbaye de Gaël)
22 : Bilii martiris (= évêque de Vannes)
27 : Meldroci episcopi ve[netensis] (en rouge) (= évêque de Vannes)


Chapelle de Locmeltro à Guern (Morbihan), dédiée à saint Meldroc - Cliquer pour agrandir -

13 juillet : Turiavi episcopi
19 : Gonerii confessoris
28 : Sampsonis epsicopi
29 : Guillelmi epsicopi (= Guillaume, évêque de Saint-Brieuc)
16 aout : addition ancienne s. Armel
19 : Guennini episcopi (en rouge) (= évêque de Vannes)
20 : Philiberti abbatis
13 septembre : Amantis episcopi ven. (= évêque de Vannes)
10 octobre : Pauli episcopi (= Pol, évêque de Léon)
11 : Melanii epsicopi (= Melaine, évêque de Rennes)
24 : Maglorii episcopi
29 : Translacio beati Yvonis
3 novembre : Guenhaelii abbatis
6 : Melani epsicopi (= voir au 11 septembre)
15 : Maclovii episcopi
21 : Columbanii abbatis
12 décembre : Corentini epsicopi
14 : Guinerii martiris

Pour comparaison voir le calendrier de Vannes ca 1450-60 des Heures de Pierre de Pledran à l'usage de Nantes :
Copenhagen - The Royal Library - Thott 114 8° (transcription Erik Drigsdahl)


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms 1696

Litanies
Armel (en addition ancienne)
Paterne (= Vannes)
Corentin (= Quimper)
Paul (= Léon)
Tudgual (= Tréguier)
Yves (= Tréguier)
Brieuc (= Saint-Brieuc)
Guillaume (= Saint-Brieuc)
Malo (= Saint-Malo)
Samson (= Dol)

Liste des évêques de Vannes : Cartulaire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, 2e édition revue, corrigée et augmentée, par Léon Maître et Paul de Berthou, Paris, H. Champion, 1904 [numérisé sur Gallica] :


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Source photos du manuscrit 1696 : Bibliothèque de Rennes Métropole

jeudi 17 janvier 2013

Le Livre d'heures de Jean de Popincourt et de Catherine Le Bègue




Un Livre d'heures à l'usage de Paris, ca 1440-1450, décrit il y a déjà quelques années par Joachim M. Plotzek et sans doute aujourd'hui dans une collection particulière a appartenu à trois générations successives des Popincourt (Popaincourt) : Jean de popincourt et Catherine Le Bègue, sa fille Claudine de Popincourt et Jean du Plessis, son mari, et enfin à Guillaume du Plessis, fils de ces derniers. Le manuscrit porte sur un de ses feuillets, à la Crucifixion, un couple en prières (miniature ci-dessus) : Jean de Popincourt et son épouse Catherine Le Bègue.
Jean de Popincourt, seigneur de Sarcelles et de Liancourt, fils de Jean de Popincourt, premier président au Parlement de Paris. Il était substitut du procureur général audit parlement dès l'année 1458, d'après un arrêt du 26 juillet de cette année. Il fut chargé pendant la ligue du Bien Public de la garde de la porte Saint-Denis, et envoyé en ambassade en Angleterre en 1466 avec l'amiral de France et l'évêque de Langres ; il est qualifié président en la Chambre des comptes dans des lettres du 10 juillet 1469, qui le commettent pour faire publier les lettres de don de la Guienne en apanage à Charles de France ; il fut reçu troisième président au Parlement de Paris en 1471, et l'un des commissaires chargés d'instruire le procès du comte de Saint-Pol en 1475. Il avait épousé Catherine le Bègue, fille de Jean le Bègue et de Catherine Paillard, et mourut le 21 mai 1480. (Blanchard, Les Présidents à mortier du Parlement de Paris, p. 105.)  
 
Jean de Popincourt mourut le 23 mai 1480, ainsi qu'on le voyait par son épitaphe placée sur son tombeau dans l'église Sainte-Croix de la Bretonnerie, au milieu du chœur, sous une tombe plate de marbre noir, sous le lutrin. Il laissa une fille du nom de Claudine qui épousa en 1463, Jean de Plessis.

"Ci gist noble homme et saige maistre Jehan de Poupaincourt, en son vivant seigneur de Sarcelles et Lyancourt, conseiller du roy nostre sire et president en sa court de parlement, lequel trespassa le XXVe jour de may M CCCC LXXX".
"Aussy gist noble damoyselle Catherine Le Begue, femme dudict de Poupaincourt, laquelle trespassa le IVe jour d'octobre M CCCC IC"
"Cy gist noble homme Jehan du Plessis, en son vivant seigneur D'Onchamps, de Savonnieres et de la Prugne, conseiller et maistre d'hostel ordinaire des roys Louis XI et Charles VIII, lequel trespassa Le XXVe jour de may M CCCC XCIV"
Cy gist noble damoiselle Claude de Poupaincourt, dame de Sarcelles et de Lyancourt, femme dudict Jehan du Plessis, laquelle trespassa le XXVe jour de novembre M D X. - Priez Dieu Pour Eulx.

