Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 12 décembre 2011

Vente : Recueil liturgique à l'usage de l'abbaye Saint-Victor de Paris (XIIIe s.)


La vente RIEUNIER & ASSOCIÉS du 14 décembre 2011 propose un exceptionnel manuscrit issu de l'abbaye Saint-Victor de Paris :

Lot 152 - GRADUEL–SACRAMENTAIRE–LECTIONNAIRE DE L’ABBAYE DE SAINT-VICTOR DE PARIS. Paris, second quart du XIIIe siècle ; in-folio (297 x 210 mm) de 262 f. de vélin. Ecriture bâtarde rouge et bleue sur deux colonnes de 26 lignes. Reliure du XVIIe siècle veau granité, dos à nerfs avec cinq pièces de titre de maroquin rouge ornementées dans les entrenerfs portant : MISSALE ORD. SS. TRINIT. // MSS.
f. 1-7v. RECOMMANDATION DE L’AME et Office des morts 
f. 8-18v. GRADUEL non noté : temporal, f. 8-16v ; sanctoral, f. 17-18v, s'achève mutilé aux saints Procès et Martinien (2. VII), manquent les f. 18 et 19.
f. 19-89v. SACRAMENTAIRE : temporal, f. 19-47v ; votives, f. 47v-49v ; sanctoral, f. 49v-75v ; Communs, f. 75v-89v.
f. 90-92v. CALENDRIER
f. 93-94v. GENEALOGIES notées du Christ selon saint Mathieu et selon saint Luc.
f. 95-262v. LECTIONNAIRE de la messe comportant les épîtres et les évangiles : temporal, f. 95-226v ; Sanctoral, f. 227-244 ; Communs, f. 244v-262v.

Le calendrier, les trois sanctoraux (graduel, sacramentaire, lectionnaire) et l'office des morts montrent indiscutablement que le manuscrit a été exécuté pour la célèbre abbaye parisienne des chanoines augustiniens de Saint-Victor. Au 17 juin figure la fête essentielle de l’abbaye : Susceptio reliquiarum sancti Victoris et, au 21 juillet, le même saint Victor jouit d'une octave solennelle où il est qualifié de beatissimus. Les deux autres fêtes spécifiques du 5 juin (dédicace de l’abbatiale) et du 23 juillet (Susceptio pedis sancti Victoris) ne figurant pas dans le texte, il faut en conclure qu'il est antérieur à ces deux festivités.
Au XIVe siècle le manuscrit est passé à l'usage des Trinitaires de Paris plus connus sous le nom de Mathurins comme l'attestent l'addition de la messe de saint Mathurin à la fin du sanctoral du sacramentaire et l'adjonction au calendrier d'une note ainsi conçue au 14 juillet : Obitus Egydii de Campis qui dedit fratibus sancti Maturini centum solidos annualis census

Biblio. Sur les manuscrits de Saint-Victor, voir les travaux de G. Ouy  :
Gilbert Ouy, Le catalogue de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Victor de Paris de Claude de Grandrue 1514. Présentation, texte et index par V. Gerz-von Büren en collaboration avec R. Hübschmidt et C. Régnier ; historique de la bibliothèque et concordances par G. Ouy, Paris, 1983, lxiii-734 p. 
Gilbert Ouy, Les manuscrits de l’abbaye de Saint-Victor : catalogue établi sur la base du répertoire de Claude de Grandrue (1514), Paris-Turnhout, 1999, 2 vol. 395 et 636 p., 8 pl. h.-t. (Bibliotheca Victorina, X)

Source : Catalogue de la vente RIEUNIER & ASSOCIÉS du 14 décembre 2011 [ format pdf ]

mercredi 2 novembre 2011

Vente Christie's du 23 novembre 2011


Christie's propose à sa vente de Londres du 23 novembre 2011 plusieurs manuscrits et enluminures : des Livres d'heures (lot 10, Utrecht ; lots 13, 14, Paris) ; un exemplaire (lot 11) de la Summa de Guillaume le Breton (l'auteur : Bretagne? Galles?) ; un recueil de traités (lot 12) : Walter of Bibbesworth, Le tretiz f. 1-27v ; Nicholas Bozon (c.1280-1320), Les proverbes de bons enseignements, f. 28-40v ; Hue de Tabarie, Ordre de la chevalerie f. 42-53v ; Le mariage des ix filles du diable, généralement attribué à Robert Grosseteste (1170-1253), mais donné ici sous le nom de Maurice, évêque de Paris, f. 54-67.


