Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript

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"Dépeçage" d'un Livre d'heures à l'usage de Nantes


Dans le billet précédent nous avions fait état de l'heureuse surprise de trouver sur le site ebay quelques fragments d'une Livre d'Heures à l'usage de Nantes. Une investigation plus poussée nous a fait découvrir le sacrilège qui se trame sous nos yeux. Le dépeçage sans mesure d'un manuscrit précieux de notre patrimoine breton sur le net.

Voici ci-dessous l'endroit d'où a été enlevé le f. du mois de janvier :

Le manuscrit au complet a été vendu initialement en septembre 2006... pour 6200 $... Le nouvel acheteur, sous le pseudo de Tuscanybooks continue ainsi de vendre à bon prix les 121 f. de cet ouvrage à cette adresse...

Ci-dessous le premier f. "arraché" du calendrier avec un ex-libris (début XIXe s.) :
"de Nantes
Est à moi (Pegnot) R<ecev>eur
de l'Enregistrement" (suggestion de Denis Muzerelle, IRHT, qu'il en soit remercié)



Il semble que le Livre d'Heures s'ouvre directement au calendrier. Manquent 7 f., bien évidemment les miniatures, enlevées en priorité...

A consulter :

La page d'Erik Drigsdahl sur un recensement de Livres d'heures démembrés. En fait notre vendeur Tuscanybooks n'est pas à son premier dépecage...

La page de Klaus Graf ... avec d'autres témoignages.

"Cutting up manuscripts... for profit", dans la ''Gazette du livre médiéval'', n° 47 (Automne 2004), p. 39-41 (voir AMARC Newsletter, n° 42, May 2004, p. 9-10, format pdf)

The Broken Book II : From a Book of Hours to a Book of Bits [ en ligne ]

La page
de Jean-Claude Bourdais

[ Addition du 2 octobre 2011 : un feuillet du calendrier, le mois de janvier, acquis par RMGFYMss, à voir sur Flickr ]

[ Addition au 24 novembre 2013 :  n'est plus entre les mains de RMGFYMss ]

Commentaires
1. Le samedi 9 décembre 2006, 18:07 par George Ferzoco

This is very sad. I hope that the vendor can be convinced to make a little less money and thus to save a bit of history and culture intact. My only worry, is how can we prevent the purchaser from destroying the manuscript buy slicing it into separate folios himself/herself? Perhaps the best safeguard would be if a Breton or a medievalist of sufficient means could purchase it, and arrange for it to be housed in a collection accessible to those who wish to see it and to study it.

2. Le samedi 9 décembre 2006, 18:40 par Brenda M. Cook

The dismembering of books, but especially of illustrated books, and particularly of manuscript books, is a wicked act of vandalism and should be made illegal by international law. Those responsible for these outrages should be punished by a level of fines that would make it unprofitable to repeat such an offence.

3. Le samedi 9 décembre 2006, 21:11 par JM.WAECHTER

Juste une honte . le "démantellement" des ouvrages devrait être interdit par la loi.

4. Le samedi 9 décembre 2006, 22:03 par paris7556

pas normal .et nos enfants pts enfants+++ il leurs restera quoi ? Vandales . Ginette

5. Le dimanche 10 décembre 2006, 00:45 par Dr. Klaus Graf

More materials http://archiv.twoday.net/stories/3046039/

6. Le dimanche 10 décembre 2006, 08:31 par Martine Lucas

C'est absolument écoeurant. Il y a quand même des lois dans notre pays ! C'est notre patrimoine qui s'en va .... Peut-on faire quelque chose ? Martine

7. Le dimanche 10 décembre 2006, 12:02 par Carla ROSSI

Is it possible to collect signatures against this act of vandalism? In order to save the "memory" of the ms., it could be digitalized before slicing it into separate folios ...

8. Le dimanche 10 décembre 2006, 14:30 par Catherine Lawless

It is hard to believe that such cultural vandalism goes unchecked and unpunished regularly. Is there any way to prevent this? Can we, as medievalists, lobby for some type of protection for the integrity of such manuscripts?

9. Le dimanche 10 décembre 2006, 19:23 par Dr. Klaus Graf

There have been some discussions in mailing lists on the topic of cutting up manuscripts. I fear action in this case would be a "flash in the pan" (German: Strohfeuer).

We have to establish a little working group preparing a declaration against such practices.

Then we have to search famous scholars who would sign such a declaration.

Then should we contact dealers associations to speak about an ethic code.

Then we should contact libraries and museums to boycott buying leafs which are not proofed to be older than 50 years.

We cannot hope that a government would be inclined to make cutting up manuscripts illegal. Dealers' lobby would be too strong.

But I think step one (the little working group) is utopia. But please feel free to contact me at klausgraf at googlemail.com

10. Le dimanche 10 décembre 2006, 21:37 par FN (Germany)

The market of "cuttings" grew up in 19th century; during the last 20 years the prices have been grown up, too. The market of rare books and mediaeval manuscripts in the end of 20th century has been controlled by a few big dealers in the world. The catastrophy today is an explosion by online-markets. The case discovered by Jean Luc is one of a lot - but it's the first one which is proving the practice of today cutting old manuscripts! It's only a chance for resisting (see Dr. Grafs comment above), but why not?

11. Le lundi 11 décembre 2006, 12:18 par Mark Mersiowsky

The seller (Tuscanybooks) cuts medieval manuscripts and prints with copper plates since several years, there are other sellers as well (Neumann-Walter, formerly Bruce Ferrini, now mjgreyfarr...). The tradition goes back to Otto Ege, who sold "handmade" single leaves to American Colleges, in the 1960ies and 70ies the Folio Society was famous as a river of no return for books of hours (Christopher de Hamel gave some interesting papers about these practises, and Otto Eges work can be researched on several homesides). Regularly cheap manuscripts or fragments of manuscript in form of several quires are bought on auctions and cut, an increasing market since the late 1990ies. Three years ago a Dutch transfix form the 14th century was cut, three charters were sold each by each, I couldn't trace the seal ...