Source : 
Épitaphier du vieux Paris, tome III, Chartreux-Saint-Etienne-du-Mont, publié par Emile Raunié, Paris, Imprimerie nationale, 1899, p. 433.
Popincourt : d'azur, à la croix engrêlée d'or. Du Plessis : d'argent, à la croix engrêlèe de gueules et chargée de cinq coquilles d'or -- Le Bègue : D'argent à trois croix ancrées de pourpre à la bordure engrêlée d'azur
Voir le testament de Jean de Popincourt (son oncle), publié en ligne sur Corpus de l'Ecole nationale des chartes, d'après Tuetey, Testaments enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI.

Documentation :
Archives du château de Chantilly :
1-BA-042 SARCELLES. Aveu de Jean de Poupaincourt, dit Soullart, 22 janvier 1427 [1428] ; de Jean de Poupaincourt, licencié en lois, avocat au Châtelet de Paris, seigneur de Sarcelles, 5 janvier 1436 [1437]. Il vend à Oudin Gagnepain, laboureur, la maison qui lui est échue par la mort d'André Lasneuze, 30 décembre 1437.
2-BA-030. 1457, 6 mars, Jean de Poupaincourt, écuyer, avocat en Parlement, seigneur de Sarcelles, tiers de ladite seigneurie par lui acquis de Guillaume de Malloc et de Jean de Martainville, écuyers.
1-CD-010. Catherine Le Bègue, veuve de Jean de Poupaincourt, président au Parlement, reçoit Fiacre de Harville en foi et hommage, 4 janvier 1489 [1490].
 
Biblio :
Joachim M. Plotzek, Andachtsbücher des Mittelalters aus Privatbesitz, Köln, Schnütgen-Museum, 1987, n° 21, p. 112-114. 
Virginia Reinburg, Books of Hours, 2012, p. 65.
G. Dupont-Ferrier,  "Les avocats à la Chambre ou Cour des aides de Paris au XVe siècle", dans Bibliothèque de l'école des chartes, 93, 1932, p. 267-313 (p. 301) [ en ligne sur Persée ]
G. Dupont-Ferrier, "Les avocats à la Cour du Trésor de 1401 à 1515",  dans Bibliothèque de l'école des chartes, 98, 1937,  p. 99-145 (p. 119) [ en ligne sur Persée ]

lundi 7 janvier 2013

Les Heures de Josse de Lalaing et de Bonne de La Viefville



(c) Quaritch

En feuilletant par hasard un ancien catalogue de la maison Quaritch, une notice a retenu mon attention, celle d'un Livre d'heures à l'usage de Rome présenté comme étant de la maison du Bec, famille bien connue en Bretagne et Normandie. Ce manuscrit de 207 f. mesurant 133 mm sur 95 mm, copié sur 16 lignes à la page, renferme quatre miniatures des Evangélistes en grisaille et onze grandes initiales décorées.
Une recherche plus poussée m'a conduit à rejeter l'identification proposée par le catalogue Quaritch, conforté par l'aide précieuse d'Hanno Wijsman (IRHT). En effet, les armes de Lalaing (1er parti, de gueules, à 10 losanges d'argent aboutées, accolées et rangées 3, 3, 3, 1, la première à dextre chargée d'un lion de gueules) (1), celles de la Viefville (d''or à trois fasces d'azur, trois annelets de gueules brochant sur le champ et la première fasce) et les initiales entrelacées "J" et "B" ne pouvaient que s'appliquer à Josse de Lalaing et à son épouse Bonne de La Viefville, armes que l'on peut voir également sur le vitrail de la Sainte-Trinité en l'église collégiale Sainte-Waudru de Mons offert par leur fils Antoine et son épouse Elisabeth de Culembourg (2).


Armes de Charles II Lalaing, neveu d'Antoine de Lalaing. Fragment de vitrail de Sint-Katharinakerk van Hoogstraten [ source ]


Armes de Simon de Lalaing, seigneur de Montigny. Musée de l'Hotel Sandelin à Saint-Omer.

