Kerhoent de Kergournadec'h : livre et objet d'art
Par jean luc deuffic le mardi 27 juillet 2010, 15:24 - Bibliologie bretonne - Lien permanent
La British Library conserve un magnifique exemplaire des
Coutumes de Bretagne, dans une reliure exceptionnelle timbrée aux
armes échiquetées d'or et de gueules. Nous avons présentement ici un
ouvrage ayant appartenu très probablement à Olivier de
Kerhoent, seigneur de Kergournadec'h († après 1594), qui épousa
Marie de Ploeuc, dame de Coëtanfao († 1573) : "noble et
puissant Olivier, sire de Kergournadech, Trohéon, Coatquelfen, en qualité de
fils aisné héritier principal et noble" (B. Yeurc'h). Il abandonne les armes
des Kerhoent pour celles des
Kergournadec'h.

London, BL, Davis 511. Edition de 1584. (c) London, BL.
Les armes sont entourées du collier de l'ordre de Saint-Michel reçu en
1559 par Olivier de Kerhoent.
Anthony Hobson, French and Italian collectors and their bindings :
illustrated from examples in the library of J. R. Abbey, Printed for
presentation to the members of The Roxburghe Club, 1953, p. 54-55, n. 25,
reproduit une reliure semblable, sans doute exécutée à Rennes vers 1581,
pour Nicolas Le Prevost du Parc (1588-1630), conseiller-maître
à la Chambre des Comptes de Paris, sur un exemplaire des Coustumes
generales des Pays et Duché de Bretagne, Rennes, Julien du Clos, 1581.
Deux autres reliures de cet atelier sont connues : J. Baer & Co.,
Frankfurter Bücherfreund, 12, taf. 49 ; l'autre à la vente Gramont,
Paris, 18 décembre 1933, lot 22, sur des Coustumes generalles de
Bretagne, Paris, Jacques Dupuis, 1584 (site
de la British Library).
Sur les différentes éditions de la Coutume de Bretagne
voir notre page.
Olivier de Kerhoent était le fils d' Alain de Kerhoent,
seigneur de Troheon (†/ 1576) et de Jeanne, dame héritière de Kergournadec'h.
Il épousa le 7 octobre 1559 Marie de Ploeuc, ( morte en 1573)
fille de Pierre de Ploeuc et de Jeanne du Quélennec, dame héritière de
l'Estang.
Un arrêt de maintenue des Kerchoent cite une enquête menée en 1584 à la requête
"d'Olivier de Querhoent, sieur de Kergournadec'h, Trohéon, Coatquelfen..." par
laquelle « plusieurs anciens prestres, gentilshommes et habitants de la
paroisse de Cléder déposèrent que ses ancêtres étaient bien d'ancienne
chevalerie et portoient leurs écussons en carré et en bannières comme les
anciens parements de la province et que messires les officiers de leurs
juridictions étoient touz gentizhommes ». Olivier mourut en 1594 et fut inhumé
en l'église de Cléder. Dans le chœur, on montrera longtemps le portrait
d'Olivier, « peinture de son long, armé de toutes pièces, avec sa cotte d'armes
de velours rouge cramoisy, son casque, son espée et esperons dorés, sa lance et
sa cornette ». Ce seigneur Olivier a immortalisé sa mémoire dans les «
bastiments superbes qu'il a entrepris, du faict du chasteau « de Kergournadech
qui mérite d'estre mis au rang des « belles maisons de France. » (Extrait d'une
ancienne genéal. de la Maison de Kerhoent. Bibl. Nation.) ( Source : Gaston de
Carné, Les chevaliers bretons de Saint-Michel, Nantes, 1884, p.
193-194)
Le marquis de Rochambeau (Epigraphie et iconographie, II, p. 45) fait référence
à une "Généalogie manuscrite de la maison de Kerhoent ou Querhoent, appartenant
à Mme la comtesse de Gouyon de Beaufort, née de Querhoent, au château de
Beaufort, par Plerguer (Ille-et-Vilaine)".
Signature d'Olivier de Kerhoent sur un aveu du 9 mars 1569
rédigé après le décès de Jehanne de K/gournadec'h, sa mère, par deux notaires
de la cour de Lesneven (Kersauson et Audren) :

Nantes, ADLA B 1677.
Voir sur le site des Généalogistes du
Finistère quelques extraits de ce mynu par Anne-Françoise Grall-Pérès et
des clichés de Françoise Simon.
Le château de kergournadec'h (Cléder, en Pays du Léon), au
XVIIe s. :

Croquis tiré de La Colombière (1644) qui y avait séjourné ...