12. Le lundi 11 décembre 2006, 18:41 par D. Muzerelle

Je comprends parfaitement les cris d'horreur que cette vente soulève. Mais je crois nécessaire de remettre un peu l'affaire à son échelle. Le dépeçage de manuscrits (ou d'imprimés, d'ailleurs) afin d'opérer une opération commerciale plus profitable est loin d'être exceptionnel: voir, à ce sujet, la note "Cutting up manuscripts... for profit", parue dans la 'Gazette du livre médiéval', n° 47 (Automne 2004), p. 39-41 [http://www.palaeographia.org/glm/glm.htm].

Et surtout, cela n'est pas une nouveauté rendue possible par le commerce électronique. Pendant longtemps (et peut-être encore) on a pu trouver dans les boîtes des bouquinistes des quais de Seine, au milieu de romans défraîchis et de manuels écornés, des feuillets d'antiphonaires manuscrits vendus à la pièce. Pour remonter plus haut encore, les feuillets des "Heures d'Etienne Chevallier" peints par Jean Fouquet, aujourd'hui conservés au Musée Condé (Chantilly), ont ainsi été dépecés au XVIIIe siècle. (Ceci pour ne prendre qu'un exemple parmi tant d'autres.)

Il faut aussi souligner qu'il ne s'agit "que" d'un livre d'heures, c'est-à-dire d'un livre produit en masse dont nos bibliothèques conservent d'innombrables spécimens. Les heures à l'usage de Nantes sont bien représentées dans les fonds du Musée Dobrée, et la disparition de cet exemplaire ne nous privera d'aucune information essentielle.

Il est évident que ces pratiques n'en sont pas moins lamentables et moralement condamnables (juridiquement, c'est une autre question). Mais il se passe aujourd'hui, dans le monde du manuscrit, des choses infiniment plus graves, qui ne mettent pas en jeu l'intégrité matérielle d'un volume isolé, mais l'existence même de collections entières. Le plus alarmant est que ces crimes culturels ne sont pas le fait de marchands sans scrupules, mais d'institutions "respectables", telles que la Fondation Martin-Bodmer (à Cologny-Genève) ou le gouvernement du Land de Bade-Württemberg (concernant le fonds de manuscrits de Karlsruhe).

On trouvera également des informations sur ces deux scandales dans la Gazette du livre médiéval, n° 49 (Automne 2006, actuellement sous presse), p. 105-106 et 126-127.

P.S. Malgré le manque de définition de l'image, je pense que le nom de l'ancien propriétaire doit se lire "Pegnot". L'écriture est du début du XIXe siècle.

13. Le lundi 11 décembre 2006, 21:59 par FN (Germany)

Ou peut-etre Peignot? Gabriel Peignot (un bibliographe, 1767 - 1849)?

14. Le mardi 12 décembre 2006, 07:59 par jean luc deuffic

Pour répondre aux remarques avisées de Denis Muzerelle dont ont connait assez les riches travaux au sein de l' IRHT et son implication dans la publication de la "Gazette du livre médiéval", s'il est vrai que "la disparition de cet exemplaire ne nous privera d'aucune information essentielle", son témoignage nous aurait quand même peut-être apporté des éléments nouveaux (historiques, iconographiques...) En effet, les miniatures ont été soustraites dès avant la première vente. Même si d'autres exemplaires de ces "Heures à l'usage de Nantes" nous sont conservés (j'en ai dénombré près d'une vingtaine à ce jour tant dans les bibliothèques publiques que privées), ont doit regretter qu'une fois encore c'est une attaque au patrimoine breton à laquelle on assiste. J'ai donné il y a quelques années (1985, lors du colloque du 15e centenaire de l'abbaye de Landévennec) une étude sur la production manuscrite des "scriptoria" breton et j'avais constaté que sur la centaine de manuscrits datant des IX-XIe s. seuls deux subsistaient encore sur le sol de Bretagne... Ces ouvrages sont précieux de par leur "unicité". De même pour les imprimés du XVIIe s. dont certaines éditions ne sont plus connues que par 1 ou 2 exemplaires ("Vie de saint Yves" en breton, par ex.). Les causes de ces spoliations sont nombreuses et diverses. Aussi, on ne peut accepter encore aujourd'hui que de telles pratiques se déroulent en direct sous nos yeux. Il est vrai que les dénoncer ne sert pas à grand chose... mais ne pas réagir me semble également condamnable...

15. Le mardi 12 décembre 2006, 19:40 par FN (Germany)

I agree with Jean Luc. The text's contents may be the same but every manuscript even by the same scriptor is a single one and tells you a lot. As scriptor made a break, came back and lost the line which is missing up to eternity now. The user's remarks are important, in this case there is an owner's remark which could have been a trace to quite another subject. Some people say that incunabula are "dublettes" but they are not - because of the same reasons: the early prints even of the same edition are quite different sometimes; the margins are telling you a lot of the receptions during the centuries. Even if the contents of the texts and the aethetical aspects of an edition are well known one should keep every piece, because up to the mass production of books, beginning in 19th century, every written or printed piece is an individual which has survived..

16. Le jeudi 11 janvier 2007, 10:59 par Sylviane Hache

Il reste la possibilité d'envoyer à titre personnel, un commentaire indigné au vendeur Tuscanybooks via Ebay (sous les informations sur le vendeur - envoyer un commentaire). C'est ce que je viens de faire, même si cela semble dérisoire.

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