Sur le personnage :
J. Lauwerijs, Het testament van Joost de Lalaing (+ 1483), Hoogstraeten, chez l'auteur, 1935, 37 p.
Claude Thiry, "Un inédit de Jean Molinet : l'épitaphe de Josse de Lalaing, sire de Montigny (+ 1483)", dans Bulletin de la Commission royale d'histoire, vol. cxxxix, 1973. p. 29-66.
Christiane Van den Bergen-Pantens, "Le tableau des 32 quartiers de Josse de Lalaing, chevalier de la Toison d’or, seigneur de Brosende († 5 août 1483)", dans Jean-Marie Cauchies et Jacqueline Guisset, Du métier des armes à la vie de cour, de la forteresse au château de séjour : XIVe-XVIe siècles, Turnhout, Brepols Publishers, 2005, p. 194-204.

Fils de Simon de Lalaing (second fils d'Othon), seigneur de Montigny, et de Jeanne de Gavre, dame d'Escornaix, de Bracles et Salardingh (fille d'Arnauld de Gavre et de Marie d'Aumont, dame de Bracles), Josse reçut l'ordre la Toison d'Or au treizième chapitre, tenu Bruges en 1478.

Marié en 1462, on peut supposer que le Livre d’heures fut exécuté vers cette date, peut-être comme cadeau à cette union.

Epitaphe de Josse de Lalaign

Ci-gît Messire Josse De Lalaing, Seigneur et Baron dudit lieu, Seigneur de Hantes, Montigny, Bracles et Salardinghe, qui épousa Marie-Bonne de la Vieufville, fille et héritière de Louis de la Vieufville, Seigneur de Sains, Bertes, Orvilliers et de Maurepas, en le Comté d'Artois et d'autres Seigneuries, il fut de l'ordre de la Toison d'Or, Conseiller et Chambellan des magnifiques Princes Charles, Duc de Bourgogne, puis Maximilien, Archiduc d'Autriche et de Dame Marie de Bourgogne, sa femme, il fit plusieurs grands voyages tant par mer que par terre, haut à joutes et tournois, eut plusieurs grandes charges de gendarme, fut Capitaine de cent lances et de Péronne, prit d'assaut une île, le Duc Charles étant venu devant Nuys, fut amiral, Grand Veneur et Commis à créer les lois de Flandre ; Capitaine des deux châteaux et ville de l'Écluse, fut pris à la bataille de Nancy au service de son Prince Charles, qui là mourut, fut Chevalier d'honneur à ladite Dame Duchesse, laquelle eut en lui si grande confiance qu'elle le fit Ier Chambellan et Gouverneur de Monseigneur Philippe, Archiduc d'Autriche son fils, depuis Monseigneur Archiduc et Duc de Bourgogne, Maximilien, qui après fut Roi des Romains ; le fit Gouverneur de Hollande, de Zélande et de Frise, qui pour lors étaient rebelles, et néanmoins après plusieurs rencontres et villes prises, tant par armes que par beau (?), les réduisit à l'obéissance, subjugua la ville d Utrecht, prit d'assaut la forte ville de Hornes en Frise, acquit la Baronnie de Lalaing : Utrecht se remue (?), laquelle fut assiégée par Maximilien d'Autriche où ledit Seigneur Josse avait la charge de toute l'armée et faisant affuter une bombarde, fut atteint de deux coups d'arquebuse, vécut jusqu'au lendemain, se confessa ; reçut son dernier sacrement et trépassa, Chevalier sans reproche.

Source : Recueil historique

Voir la notice de Casimir de Sars de Solmon (Bibliothèque de Valenciennes) consacrée au couple Josse et Bonne :

Josse de Lalaing, sr de Montigny, de Hantes etc., Chevalier de l'ordre de la Toison d'or, lequel acheta la baronnie de Lalaing de son cousin germain Jean de Lalaing et mourut au siège d'Utrecht lan 1483, gist à Deins. Il avoit épousé Bonne de La Viefville, dame de Sains, Tongres et Maurepas, porte fascé d'or et d'azur de huit pièces à 3 annelettes de gueules sur les deux premières fasces, fille de Louis de La Viefville, sr de Sains et de Marguerite de Rincheval, dame de Maurepas.


Provenances du manuscrit :
Sotheby's : Highly important manuscripts, extremely valuable printed books, autograph letters and historical documents, etc. (Milo) - 1925/04/06, lot 486
Quaritch : A Catalogue of Illuminated and Other Manuscripts Together with Some Works on Paleography - 1931 Lot 46
Quaritch : Illuminated and literary manuscripts, autograph letters, etc. - 1941, Lot 22

Notes
(1) On a ici plutôt un losangé.
(2) Corpus vitrearum. Les vitraux de la première moitié du XVIe siècle conservés en Belgique. La collégiale Sainte-Waudru de Mons, t. V, 2009. [ extraits en ligne ] avec une liste de représentations du couple.

Merci à Hanno Wijsman (IRHT)

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