(c) Christie's. Illustration : lot 4 : La Présentation au Temple, enluminure tirée d'un Livre d'heures, aujourd'hui à la Chester Beaty, exécuté en 1408, l'année où les ponts de Paris se sont effondrés (colophon au f. 158) : Factum est anno mo ccco viijo quo ceciderunt pontes parisius, vendu dernièrement (The Arcana Collection, Part I, 7 juillet 2010, lot 22). Peut-être un copiste breton : présence des saints Tudgual et Corentin dans les litanies ... ou exécuté pour un commanditaire Breton [ description ]


Un colophon similaire se retrouve sur un autre Livre d'heures à l'usage de Paris : le Douce 144 de la Bodleian d'Oxford : Factum et completum est a. 1407, quo ceciderunt pontes Par(isius) - Voir Pächt & Alexander, Illuminated manuscripts, I, n° 641.

Catalogue en ligne [ Lien ]

mercredi 5 octobre 2011

Vente J. E. Prunier du 16 octobre 2011 : chartes, manuscrits, enluminures, sceaux ... et mobiliers


Une vente assez exceptionnelle pour les médiévistes ... chartes et chartrier, missel et Livre d'heures, enluminures, sceaux,  etc... seront dispersés le 16 octobre à Louviers (27). Expert : Roch de Coligny. Cabinet d’expertise « honoré d’urfé » -

Lot 101. Livre d'heures. Bourgogne, XVe s. Provenances : Bénigne Major de Darcey, 1747. Jean Major de Darcey. Etienne Fardeau. Claude Finot fils de de Humbert Finot de Roilly, paroisse de Semur en Auxois, 1657.
Nous avons retrouvé quelques détails sur ces diffèrents possesseurs :
Hubert Finot, né en 1599, décédé le 2 novembre 1673 à Montigny sur Armancon, fils de Simon Finot et de Anne Bolley, lequel épousa Jeanne Durey [ généanet ]
Jean Major, né le jeudi 26 juillet 1731, et Benigne, né le vendredi 26 février 1734, étaient fils de Pierre Major, vigneron à Darcey, et de Reine Vandeuvre [ geneanet ]. Pierre et Reine mariés le 6 janvier 1717 à Darcey. Pierre, fils de Pierre Major et Michelle Olivier ; Reine, fille de Benigne Vendeuvre et Georgette Rousselet. [ contrat de mariage : Notaire François Perrot à Darcey ADCO 4 E 115-87 ]
Etienne Fardeau épousa le 20 novembre 1731, à Thenissey, Barbe Beleurgey [ contrat de mariage : Notaire Claude Perrot à Darcey ADCO 4 E 115-101 ]

Nous avons noté lot 104 l'Inventaire après-décès (trois gros volumes in-f°) de Pierre Le Gendre, trésorier de France et conseiller du Roi, dressé à la demande de sa veuve, entre le 18 février 1525 et 9 mai 1525. On y remarque la présence de 34 livres, dont : « Unes heures en pappier à couvercles d’argent verez et à jour par le meilleu, prisez 12 livres parisiis », ainsi que des livres d’heures à l’usage de Rome, un « messel » à l’usage de Paris, de grandes heures à l’usages de Paris, une « istoire de la dance macabre »...
Biblio : Dominique Hervier, Pierre Le Gendre et son inventaire après décès, étude historique et méthodologique. Paris, Honoré Champion, 1977 [ compte rendu sur Persée ] - D. Hervier, "Un serviteur de Louis XII et de François 1er, Pierre Le gendre et son inventaire après-décès 1524", dans Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, 33/3, 1971, p. 647-688.


Château d'Alaincourt acquis par Pierre Le Gendre en 1488




Jeton de Pierre Le Gendre - (c) www.iNumis.com

Catalogue de la vente sur le site Bibliorare -

Ce même jour, l'étude de Me Prunier propose une très intéressante vente mobilière d'époque médiévale : sculptures, vitraux, meubles - dont un du XVe s. aux armes de France / Bretagne -, etc ...  [ catalogue en ligne ]

mardi 20 septembre 2011

Ventes octobre 2011 : Heures, bréviaires ...