Ruines du château de Kergournadec'h
Des armoiries écartelées Kergounadec'h / Botigneau se
retrouvent sur la coupe couverte de Molac. Cette superbe coupe
"constitue un témoignage unique de l'orfèvrerie civile d'apparat commandée par
la noblesse bretonne à la Renaissance. Vraisemblablement réalisée par un
orfèvre de basse Bretagne aux environs de 1600, (peut-être Pierre
Lafleur de Morlaix), cette rarissime coupe couverte destinée à
recevoir des dragées, évoque magnifiquement les pièces disparues qui ont pu
être réalisées en haute Bretagne. L'objet frappe par la densité du décor qui le
recouvre en totalité : scènes de chasse ciselées sur le couvercle, au gros et
petit gibier, au gibier terrestre et au gibier d'eau, à pied et à cheval, ainsi
que la représentation de monstres marins sur le pied. Le dindon figuré sur la
coupe parmi d'autres oiseaux, témoigne de l'arrivée récente en Europe de ce
volatile, venu du Nouveau monde au cours du XVIe siècle. A l'intérieur sont
gravées sur le fond de la coupe, les armoiries de François de Kerhoent
de Kergournadéc'ch et de son épouse Jeanne de
Botigneau, mariés en 1583. Personnage de premier plan dans le Léon à
la fin du XVIe siècle, François de Kerhoent, constructeur de l'extraordinaire
château de Kergournadec'h à Cléder, actuellement dans le
Finistère, reçut en 1599 du roi Henri IV le collier de saint Michel en
récompense de sa loyauté. Suite au mariage en 1616 de l'héritière de
Kergournadec'h avec Sébastien de Rosmadec, seigneur de Molac (en haute
Bretagne), l'objet offert à l'église de cette paroisse, fut transformé en
ciboire par l'ajout d'une croix au sommet du couvercle". Jeanne de
Botigneau était fille unique d'Alain Droniou.
Patrimoine de Bretagne : images et
description

Coupe de Molac. Armes de François de Kerhouent et de Jeanne de Botigneau

Coupe de Molac. Scène de chasse
"On cite une enquête de 1434 dans laquelle les gentilshommes du pays déposaient
avoir entendu dire et tenir par longue tradition que, depuis le VIe s. jusqu'au
tems de l'enquête, tous les seigneurs de cette maison avaient été chevaliers,
et qu'un ancien proverbe disait qu'avant qu'il y eût monsieur ou seigneur en
aucune maison, il y avait un chevalier à Kergournadech. A-raok ma voa aotrou è
nep leac'h // E voa eut marc'hek è Kergournadeac'h.
Les seigneurs de cette maison ont figuré dans nos annales. Le premier dont il y
soit fait mention, après celui des légendes , est Olivier de Guergournadegh,
qui vivait en 1288. Guyomar, son fils, se signala dans les guerres de Montfort
et de Charles de Blois. Fait prisonnier dans une rencontre, il déclara qu'il
aimait mieux mourir que de vendre un petit coin de sa terre pour payer sa
rançon, tant il aimait son vieux château ! En quoi ses descendans l'ont imité ;
car on les voit sans cesse mettre leur vieux château sous la protection
spéciale des ducs, et non-seulement le vieux château avec les officiers,
serviteurs, damoiseaux, mais les pigeons et les lapins du dit château.
La terre de Kergournadec'h passa, vers 1504, dans la famille de Kerhoënt, par
le mariage d'Alain de Kerhoënt avec Jeanne de Kergournadec'h, héritière de sa
maison. Leur petit-fils François épousa Jeanne de Botignau, dont il n'eut que
deux filles, Renée et Claude de Kerhoënt, « et le bonhomme a dit depuis que
s'il avait eu des garçons, comme il n'avait que des filles, il leur eût fait
prendre le beau nom de Kergournadeac'h, comme déjà lui et feu son père Olivier
en avaient pris les armes plaines èchiquetèes d'or et de gueules, et laissé
celles de Kerhoent, qui sont lozangées d'argent et de sable. »
Renée de Kerhoënt, sa fille aînée, épousa , le 1er mai 1616, à l'âge de quinze
ans,
Sébastien, marquis de Rosmadec, baron de Molac..." (Lycée
Armoricain, p. 368-369).
Devise de Kergournadec'h : En Dieu est.
Je remercie François du Fou pour son aide précieuse ...
Guy Ducellier pour la signature d'Olivier de Kerhoent