Les Heures de Pierre de Foix, évêque de Vannes (+ 1490) : New York Morgan Library ms 6 et l'enlumineur Simon Marmion
Par jean luc deuffic le mercredi 17 octobre 2007, 11:44 - Livres d'Heures - Lien permanent
PIERRE DE FOIX, dit le jeune, infant de Navarre, naquit à
Pau le 7 février 1449. Il était fils de Gaston IV, comte de Foix et de Bigorre,
et d'Eléonore d'Arragon, reine de Navarre. Après avoir fait ses études à Paris
et Padoue, il prit le bonnet de docteur à Ferrare, sous Felino Sandei, un des
plus grands jurisconsultes de son temps. L'ordre de Saint-François le comptait
au nombre de ses membres. La candeur de ses mœurs et les grands progrès qu'il
fit pendant sa jeunesse dans les sciences divines, le conduisirent à
l'épiscopat. Il fut élu évêque de Vannes le 17 mai 1475 (élection confirmée par
le pape Sixte IV le 11 mars 1476), et administrateur d'Aire la même année. Le
souverain pontife écrivit au duc de Bretagne, François II, pour lui faire
part de cette nouvelle, et pour lui marquer que, dans la première promotion, il
honorerait de la pourpre le nouveau prélat. Pierre fit serment de fidélité au
duc, son beau-frère, le 13 mai, et ne tarda pas à être admis dans le sacré
collège, sous le titre de Saint-Côrne et de Saint-Damien (cardinal-diacre le 18
décembre 1476, pourpre le 15 janvier 1477). Son nom se trouve dans les lettres
d'abolition données aux barons qui, en 1485, avaient voulu se saisir du
trésorier Landais. Mais cette amnistie ne fut pas capable de le rassurer ; il
se retira à Rome, où il mourut le 10 août 1490, et fut enterré dans la
basilique de Notre-Dame del Popolo. Tous les auteurs qui ont écrit l'histoire
des cardinaux ont parlé très-avantageusement de Pierre de Foix. Il avait
eu en commende l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, après avoir résilié
celle de Saint-Savin de Tarbes (16 septembre 1485). Sources : Dom H. Morice et
Biblio [En
ligne])
PIERRE DE FOIX,
known as the younger, prince of Navarre, was born in Pau on the 7th February
1449. He was the son of Gaston IV count of Foix and Bigorre, and of Eléonore
d’Aragon, queen of Navarre. Having completed his studies in Paris and Padua, he
undertook doctoral work in Ferrara under Felino Sandei, one of the greatest
legal experts of his time and a member of the Order of St Francis. Pierre’s
moral sincerity and great progress during his youth in the holy sciences led
him to the Holy Orders. He became bishop of Vannes on the 17th May 1475 (the
election was confirmed by pope Sixtus IV on 11th March 1476), and he became the
administrator of Aire in the same year. The pontiff wrote to François II, the
duke of Brittany, to tell him the news and to remark that, in his first
promotion, he would honour the new prelate with the office of cardinal. On the
13th May Pierre made a vow of faithfulness to the duke, his brother-in-law, and
was soon promoted in the holy orders under the of SS Corne and Damien (he
became cardinal-deacon on the 18th December 1476 and full cardinal on the 15th
January 1477). His name can be found on the abolition letters given to the
barons who, in 1485, wanted to seize the Breton treasurer Landais. But this
pardon was not enough to reassure him, so he went to Rome, where he died on the
10th August 1490, and was buried in the Basilica Notre-Dame del Popolo. Every
writer on the history of cardinals speaks highly of Pierre de Foix. He
commanded the Abbey of St Melaine in Rennes, after having looked given up that
of St Savin in Tarbes (16th September 1485). Taken from Dom H. Morice et Biblio
[link].
Pierre de Foix portait comme armes: écartelé aux 1 et 4 d'or à trois
pals de gueules, qui est Foix ; aux 2 et 3 d'or à deux vaches de
gueules accolées et clarinées d'azur, qui est Béarn ; sur le tout :
d'or à deux lions passants de gueules, qui est Bigorre. Source
[Heuraldic]
La prestigieuse Pierpont Morgan Library conserve (ms 6) dans
ses collections le Livre d'Heures de Pierre de Foix dont les
spécialistes attribuent la décoration au prince des enlumineurs, le
célèbre Simon Marmion. Les Heures de la Vierge, à
l'usage de Rome, sont précédées d'un calendrier où l'on remarque quelques
saints bretons, dont Salomon (14 février; Vannes, le fête
traditionnellement le 25 juin, Rennes, Nantes, Dol, le 8 février),
Turiaw (13 juillet), Maudez (10 novembre) et
Corentin (12 décembre)
The prestigious Pierpont Morgan Library has, as its manuscript 6, Pierre de
Foix’s Book of Hours, whose decoration is attributed by scholars to that prince
of illuminators, the famous Simon Marmion. The Heures de la Vierge, in the
usage of Rome, are preceded by a calendar in featuring a number of Breton
saints, including Salomon (14th February; traditionally celebrated in Vannes on
the 25th June, and in Rennes, Nantes, and Dol on the 8th February), Turiaw
(13th July), Maudez (10th November) and Corentin (12th December).