9 octobre 2011 - Vente Livres Anciens et Modernes : Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse  
Lot 67 .- Livre d'heures à l'usage de Bourges. Milieu XV° siècle. In-8 de (108) feuillets ; basane mouchetée, dos à nerfs orné muet.



12 feuillets pour le calendrier, et 96 feuillets pour les heures de la Vierge, les psaumes de la pénitence et l'office des morts (sur 98, il manque le feuillet 34 ainsi que le feuillet 48 qui était blanc; les feuillets 46 et 47 sont également blancs).
- 3 miniatures à pleine page accompagnées d'une initiale fleurie, de quatre lignes de texte et d'une bordure fleurie:
f. 1. L'Annonciation.
f. 49. Le roi David pénitent.
f. 66. Job.
- 8 grandes initiales fleuries, nombreuses petites initiales filigrannées et bouts de lignes dorées sur fond rouge ou bleu.

11 octobre 2011. Librairie Henri Godts - Bruxelles 1050 Brussel
201 — Heures en latin et en français. Rel. moderne : veau brun, dos lisse orné de fers dorés avec pièce de titre « Manuscrit vélin 14e S. », plats au décor
Manuscrit en littera bastarda d’une main soignée et régulière ; écriture plus serrée sur certaines lignes ; réclames et lombardes rouges et bleues ; lettrines peintes en rouge et bleu rehaussées d'or ; grande initiale de 4 lignes au f.13r et d'un filet d’encre bleu et d’or encadrant le texte, bordures ornées de rinceaux se terminant en feuilles.
Calendrier en français ; prières dont quelques-unes en français ; Litanies des saints ; Vigile des morts : les sept Joies de Notre-Dame etc. 
Provenance : Montmorency (armes peintes aux f. 79 et 98, 18/19e s.; Henry Guly, f. 103v, 19e s. ; Nédonchel, f. de garde, 1902 au câteau de Boussu) ; Armand Casier, ex-libris imprimé, 20e s. Illustration ci-dessous [ Lien Godts ] - [ Lien Godts ]


(C) Godts

203 - Grande lettrine "V" peinte sur parchemin figurant l'Ascension. Allemagne, CA.  1400.
Initiale enluminée figurant l'Ascension de Jésus, son visage caché dans un nuage, entouré de 6 Apôtres. Extraite d'un livre liturgique.
JOINT (ens. 2 pièces encadrées) : 1 feuillet manuscrit contenant 2 prières en néerlandais : "Een divoet ghebet vander heyligher maghet sinte margriete" (r°) et "Idem vander werder joncfrouwen sinte maria magdalena" (v°). Flandre, 15e siècle. Ms sur parchemin, 11 x 8 cm, sous vitre et cadre de bois chêne. Ms de 17 lignes, lettrines rouges et bleues. Ci-dessous :


(C) Godst 203

206 — Breviariu[m] s[e]c[un]d[u]m ordine[m] regularium capituli Windechimensis. [Antwerp, Gerard Leeu, 15 october 1488]
- Manuscript part, inserted between quires K and L, with hours and prayers to particular saints or for specific liturgical feasts, written in littera textualis, littera hybrida and cursiva on 2 columns rubricated in red and blue, signed by Melchior Loomans and dated 27 August 1529 “in festo sancti Augustini”. Our scribe, Augustine canon (1525-1541) of the priory of Betlehem at Herent (Louvain, Brabant), is also the copyist of a “Regula Sancti Augustini” dated 1529 (Utrecht, Univ. Libr. ms 1589).
Provenance : priory of Betlehem, Herent, OSA (ms annot. on endleaves and in upper margin of aa2) ; Melchior Loomans from Louvain ; “ego frater Egidius” (?).

[sur Bibliorare Catalogue en ligne ]
[ Librairie Henri Godts, Bruxelles ]

dimanche 18 septembre 2011

Les Heures de Jeanne de France acquises par l'État français



La Flagellation

Le 16 novembre prochain, à Paris,  doit se tenir chez Christie’s France la vente d’une partie de la collection Marquet de Vasselot. Ancien conservateur au Louvre, puis directeur du Musée de Cluny, il avait hérité des œuvres appartenant à son beau-père Martin Le Roy.

