1535 (1536), 11 février

Extraict des registres de la tour carrée [Paris, Archives nationales, K 84, n° 32. Copie]

Ce jour Françoys de Venois, maistre d’hostel du cardinal de Lorraine (1), a presenté aux juges ordonnez par le Roy sur le faict de la réformation de ses finances en la tour carrée unes lectres missives du Roy par lesquelles le dict seigneur leur mandoit qu’ilz eussent à luy envoyer par le dict de Venois unes heures escriptes en parchemin historiées couvertes de deux couvercles d’or apartenant au dict seigneur qui ont esté trouvées entre les biens de feu messire Jehan de la Barre (2), en son vivant chevalier, sieur de Veretz et prévost de Paris, estans en la maison de feu Jehan de Poncher (3), mis en mains et baillez en garde à Lois Malingre, huissier des requestes du Palais. Après que les dictes lectres ont esté leués, les dictz juges ont mandé le dict Malingre Auquel après serment par luy faict de dire la vérité, a esté demandé s’il avoit les dictes heures et qu’il les mist par devers les d. juges. Lequel a dict et declairé qu’il n’avoit les d. heures et qu’il ne povoit mectre par devers iceulx juges, à cause que par vertu de certaine sentence donnée par les gens tenans les requestes du palais à Paris, il avoit baillé et delivré les dictes heures avec autres biens qui ont apartenu au dict feu de la Barre et par commandement de Me Guillaume de Vaudetar, conseiller du Roy en la court de parlement, et es dictes Requestes du palais, exécuteur de la dicte sentence à maistre Jacques de Troyes, advocat en la court de parlement, procureur de dames Denise de la Barre, femme de messire Jehan d’Estouteville (4), chevalier Sr de Villebon et à present prevost de Paris. Marguerite de la Barre, femme de messire François de Courtenay, aussi chevalier, Sr de Bleneau, bailly et gouverneur d’Auxerre, et de damoiselle Renée de la Barre, femme de Charles de la Vary, sieur de Lisle Savary, filles et héritières par benefice d’inventaire du dit feu messire Jehan de la Barre, lequel de Troyes luy en avoit faict sa cedulle des le treizieme jour d’aoust l’an mil cinq cens trente quatre. Ce faict a esté mandé le dict de Troyes auquel a esté demandé après serment par luy faict de dire verité s’il a eu unes heures couvertes de deux couvercles d'or estans en ung sac de satin cramoisy du d. Malingre commis à la garde des biens du feu prevost de Paris. Lequel a dict que par sentence des gens tenans les requestes du Palais fut ordoné le dix septième jour de juing mil cinq cens trente quatre que les biens saisiz et inventoriez dud. feu prevost de Paris seroient baillez au dict de Troyes comme procureur des filles du dict feu prevost de Paris. A ceste cause le dict de Troyes se retira incontinent après par devers le dict Malingre et luy demanda les dictes heures, ce que le dict Malingre feit et luy bailla les dictes heures dedans un sac de satin cramoisy rouge, ainsi qu’elles estoient inventoriées et en feit le dict de Troyes descharge et cedulle au dict Malingre du treizième jour d’aoust mil cinq cens trente quatre. Et après que le dict de Troyes eut receu les d. heures il les bailla des lors au dict prevost de Paris luy estant en ceste ville de Paris qui l’avoit chargé les recouvrer du dict Malingre et dict le dict prévost de Paris au dict de Troyes lorsqu’il luy bailla les dictes heures qu’il les recouvroit pour les bailler au roy. Ne scet le dict de Troyes s’il les a baillées touteffois qu’il pense que oy. Et enquis le dict de Troyes si le dict prevost de Paris luy en a baillé recepissé ou descharge ; a dict que non et que au moyen qu’il avoit charge des affaires du dict prevost de Paris et qu’il a esté et est à present procureur des filles du dict feu prevost de Paris il ne l’a ausé presser de luy bailler la dicte descharge et croit que le dict prévost de Paris ne desnyera poinct avoir eu les dictes heures du dict de Troyes. Après avoir oy lesd. Malingre et de Troyes, les d. juges ont ordonné que le dict Malingre mectra par devers le greffe de la dicte tour carrée les doubles collations aux originaux des d. sentence, exploict, exécucion du dict Vendetart et cedulle du d. de Troyes procureur susdit et aussi le double de la procuration du dict de Troyes pour recouvrer les dictes heures et autres biens apartenans au dict feu de la Barre. Faict en la d. tour carrée au Palais à Paris le unzieme jour de fevrier l’an mil cinq cens trente cinq. Signé : Dutillet



Jean de la Barre, comte d'Etampes, sieur de Véretz, prévôt de Paris (depuis 18 avril 1526-1534), vers 1519. Par Jean Clouet (1475/1485-1540). (c) Chantilly, musée Condé

