La riche Bibliothèque municipale de Reims (Carnégie) conserve de nombreux manuscrits en relation directe ou indirecte avec la Bretagne, manuscrits que nous avons pour certains déjà signalés (1).
Cette petite note concerne les volumes 476 et 480 (2), commentaires de saint Thomas d'Aquin sur les Livres IIIe et IVe des Sentences. Les deux portent l'ex-libris de Jacques Coaynon, prieur de Saint-Sauveur de Béré. On relèvera sur le premier, achevé en 1436, une petite fantaisie du copiste, très courante au Moyen Âge :

« Finis adest operis, mercedem posco laboris.
Mercedes quesita sit amor necnon bona vita.
Vita sit illa bona, vinum vel cetera dona.
Jam tibi servivi, semper tua jussa subivi;
Si bene, letus ero, si non, veniam mihi quero ».

Le second est recouvert d'une reliure du second quart du XVe siècle, peut-être d'origine nantaise, estampée d'un décor de petits fers et de filets dont on trouvera des reproductions dans l'ouvrage cité en note 2.

Le nom de Jacques Coaynon n'est pas ignoré des archives bretonnes. On sait par exemple qu'en 1437 il fut en procès au sujet de la construction d'un moulin sur la rivière de Berne, en la paroisse de Piré (Nantes, ADLA, H 116). En 1447, il rendait aveu aux barons de Châteaubriant pour son prieuré de Béré (Nantes, ADLA H 128). Probablement appartenait-il à cette famille noble de Bretagne, "dont on trouve le nom indifféremment écrit dans les titres, Couaisnon, Couainon , Couaynon, Coaynon , Coynon , et Couasnon. Elle possédait les terres et seigneuries de Bréilmanfeny, la Dinastive, Brielles, Chastenay, la Barillière, Boulande, Gastines, Clergerie, Lorgerie, la Hersendière, la Roche, la Croisille, la Rougère, etc. et fit ses preuves de noblesse au cabinet du roi au mois de septembre 1789, d'après le certificat délivré par M. Cherin, généalogiste des ordres, qui donne la généalogie que je vais rapporter ici, et qui admet Jean-César-Elisabeth de Couasnon à l'honneur de monter dans les carrosses de S. M. et de la suivre à la chasse". Elle portait comme armes d'argent à 3 molettes de sable. Parmi les personnages connus de cette famille figure Alain de Coaynon, "lequel fut secrétaire du duc de Bretagne en 1426, son envoyé vers le duc de Bedfort, en 1428 ; député vers le roi de France avec l'évêque de Saint-Malo, le grand maître d'hôtel du duc de Bretagne, et le sénéchal de Rennes, en 1450, et la même année vers le roi d'Angleterre; fut l'un des ambassadeurs de Bretagne, qui accompagnèrent la reine de Sicile lorsqu'elle fut trouver le roi à Saumur, en 1451, pour travailler à réconcilier le connétable avec Sa Majeste, et fut encore envoyé en ambassade en Angleterre, au mois d'avril 1455 (Nobiliaire universel de France ou Recueil général des généalogies ..., Volume 3, Paris, 1815 , p. 97-105).



Pour compléter cette note signalons le cartulaire perdu de Saint-Sauveur de Béré, sur lequel Arthur de La Borderie avait jadis donné quelques détails d'après les papiers d'un certain abbé Chotard, qui, après avoir été attaché au service de la reine de Pologne, avait obtenu un canonicat à la cathédrale de Nantes, sous l'épiscopat de M. de Tressan, c'est-à-dire de 1717 à 1723. L'un des parents de cet abbé, peut-être son père, avait été, sur la fin du XVIIe siècle, intendant des affaires du prince de Condé, alors seigneur de Châteaubriant ; il s'appelait Jacques Chotard. C'est évidemment des papiers de ce dernier que l'abbé avait lui-même tiré ces notes :
« Un gros livre latin, escrit sur parchemin, en vieilles lettres gothiques, relié en bois couvert d'un cuir noir, sans fin ni commencement. Au commencement duquel livre il y a partie d'un calendrier où sont plusieurs remarques de ce qui s'est fait au couvent de Saint-Sauveur de Beré, signé Julien Daligauld et Animadab, avec paraphe. Ensuite est la règle de Saint-Benoist, à la fin de laquelle sont soixante-treize chapitres sur ladite règle, et puis une espèce de rituel pour le prieuré de Saint-Sauveur, à la fin duquel est un chapitre intitulé De quibusdam consuetudinibus elemosinœ...; signé, après quelqu'autres remarques, contenues en un feuillet, concernant ledit prieuré de Saint-Sauveur de Beré, Jean de la Couësre, avec paraphe. Suivent immédiatement après plusieurs chapitres concernant le procès entre les religieux de l'abbaye de Marmoutier et ceux de l'abbaye de Saint Melaine (sic), dont ensuit la teneur du premier : Prœceptum de ecclesia Sancti Salvatoris de Beriaco. Quisquis fidelium ardore succensus, etc. Ensuite de cet acte il y en a un autre De terra capellœ Sancti Petri. »
Et en marge de ces notes, que l'abbé Chotard avait prises sur un extrait du cartulaire fait à la fin du XVIIe siècle, on lit encore :
« Les susdits extraits ont esté tirez et collationnez par nous, notaires soubsignez de la baronnie de Chasteaubriant, sur ledit livre, à nous représenté par noble homme Me Jacques Chotard, intendant des affaires de Mr le Prince (de Condé), qui nous a déclaré l'avoir tiré du trésor (des titres) de S. A. S. M le Prince, à Chasteaubriant. Fait à Chasteaubriant le 24 novembre 1688. » (2)

Cf. "Cartulaire du prieuré Saint-Jean de Béré, dépendant de Marmoutier", in cartulR - Répertoire des cartulaires médiévaux et modernes, Paul Bertrand, dir. Orléans : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 2006. (Ædilis, Publications scientifiques, 3). [En ligne


Notes

(1) Par exemples : Jean-Luc Deuffic, « Les manuscrits d’Olivier Salahadin, Grand Maître du collège royal de Navarre (+ 1354), dans Pecia, 6, 2004, p. 161-166. Jean-Luc Deuffic, « Hamon Kerredan, copiste et commensal breton au service de Simon de Cramaud », dans Notes de bibliologie. Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (XIVe-XVIe siècles). (Pecia. Le livre et l’écrit, 7, 2009), Turnhout, Brepols, 2010, p. 121-127.
(2) ALEXANDRE (Jean-Louis), GRAND (Geneviève), LANOË (Guy), Bibliothèque municipale de Reims (Reliures médiévales des bibliothèques de France, 4). Turnhout, Brepols Publishers, 2009, p. 330, 331.
(3) A. de La Borderie, "Inventaire des titres des prieurés de Marmoutier situés dans l'évêché de Nantes", Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-inférieure, t. 6, 1866, p. 101 sq., et t. 7, 1867, p. 35 sq.
Source des illustrations : [ www.chateaubriant.org ]