La collection Marquet de Vasselot, principalement constituée par le grand collectionneur Victor Prosper Martin Le Roy entre la fin du XIXème et le début du
XXème siècle en France, représente un témoignage capital sur les arts du Moyen-Age et forme un ensemble exceptionnel. La base de la collection formée par Martin Le Roy a été complétée et étudiée par son gendre, Jean-Joseph Marquet de Vasselot, historien d’art, ancien conservateur au musée du Louvre et directeur du musée de Cluny. Ce-dernier a dirigé la publication, en 1906-1909, d'un catalogue complet de la collection, en cinq volumes. Tous deux se sont montrés très généreux envers les musées du Louvre et de Cluny à travers des dons, qui ont considérablement enrichi les collections nationales.

Sur les 24 objets de cette vente, le Louvre et le Musée du Moyen Age en ont déjà pu acquérir quatre, en application de la nouvelle loi du 20 juillet 2011.

Le Ministre de la Culture a également pris, après avis favorable de la Commission consultative des trésors nationaux, une mesure de refus du certificat d’exportation pour trois autres oeuvres issues de cette collection, qui pourront être acquises ultérieurement de gré à gré par l’Etat, en dehors de la vente publique du reste de la collection. Il s’agit d’un Livre d’heures de Jeanne de France, manuscrit enluminé sur vélin, France, milieu du XVème siècle, d’un Feuillet de diptyque byzantin, ivoire, Méditerranée orientale, première moitié du VIème siècle et d’une Plaque représentant les douze tribus d’Israël de l’Ancien Testament, ivoire, France, milieu du XIIème siècle.

Le Livre d'heures de Jeanne de France devrait donc intégrer les collections de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, et retrouver ainsi les autres manuscrits de cette princesse qui aimait tant les livres. Il s'agit présentement d'un manuscrit enluminé sur vélin de 336 f. mesurant 108 x 70 mm, illustré de vingt-quatre médaillons calendaires, sur trente petites miniatures de calendrier et de 31 grandes miniatures avec de larges bordures, chaque page comportant des bordures aux trois quarts. Vente Christie’s Paris, 16 novembre 2011. Photo : Christie’s.



Saint Jean sur l'île de Patmos

Jeanne de France, fille du roi de France Charles VII et de Marie d’Anjou, née vers 1435, mariée par contrat le 11 mars 1447 au duc Jean II de Bourbon (1426-1488) qu’elle épousa en 1452, est morte sans postérité le 4 mai 1482. Elle était la sœur de Louis XI et la belle-soeur, par son époux, de Charles le Téméraire et d’Isabeau de Bourbon.

On connaît une douzaine de manuscrits qui ont appartenu à Jeanne de France, femme du duc Jean II (1). Sur presque tous ces volumes on voit la signature de la noble duchesse ; sur plusieurs (2), son écu, de Bourbon parti de France ; sur deux (3), un furet (en réalité une genette) attaché à un grand "J", initiale du mot Jeanne ; dans le manuscrit français 227, à côté du furet se déroule une banderole chargée de la devise AU CHOIS T'É ELUE. Antoine de Lévis, comte de Villars, dédia à Jeanne de France sa traduction du Défenseur de la Conception immaculée de la sainte Vierge (4). Le traité intitulé la Gésine Notre Dame (5) fut composé pour la même dame par Jean Henry, chantre de Paris, à la requête de frère Raoul, ermite de la forêt de Haus. Jeanne s'entendit avec le cardinal Charles de Bourbon pour faire écrire une histoire de saint Louis (6). [ Léopold Delisle, Cabinet des manuscrits, I, p. 169 ]
(1) 29 (Vita Christi, de François Eximenes de l'ordre des Frères mineurs), 227 (Boccace, Des cas des nobles hommes et femmes), 329 (La Boucquechardière), 452 (Le Livre des trois vertus à l'anseignement des dames, de Christine de Pisan), 707 (Le Livre des conquestes et faitz d'Alexandre), 926 (Le traitié de l'esguillon d'amour divine ...), 975 (La vie et legende de sainte barbe / Hystoire de la saincte passion de Jesus Christ), 989 (Le Deffenseur de l'Immaculée Conception de la glorieuse vierge Marie), 1165 (Moralités du gieu des esches, ...), 1866 (La Gesine Nostre Dame), 2611, 2612 (Les Grandes Chroniques de France) et 5056.
(2) Mss. français 29, 227, 329, 989 et 1877.
(3) Mss. français 227 et 1867.
(4) Ms. français 989. Cf. P. Paris, Les manuscrits françois, VII, 402sq. Il y a au commencement de ce manuscrit une miniature de présentation dans laquelle on peut voir un portrait de Jeanne de France.
(5) 1866 du fonds français.
(6) 2829 du fonds français.