(c) New York Pierpont Morgan Library
ms 6, détail, f. 154. Pierre de Foix ?
On trouvera sur le site de la Pierpont Morgan Library une
description complète de ce manuscrit:
bibliographie [En ligne]
67 images numérisées [En ligne]
Le catalogue Corsair donne comme provenance de ce manuscrit "Charles le Goirz
(?), Morin". Il s'agit en fait de Charles Le Gouz Morin fils de Pierre Morin et
de Catherine Françoise Févret, né le 10 décembre 1685, lequel épousa en
première noce Constance de Cirey. Il fut quelques années après son mariage
maître ordinaire de la garde-robe de "madame la dauphine", et se maria par la
suite à Marie Anne Loppin.
The Pierpont Morgan Library’s website contains a complete
description of this manuscript: bibliography [link]
67 digitised images [link]
The Corsair catalogue the provenance of this manuscript as "Charles le Goirz
(?), Morin". It is actually Charles Le Gouz Morin, son of Pierre Morin and
Catherine Françoise Févret, born on the 10th December 1685, and whose first
wife was Constance de Cirey. A few years after his marriage he became the
“maître ordinaire de la garde-robe” to the dauphine, and later married Marie
Anne Loppin.

Dijon : Hotel Le Gouz de Gerland
(c) [Site]
Pierpont Morgan Library [Lien]
Sur Simon Marmion voir l'excellente notice (avec
bibliographie) de Bert Cardon sur le site BAlaT:
[En ligne]
Book Of Hours: Illuminations by Simon Marmion with introduction and
commentaries by James Thorpe [En
ligne] sur le site de la Huntington Library.
A lire (format pdf) : Dominique Vanwijnsberghe, Mise au point concernant
l’enluminure tournaisienne au XVe siècle
[En ligne]
Epitaphe de Simon Marmion:
« En l'église nostre Dame la Grande, en Vallenciennes, estoit ycy devant
l'épitaphe de Mre Simon Marmion, peintre, lequel repose derrière le cœur de
ladite église, dans la chapelle S. Luc :
« Je suis Simon Marmion vif et mort,
Mort par nature et vif entre les hommes.
Après le vif, moy vif peindiz la mort
Qui durement mal point et que s'amort
A mordre tous, comme nous que mort sommes.
Quand j'ay la mort, dormant le pesant somme,
Resuscité par vif art de peinture,
Aux vivans suis de le mort pourtraiture.
Du maistre peintre à qui devons homaige
Tellement fus peint et illuminé,
Qu'il me créa à sa divine imaige.
Autres voians mes traicts et mon imaige
Ont après moy leurs œuvres patronnez.
Quand j'ai tout peint et tout imaginez,
La mort terrible a broyez mes couleurs;
Au resveiller sont les griefves douleurs.
Ciel, soleil, feu, air, mer, terre visible,
Métaulx, bestiaux, habits rouges, bruns, vers,
Bois, bled, champ, pretz, toute chose sensible,
Par art fabricq ai atteint ès possible,
Aultant ou plus que nuls des plus experts.
Tant vivement que nuls bruicts je n'y perds,
Car j'ay pourtrait tel mort gisant soubz lame
Qu'il semble vif et n'y reste que l'ame.
Les yeulx ont prins doulce réfection ,
Et mes exploictz tant propres et exquis
Qu'ils ont ilunné grande admiration,
Riant object et consolation
Aux empereurs, rois, comtes et marquis.
J'ay décoré par art et sens acquis
Livres, tableaux, chappelles et autels,
Telz que pour lors ne sont gnerre de tels.
Peintres mortels qui prenez patronnaige
Sur mes couleurs, vertes, noires et blancbes;
Quand vous avez pourtraict vos personnaiges,
Après les miens, dont sont grand les sommaiges,
Octroyez nous les doulces biem euillances,
Priez aux saincts dont j'ai fait les semblances
Que l'Eternel peintre pardon me face
Sy que lassus je tire après sa face.
Le jour et l'an de la nativité
Nostre Seigneur, mil avec quatre cens
Quatre vingt noef, lors fort débilité,
La fière mort, par son habileté,
Me despouilla avecq cœur, force et sens.
Vous qui voyez ces imaiges présens,
Pryez faint Luc, dont voicy la chappelle,
Que Dieu lassus en sa gloire m'appelle. »
A même temps que Molinet, vivoient à Valentiennes, Mre Simon Marmion, peintre
(auquel le susdit Molinet fit un bel épitaphe ) ; Mre Pierre du Préau,
vulgairement nommé Pierart Marmouzet, statuaire ou tailleur d'images et Jerosme
de Moyennevile, orfèvre, tous trois excellemment accomplis en leur art et
renommés par tout.
(D'après un manuscrit de la Bibliothèque de Cambrai découvert par Le
Glay)
Le poète Lemaire a loué Marmion dans sa Couronne margaritique, où il
dit de lui :
« Et Marmion, prince d'enluminure,
Dont le nom croist comme paste en levain,
Par les effects de sa noble tournure. »