Notes
(1) Jean de Lorraine (1498-1550), dit cardinal de Guise, né à Bar-le-Duc et mort à Neuvy-sur-Loire.
(2) Jean de la Barre, comte d'Étampes, vicomte de Bridiers, baron de Véretz, seigneur de La Barre, de Villemartin, du Plessis-lès-Tours, de la Subterrane, de Coez et de Jouy-en-Josas, prévôt et gouverneur de Paris. Il fut premier gentilhomme de la chambre du roi, eut la garde des diamants personnels du roi. Décédé le 2 mars 1533. Obsèques à Paris avec grand cérémonial (Félibien, Histoire de Paris, t. V, p 342)- Jean de La Barre a joui sous le règne de François Ier d’une grande faveur. Fait prisonnier avec son maître lors de la bataille de Pavie, il demeura près de lui comme un des serviteurs attachés à sa personne. On a de lui plusieurs lettres, dont une adressée à Louise de Savoie datée du 4 mars 1525 où il relate les premiers jours de la captivité du roi (Aimé Champollion, Captivité de François Ier &c, p. 132)...
19 aout 1532 Jean de La Barre pose la première pierre de l'église Saint-Eustache de Paris.
D'argent au chevron de gueules accompagné de trois molettes de sable, 2, 1
Dessin Gaignières : Pierre tombale avec inscription latine, à N.-D, de Véretz. — [Jean de La Barre, baron de Véretz, gentilhomme de la chambre, + 1534, et Marie de la Primaudaye, sa femme, + 1545.] Fol. 87. De ce couple : Antoine de La Barre, doyen de St Martin de Tours, évêque d'Angoulême, archevêque de Tours en 1528, décédé le 12 janvier 1547.
Peut-être apparenté ? =
Jehan de La Barre commis à la garde de la librarie [de Blois], valet de François d'Angoulême en 1513 : "Inventaire de la Librairie royale de Blois", Paris, BnF, Fr. 5660 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000260n/f9.item
(3) Le financier Jean de Poncher, pendu le 24 septembre 1535
(4) Jean d'Estouteville, fils de Charles d'E., échanson du roi (+ 1508). Conseiller de François 1er, gentilhomme ordinaire de sa chambre et capitaine d'armes, succède à Jean de la Marche le 7 mars 1533 ; épouse en 1523 Denise de la Barre, fille de ce dernier. Jean sera prévôt de Paris de 1533 à 1540.

Source : Bulletin du Bibliophile, 1868, p. 445-447. d'après Paris, AN, K 84, n° 32. Copie.
Documentation
Paris, AN, J 947/4 : 28 août 1533. Lettres de François 1er déchargeant ses trésoriers de la garde desdits joyaux, spécialement son conseiller Jean de La Barre, qui en avait les clefs.
21 juillet 1534. Requête, à la chambre des comptes, de Denise de La Barre, femme de Jean d’Estouteville, prévôt de Paris, et ses soeurs, héritières dudit Jean de La Barre, pour l’entérinement des dites lettres de décharge du roi.
Paris, AN, J 737/40 : Procès-verbal d’enregistrement, le 5 janvier 1527, par Jean Delépine, docteur « es droictz », conseiller du roi, lieutenant général du bailliage et gouvernement d’Étampes, des lettres patentes de François Ier portant donation du comté d’Étampes à Jean de La Barre, chevalier, seigneur de Véretz, conseiller et chambellan ordinaire du roi, premier gentilhomme de sa chambre, bailli et prévôt de Paris, en reconnaissance de ses services, du 3 avril 1526, enregistrées le 22 décembre suivant.

Biblio
H. Omont, Anciens inventaires et catalogues de la Bibliothèque nationale, Ministère de l'instruction publique, Tome I, La librairie royale à Blois, Fontainebleau et Paris au XVIe siècle, Paris, 1908.
J. Backhouse, “Two Books of Hours of Francis I,” dans The British Museum Quarterly, 31, 1967, p. 90-96,  planches XXVIII (f. 89) et XXX (f. 21). = London, BL, Add. 18853 et Loan 58
E. Quentin-Bauchart, La Bibliothèque de Fontainebleau et les livres des derniers Valois à la Bibliothèque nationale (1515-1589), Genève, Slatkine, 1971.
T. Kren, Renaissance Painting in Manuscripts. Treasures from the British Library, catalogue exposition, New York, 1983.
A.-M. Lecoq, François Ier imaginaire : symbolique et politique à l'aube de la Renaissance française, Paris, Macula, 1987.
U. Baurmeister, & M.-P. Laffitte, Des livres et des rois : la Bibliothèque royale de Blois, Paris, 1992.
C. Scaillierez, et al., Francois 1er et ses artistes dans les collections du Louvre, Paris, 1992.
F. Avril & N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris, Flammarion, 1993.
R. J. Knecht, Renaissance Warrior and Patron : The Reign of Francis I, Cambridge, Cambridge University press, 1994.
M. D. Orth, “The Master of François de Rohan : a Familiar French Renaissance Miniaturist with a New Name,” dans Illuminating the Book : Makers and Interpreters, London, 1998, p. 69-91. 
G. M. Leproux, La peinture à Paris sous le règne de François Ier, Paris, 2001.
P. Smith & D. Bentley-Cranch, “A New Iconographic Addition to Francis I’s Adoption of the Persona of King David an dits Contemporary Literary Context” dans Renaissance Studies, 21, 2007, p. 608-624.
 

Heures de François 1er, f. 9, passées par la galerie Les Enluminures : description en ligne
Enluminées par le Maître de Rohan
Vente chez Christie's
Aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art (New York)

[ Merci à François du Fou ]