Sur les manuscrits de Jeanne de France, voir entre autres F. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures, p. 271, 349, 358, 360.


(C) Paris, BnF, Fr. 227. Détail. Armes et emblême de Jeanne de France. "Des cas des nobles hommes et femmes", traduction du De casibus virorum illustrium de Boccace - Tours, 1468?


(C) Paris, BnF, Fr. 227. f. 415. Colophon 


(C) Paris, BnF, Fr. 227. f. 415. Emblème et devise de Jeanne de France

Bibliographie
Voir la récente et passionnante étude de Virginie Mézan-Muxart, "Genette et janette, devises de Jeanne de France au XVe siècle", dans Reinardus. Yearbook of the International Reynard Society, volume 22, 2010, p. 104-125.
Marie-Elisabeth Bruel, "Un témoignage de l'attachement du duc Jean II de Bourbon et de Jeanne de France à l'Immaculée Conception : la messe fondée en 1475 dans la Collégiale de Moulins"
dans Etudes bourbonnaises, 309, 2007, p. 191-199


Diptyque de Jeanne de France. Rogier van der Weyden. Musée Condé à Chantilly [ Lien ]



Sources
: www.culture.gouv.fr/ - La tribune de l'Art -
Site de la maison Christe's -

vendredi 1 juillet 2011

Christie's, 6 juillet 2011 : Vente Arcana, III


Au lendemain de la vente Sotheby's, la maison Christie's disperse la troisième partie de la fabuleuse collection Arcana, avec 29 lots de très grande valeur.

[ lien vers le catalogue en ligne ]

THE PECKOVER HOURS, à l'usage de Rome, en latin et français. Lyon ? Bourges ? ca 1490. Jean Colombe.

mercredi 22 juin 2011

Vente Sotheby's du 5 juillet 2011 : quelques petits trésors ... dont le Pontifical de Pierre de Laval († 1493)


La vente d’enluminures et de manuscrits occidentaux du 5 Juillet 2011 sera pour Sotheby’s l’une des plus importantes de ces dernières années. Elle comprend plus d'une centaine de manuscrits de la célèbre collection Bergendal, de Toronto (125), principalement des textes monastiques originaires d'Angleterre, de France et d'Italie, dont plusieurs manuscrits carolingiens et romans, introuvables de nos jours. L’ensemble comprend 22 livres antérieurs au XIIIe siècle, avec des auteurs médiévaux rares comme Smaragde de Saint-Mihiel, Defenseur de Ligugé, Anselme de Canterbury, Bonizo de Sutri, Alulfus de Tournai ou Thomas le Breton.
Ces manuscrits proviennent de l'abbaye de Saint-Julien à Tours, de Saint-Michel-sur-Meurthe, ou des Carmes de Paris, des Cisterciens de Morimont, de Chiaravalle della Colomba, de l'abbaye de Saint-Bavon à Gand, des Dominicains d’Augsbourg, de l'église de Warburg, et peut-être de l'abbaye de Westminster. La vente comprend également des enluminures de la collection de Robert et Dorothy Senior (1917-1994 et 1930-2009) avec des livres aussi remarquables que ce psautier roman de Trèves, cet extraordinaire Ovide de Bohême, et ce Livre de Salomon exécuté pour Anne de Polignac (1495-1554).
[ Catalogue en ligne ]

[ Quelques descriptions des manuscrits Bergendal ]

Pontifical de Pierre de Laval (lot 100). Parchemin. 38 f. 175 x 135 mm. 13 lignes. Ancien Bergendal 110. Cf. Diane Booton, Manuscripts, Market and the Transition to Print, 2010, p. 336.


(c) Sotheby's. Pontifical de Pierre de Laval. Armoiries.



Pierre de Laval
, le dernier des fils de Guy XIV, comte de Laval, et d'Isabelle, fille du duc de Bretagne Jean V, naquit à Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine, ancien diocèse de Saint-Malo) le 17 juillet 1442. Destiné dès sa jeunesse à l'état ecclésiastique, âgé seulement de 20 ans, alors qu'il n'avait pas encore reçu les ordres sacrés, il est nommé doyen de l'Eglise d'Angers (6 septembre 1462), fonction purement honorifique, dont il se démettra au bout de trois années. En 1464 (23 mars), le pape le nomme abbé commendataire de Saint-Aubin et de Saint-Nicolas d'Angers. Par la suite, il obtient l'évêché de Saint-Brieuc pour lequel il fait aveu le 12 juin 1472 [ lien ]. 

