Hugues et Jehan de Keroullay, de Bretagne en Anjou ....
Par jean luc deuffic le dimanche 4 septembre 2011, 14:03 - Lien permanent
Parmi mes "chantiers" en cours, une étude captivante sur une famille
bretonne de l'ancien diocèse de Léon (Ploudiry / Pencran ?), les
KEROULLAY.

(Source : http://clergedol.free.fr/dioceses-bretons/di-leon.htm)
Si son origine reste encore à retracer, deux de ses membres au moins se sont
fait un nom au XIVe siècle. Hugues, évêque éphémère de
Tréguier, mourut vers 1385/1386. Après avoir été chanoine de Poitiers (1361),
de Saint-Pol de Léon et d'Angers (1364), trésorier (1370) puis chanoine de
Quimper, etc. il entra à la Rote et devint de ce fait chapelain de Grégoire XI.
En 1378 il était régent de l'Université d'Angers. Son frère, Jehan de
Keroullay, né en 1327, fut chanoine de Nantes (1362) et prévôt de la
collégiale de Guérande. Docteur renommé à l'Université de Paris, il enseigna la
théologie à Narbonne auprès de Pierre de la Jugie. Il
mourut en 1398 et fut inhumé à Saint-Yves de Paris.

Tombe de Jehan de Keroullay en la chapelle royale Saint-Yves
de Paris, d'après Aubin-Louis Millin, Antiquités nationales, tome IV,
Paris, Drouhin, 1792, p. 12-13. Voir l'étude de notre ami Charles
Vulliez, "Tu es magister in eternum : la représentation
magistrale au Moyen Âge à travers quelques pierres tombales de
"maîtres-enseignants" parisiens des XIVe et XVe siècles", dans Passion de
la découverte, culture de l'échange. Mélanges offerts à Nicole Moine et Claire
Prévotat, Langres, 2005, p. 187-206
Probablement par suite d'héritages, Hugues de Keroullay reçut
plusieurs biens et fiefs en Anjou, qui à sa mort revinrent à son frère Jehan,
qui lui-même les légua à un autre frère Yvon, écuyer, époux de Marie de Léon.
Une fille de ce dernier se maria à Lépart de la Jumellière, d'une famille
angevine, seigneur de Martigné-Briand, la Guerche, Blaison, le Vieil-Baugé, la
Jumellière, etc., C'est ainsi que la famille fit souche en Anjou.
Château de la Haute-Guerche des seigneurs de La Jumellière (c) Châteaux de
France
Nous avons déjà étudié (1) quelques manuscrits de la fratrie Keroullay
aujourd'hui conservés à la
Bibliothèque Carnégie de Reims. Plusieurs sont issus des
collections de l'ancien évêque de Nantes Olivier Salahadin,
dont la famille fit alliance, semble-t-il, avec celle de Keroullay.
Jehan de Keroullay fut chanoine de Nantes et parait avoir
acquis plusieurs manuscrits de la succession d'Olivier, comme l'indique
l'ex-libris d'un de ses manuscrits (n° 501, oeuvre du Breton Hervé
Nedellec) : « Iste liber est Oliverii Salah[adini], doctoris in
theologia ». — Un peu plus bas : « Istum librum tradidit dominus Archerius
magistro Johanni de Keroullay, quando fuit Nannetis ». Le patronyme"Larchier"
reste fréquent dans le Nantais. Il fut entre autres porté par une dynastie
d'imprimeurs dont Etienne ( Jean Meschinot,
Lunettes des princes) et maistre Jehan Larcher, dit Dupré, en son
vivant libraire, lequel fut un des premiers imprimeurs parisiens.

(c)
Reims BM 501. Explicit.
Le manuscrit Reims 684 porte lui l'exlibris d'Hugues de
Keroullay : « Iste liber est domini Hugonis de Keroullay, utriusque
juris doctoris, domini de Marchereuart ». Le magistral catalogue des
reliures médiévales de la Carnégie (IRHT : Jean-Louis Alexandre, Genevièvre
Grand, Guy Lanoë) donne pour ce manuscrit la forme Marcherenart. Mais
il s'agit bien de Marchereuart (Marcherevart), nom de l'ancien fief
des Marchais-Ravart sis en la commune de Faye-en-Anjou, tenu
par les Keroullay dans la seconde moitié du XIVe siècle.

Notre étude s'appuie essentiellement sur des documents inédits des archives départementales de Maine-et-Loire (ADML), des Archives nationales (fonds Saint-Yves et chapitre Notre-Dame) et sur les manuscrits de la Bibliothèque Carnégie de Reims.
(1) Jean-Luc Deuffic, « Les manuscrits d’Olivier Salahadin, Grand Maître du collège royal de Navarre (+1354) », dans Pecia, 6, 2004, p. 161-166.