Guidomar Derian, un Breton au service du cardinal Pierre de la Chapelle (+1312)
Par jean luc deuffic le jeudi 2 avril 2009, 09:42 - Lien permanent
Le manuscrit Gud Lat. 10 de la Herzog August bibliothek de Wolfenbüttel nous livre un ensemble de données particulièrement instructives. Ce recueil d’œuvres de Sénèque porte en effet à la fin du De beneficiis cette note :
« Et sciendum, quod iste liber et omnes alii libri Senecae, quos habet reverendus pater dominus P. dei gratia episcopus tholosanus, sunt per me guidomarum deriani de plestin plene et de verbo ad verbum correcti cum libris fratrum minorum de castro plebis clusine dioecesis anno nativitatis domini M.CCC quinto adhuc sede apostolica vacante ... »
(Et il faut savoir que ce livre et tous les autres livres de Sénèque que possède le révérend père Dom P. (Pierre de la Chapelle), par la grâce de Dieu évêque de Toulouse ont été corrigés complètement et mot à mot par moi Guidomar Derian de Plestin avec (sur) les livres des frères mineurs de Pieve (castro plebis) du diocèse de Chiesi (Clusium), le siège apostolique se trouvant encore vacant…)
Nous avons identifié P. avec Pierre de La Chapelle, évêque de Toulouse d’octobre 1298 au 15 décembre 1305, date de notre manuscrit. Pierre de La Chapelle-Taillefer, ancien chanoine de Notre-Dame de Paris et clerc du roi, fut un des grands professeurs de droit de l’Université d’Orléans : il forma entre autres Yves Haelori (celui qui allait devenir saint Yves) aux Institutes. Le pape Clément V, fraichement ordonné, et qui avait également été son élève, le fera cardinal du titre de Saint-Vital, puis de Palestrina, en 1306. Il joua un rôle prépondérant dans les grandes affaires du moment, comme le procès de Bernard Délicieux et celui retentissant des Templiers. Il meurt le 16 mai 1312.
La précision portée par le manuscrit de la vacance du siège apostolique nous donne à penser qu’il fut donc « corrigé » avant le 5 juin 1305, date où fut élu à Pérouse l’archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got, connu sous le nom de Clément V.
Guidomar Derian devait faire partie, comme secrétaire, de la « familia » de l’évêque de Toulouse. Originaire de Plestin, ancienne paroisse du diocèse de Tréguier, Guidomar appartenait-il aux Derian, sr de Lanharan et de Kerhelou (par. de Plouigneau), famille attestée à la réformation de 1427 pour Plestin , et qui portait comme armes de gueules à cinq coquilles d’argent en sautoir (P. de Courcy, Nobiliaire, p. 106)
Quant au couvent des franciscains de la Città della Pieve, il se trouve près de Perugia (Perouse), là où se tint pendant onze mois le conclave qui allait aboutir à l’élection de Clement V. On peut supposer que Pierre de la Chapelle et son secrétaire Guidomar Derian s’y arrêtèrent, pour une raison encore ignorée.

(Remerciements à Denis Muzerelle, IRHT ; à Julia ; Hanna Vorholt ; à Caterina Tristano ; à Sven Limbeck)
Sur Pierre de La Chapelle :
Patrice Cabau, Les évêques de Toulouse et les lieux de sépulture (IIIe au XIVe siècle) [Lien]
Commentaires
juste pour mémoire et parce que la coïncidence est troublante, l'enquête de canonisation d'Yves de Kermartin fait mention d'un Darianus Guidomari, présenté comme l'un des pupilles du futur saint et dont ce dernier payait les études à Rennes vers 1280. Darianus Guidomari était par la suite devenu frère prêcheur...