Histoire de la Maison Royale de France, et des grands officiers de la Couronne :

 ... devant le grand autel, avec cette inscription :
« Hic jacet Reverendissimus in christo pater et dominus dominus Petrus, filius Domini comitis Lavallensis Dei gratia // Archiepiscopus et dux Remensis, primus par Francie // sancte Sedis Apostolice legatus natus, episcopatus Macloviensis et presentis monasterii, nec non monasteriorum // beatorum Nicolay prope muros hujus civitatis ac Sancti Mevennii de Gadello dicte Macloviensis diocesis commendatarius perpetuus, qui obiit decima quarta mensis augusti Anno Domini millesimo CCCC° nonagesimo tercio cujus anima in pace requiescat » 


Source : Gallica (c) BnF

On doit à Pierre de Laval l’impression d’un Missale ad usum Remensis Ecclesiae, Paris, J. Du Pré, 11 mai 1491. ISTC im00688405 : Exemplaires aux Archives départementales de Maine-et-Loire (ayant appartenu à l'archevêque et provenant de Saint-Aubin d'Angers, décoré à la main) et à la BM de Reims [ Lien ]  

Jeanne de Laval, veuve du roi René, morte en 1498, avait testé le 27 août de la même année, établissant le devenir d'un bréviaire ayant appartenu à son frère Pierre :

Item voulons et ordonnons que notre breviaire et psautier, et nos heures et tous nos autres livres, et semblablement ung breviaire qui fust a nostre frere l’archevesque et duc de reims, soient baillés en garde aux doyen et chapitre de sainct Tugal de Laval, pour servir aux filles de nos successeurs les comtes de Laval, tant qu’elles seroient a marier et demourant en ladicte ville

Anne-Marie LEGARE, « Sources relatives aux livres de Jeanne de Laval », dans Splendeur de l’enluminure. Le roi René et les livres, 2009, p. 399.

Parmi les manuscrits possédés par Pierre de Laval citons un Code de Justinien, petit in-f° de 123 f., 272 x 200 mm, passé en vente en 2003 : Bibliothèques des comtes Henri et François Chandon de Briailles, Tajan, 17 décembre 2003 [ Lien ]


Ce manuscrit avait été exhibé à la séance du 9 février 1869 de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine par M. Doynel : "manuscrit du XVe siècle, avec enluminures ; c'est un commentaire de droit romain, donné, ainsi que l'explique une épigraphe en vers en tête du volume, par Pierre de Laval, archevêque de Reims, frère de la reine de Sicile et neveu du roi Louis XI". Passé à la Vente Georges Lemallier, 21-24 novembre 1927 (Giraud-Badin), lot 73, et décrit par Paul de Farcy, "Un manuscrit enluminé pour Pierre de Laval", dans Mémoires de la Société nationale d'agriculture, sciences et arts d'Angers, volume VIII, 1905, p. 281-286 :

Manuscrit incomplet, cahiers intervertis. Seize distiques latins composés du vivant de Pierre de Laval :

Interrogatio
Die, liber, aurato quis te donavit amictum
Et domini nomen edere nunc propera
("Livre, dis-nous qui t'a donné couvert d'une reliure dorée et apprends-nous le nom de ton maître".
La reliure a disparu, seule la tranche des feuillets a conservé trace de sa dorure)
Responsio
Lilia contingens prelustri sanguine Petrus,
Lavallisque domus natus ab arce fuit.
Regine Sicule germanus, sed Ludovici
Undecimi regis regius ipse nepos.
Emula quem virtus studio ad sublima vexit.
A puero sentit que valuere viro
Remorum presul, ducibus prelatus habetur
Hinc bino gladio est imperitans populis.
O legi devote mirum, qui pectoris imo
Me gestans cunctis reddere jura potes
Quid tibi pro tanto quo me dignaris honore
Esse que das oculis pignora cara tuis
Rubra quot et leges presente volumine claudo
Vivere tot te annis, det Deus omnipotens
Amen

Les feuilles détachées de ce volume, arrachées de leur couverture, furent, dit une note manuscrite, placées, sous les vers précédents, trouvés « lors du passage des insurgés de la Vendée par Laval » et se composaient alors de 124 feuilles. Il y a plus de vingt ans, qu'étant à Laval, j'eus l'occasion d'acheter deux feuilles manuscrites avec lettres ornées qui me paraissaient intéressantes, j'étais loin de penser que, plus tard, je retrouverais le livre dont elles avaient fait partie, ce qui porte à 126 le nombre actuel des feuilles. Le deuxième feuillet est entouré d'une large bordure à fond d'or, garnie de rinceaux, de fleurs, d'oiseaux et d'un homme à corps de chien. Au centre, en bas se trouvaient les armoiries de Pierre de Laval, elles furent au moment de la Révolution grattées et effacées, mais elles sont encore visibles, en les regardant à l'envers, où les pièces d'argent de l'écu, coquilles, bande componnée et lion, ont laissé une empreinte qui a noirci le parchemin. Elles sont écartelées de France, de Montmorency-Laval, d'Evreux et sur le tout de Vitré. Le texte est écrit sur un velin très fin en deux colonnes d'une belle calligraphie. Il est orné de plus de 3.000 lettres grandes et petites, peintes sur fonds d'or ou de couleurs variées d'un fini extraordinaire. Un grand nombre sont ornées de personnages, tels que rois couronnés ; de dragons, salamandres, serpents, biches, lièvres, écureuils, hermines, papillons, limaçons. D'autres offrent des oiseaux : aigles, éperviers, cygnes, chouettes, coqs, chardonnerets. D'autres enfin, et ce sont les plus nombreuses, l'enferment des fleurs ou des fruits, des fraises, des raisins, des roses à coeur d'or, des bleuets, chardons, pensées, clochettes, des ancolies, pervenches, pâquerettes, des soucis, des oeillets, des iris et le tout rendu avec un soin méticuleux. On y remarque, en outre, plus de 60 pages agrémentées de bouts de bordures diverses, branches de corail enlacées, etc., etc. Le premier livre se termine au milieu de la page par ces mots : Explicit liber primus, le reste est blanc, et au bas se voient aussi les traces laissées par l'argent des armoiries qui étaient à la page commençant le deuxième livre, page qui manque aujourd'hui. D'ailleurs, ce manuscrit n'a jamais été achevé, comme le prouve l'espace laissé en blanc pour être rempli par un miniaturiste plus habile et ou l'on devait représenter Pierre de Laval recevant le volume qui lui était remis par celui qui l'avait composé

Provient également de Pierre de Laval à qui il fut dédié, un panégyrique de la maison de Laval (Panegyricon Lavallensis domus) composé par le florentin Jacopo Publicio, un "humaniste itinérant" (auteur de l'Ars memorativa), contenu dans le Paris, BnF, Lat. 7809, splendide manuscrit de 65 f. en antiqua décoré à l'italienne, dont ci-dessous un extrait :



(c) Paris, BnF Lat. 7809, f. 1.
Biblio : Manuscrits datés, II, 521. Catalogus, IV, 398.

D'autres manuscrits ont appartenu à Pierre de Laval, provenant notamment de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers (illustrations tirées de la base Enluminures) :

Angers BM 376 : Décrétales. XIVe s. Ouest de la France : ci-dessous saint Aubin d'Angers et saint Clair de Nantes :



Angers BM 378 : Décrétales, Grégoire VIII. Italie, Bologne. Copiste :  « Ego Johannes, presbiter de Piciano, ad honorem Dei feci hoc opus, anno Domini millesimo CCCoXXXIII, indictione XII, die II septembris. »



Angers BM 385 : Apparatus super Sextum. XIV/XVe s.
Angers BM 392 : Clémentines, avec le commentaire de Jean André, XIVe s.

Biblio : F. Avril, "La vie de saint François illustrée, le chef d'oeuvre d'un enlumineur angevin de la fin du XVe siècle", dans Art de l'enluminure, 27, 2008/2009, p. 27-28.

Voir dans le fonds Tarbé de la Bibliothèque Carnégie de Reims : Carton VII. N° 17: "Mandement de Pierre de Laval, archevêque de Reims, premier pair de France, et évêque de Saint-Malo, ordonnant aux receveurs de sa cour spirituelle de Saint-Malo de payer les gages annuels d'Yves le Faucheurs, son conseiller (Saint-Malo) (2 février 1487)"

- page 1 de 7